CHAPITRE XXII
Les collèges médicaux de femmes aux Etats-Unis
LES FEMMES MÉDECINS AMÉRICAINES DEPUIS 1850 JUSQU’a 1890
Le premier collège médical de femmes de Philadelphie. — Histoire de ses luttes couronnées de succès. — Les huit autres collèges médicaux de femmes. — Les ii4 collèges mixtes. — Aperçu général de l’instruction médicale des doctoresses américaines. — Leur nombre et leur situation matérielle.
Dès i85o, la tendance des femmes américaines vers la médecine s’accentua. Et comme les facultés américaines s’opposaient à l’admission des femmes, l’assemblée de Pennsylvanie autorisa, le II mars i85o, l’ouverture à Philadelphie du premier collèg-e médical pour les femmes. Il porta le nom de Female medical college of Pennsylvania. Cette dénomination fut changée en 1867 = Woman’s medical
college of Pennsylvania,
La première idée de ce collèg-e vint au docteur Bartolommé Fussell, médecin renommé du comté de Chester. Il vivait avec sa sœur et c’est en pensant à elle (i) qu’il se dit : « Pourquoi les femmes ne pourraient-elles pas jouir dans la vie des mêmes avantages que les hommes » ? Un de ses amis William I. Mullen réalisa son idée en édifiant à ses propres frais à Philadelphie, Arch Street, n. 627, ledit collège.
Il fut inauguré le 12 décembre i85o et les premières élèves furent au nombre de huit. Une d’elles Doctoresse Anne Preston, devint plus tard professeur de physiologie et d’hygiène, puis doyenne du collège. Elle mourut en 1872. Une autre doctoresse, Hannah Longshore, qui s’est retirée en 1879, s’est distinguée par une grande énergie et une longue persévérance.
Le premier corps enseignant du collège se composait de six membres ; quarante étudiantes s’inscrivirent durant l’année i85o. Le D'' G. N, Pierce raconte ainsi les premiers débuts de l’école :
.« Le bâtiment collégial consistait en quelques chambres peu commodes auxquelles menait un passage étroit et sombre de l’Arch Street. On aurait dit que cette étroitesse du passage était nécessaire pour séparer le collège féminin du reste de la ville et surtout des étudiants en médecine généralement hostiles aux étudiantes.
« Dans les cas de fêtes collégiales, les pasteurs américains refusaient de venir bénir le collège. Seuls le révérend Albert Lames et le révérend D’’ E. L. Magoon firent exceq)tion. La caisse ne contenait que des dons annuels très maigres de quelques amis du collège, ils ne suffisaient pas à payer les professeurs ou à rendre les cours plus intéressants à l’aide de
Marshall, The Woman’s Medical College of Pennsylvania,
démonstrations coûteuses. Aucun journal du pays ne voulait publier les annonces de notre collège, aucun hôpital ne voulait admettre nos étudiantes dans ses murs. Les professeurs eux-mêmes craignaient tellement les chicanes des étudiants^ que nous avions beaucoup de peine à en trouver plusieurs qui voulussent bien professer chez nous ».
Sur ces entrefaites éclata la guerre civile. L’école était trop faible pour exister pendant cette bourrasque, elle fut fermée. Mais Anne Preston profita de ce temps pour gagner des amis à Lécolè et pour lui adjoindre un hôpital. En effet, en octobre 1862, les cour» recommencèrent et cette fois-ci dans un bâtiment d’hôpital à North Collège Avenue.
En même temps une ancienne élève du collège, Emmeline Gleveland se rendit en France, entra le 27 août î86o à la Maternité et quitta l’hôpital le 28 juin 1861 avec un diplôme de sage-femme et cinq prix, dont deux premiers. Elle revint à Philadelphie en automne et fut nommée au moment de la réouverture du collège professeur de gynécologie. Elle occupa cette chaire jusqu’au mois de décembre 1878.
Eli i858j une autre ancienne élève, la doctoresse Elisabeth Shattuck, diplômée en i854, demanda au directeur des missions, une place de médecin missionnaire en Asie ; on lui refusa l’admission « parce qu’elle était demoiselle ». Ce. refus irrita le monde féminin et la conséquence en fut, la fondation de la Womans Union Missionary Society {socièié missionnaire des femmes), d’où sortirent d’autres sociétés similaires. Cependant, ce n’est qu’en 1870 que nous rencontrons de nouveau uire femme médecin, (Doctoresse Clara Swain diplômée en 1869) envoyée en Chine et au Japon.
Mlle Shattuck devint après la réouverture professeur de physiologie et d’hygiène. Elle mourut en i865 d’une fièvre typhoïde contractée à l’hôpital féminin.
Le collèg-e prospérait, mais l’hostilité du public médical de Philadelphie ne diminuait pas. Les étudiantes ne pouvaient visiter aucun hôpital en dehors de celui de leur écolei Aussi, ce fut un grand événement lorsque le 6 novembre 1869 trente étudiantes furent admises pour la première fois à visiter P « hôpital de Pennsylvanie ». Mais, les étudiants les accueillirent d’une façon hostile.
h’Eveninff Bulletin (Bulletin du soir) du 8 novembre 1869 raconte l’incident en ces termes :
« Les étudiants des collèges masculins sachant que les étudiantes viendraient à l’hôpital, sortirent du bâtiment au nombre de plusieurs centaines et se rangèrent dans la rue. Là au fur et à mesure que les femmes passaient, ils les abordaient avec des paroles insolentes et offensives, puis les poursuivaient dans les rues en continuant à les insulter. Cependant, cés femmes venaient avec la permission des autorités et ne violaient aucune des règles de l’hôpital ».
Quand èlles entrèrent dans l’amphithéâtre on les salua de cris, de sifflements, d’applaudissements ironiques. On fît la même Chose lorsque parut le professeur William Biddle qui chercha en vain à rétablir le calme. Pendant la leçon d’un des professeurs on lança sur les femmes des boules de papier, de l’étain, des débris de cigares, on crachait le jus de tabac sur les robes des étudiantes.
Ces actes d’hostilité ne se bornèrent pas à cela. Le i5 novembre on convoqua en meeting tes médecins et les étudiants de Pennsylvanie et on se déclara contre l’enseignement mixte de la médecine. Les professeurs de l’Université de Pennsylvanie et du collège médicalJefferson signèrent la même déclaration. C’était « shocking » pour les femmes de voir le corps masculin ; et, cela pouvait « exciter » les étudiants assurait-on !
La faculté du collège féminin répondit par la bouche de Anne Breston. Dans cette réponse se trouve un passage très remarquable :
« Nous maintenons toujours que la science est impersonnelle et que le haut but de soulager l’humanité souffrante sanctifie toutes les tentatives d’apprendre la médecine. Les apôtres de cette science devraient-ils donc craindre d’être gênés en quelque chose par la présence de femmes-médecins sérieuses »?
A la suite de ces discussions, oiï décida d’admettre les femmes-médecins à l’hôpital, mais seules et une fois par semaine. -
Malgré touL certains professeurs refusèrent de voir chez eux des femmes-médecins, ainsi, par exemple, le professeur Hayes Agnew, un chirurgien de talent. Ce n’est qu’après bien des années qu’il consentit à aller en consultation sur l’invitation d’une femme-médecin.
Cependant, peu à peu, les hôpitaux leur ouvrirent leurs portes. En 1869, l’hôpital d’ophtalmologie de Wills (Wills Eye Hospital), en 1872, le nouvel hôpital orthopédique et l’infirmerie pour les maladies nerveuses; en 1876, le Collège Philadelphién de pharmacie; en 1877, la Section d’oculistique et des maladies d’oreilles du dispensaire de Philadelphie, admirent les femmes à leurs cours: En 1878, les femmes réapparurent aux cours généraux de l’hôpital dé Philadelphie.
Reconnues médecins par la loi, lès doctoresses de Philadelphie eurent cependant à soutenir une longue lutte par l’être aussi pour leurs collègues masculins.
Le 10 novembre i858, à la réunion de la Société médicale du comté de Philadelphie, les médecins pennsylvaniens prirent la résolution suivante :
« La Société recommande aux membres de la profession
médicale de s’abstenir de toute coopération avec les professeurs ou les diplômées du Collèg-e médical féminin et de ne prendre jamais part aux consultations médicales où se trouveraient les professeurs ou les élèves dudit Collège. »
Comme cette décision fut respectée aussi par la Société médicale d’état (State medical society), le corps des professeurs du Collège féminin envoya une protestation à ladite Société.
Un an après, cette protestation futrépétée.Alasuite de quoi la Société du comté de Philadelphie publia une nouvelle déclaration rédigée dans le même sens. Selon elle, la femme ne devait pas exercer : i® parce qu’elle était faible ; 2® parce que cela l’empêcherait d’élever les enfants ; 3® parce qu’il pourrait y avoir des conflits et des difficultés pratiques, si la même famille employait deux médecins homme et femme; 4° les femmes ne pouvaient pas avoir autant d’adresse et de finesse que les hommes qui exercent depuis les siècles ; 5° nulle part les femmes n’exerçaient la médecine, sauf en Amérique.
Nous avons à peine besoin de relever la puérilité de cette argumentation. Nous rappelerons le cas des forgeronnes anglaises et le nombre imposant de femmes occupées dans l’industrie pour prouver combien était peu justifiée l’assertion que les femmes étaient incapables d’être médecins à cause de leur faiblesse. Ici trouverait place la réponse de Condorcet relative à la faiblesse des femmes et à leur incapacité politique.
Après avoir lu les chapitres qui précèdent, on ne peut que sourire en lisant les objections 2®, 4® et 5°. Car les femmes ont exercé depuis des siècles et dans les pays les plus différents. En outre, ni leurs études, ni leur profession ne les ont jamais empêchées d’être des épouses et des
mères exemplaires. Témoins : Mme Manzolini, Mme Erxleben, Mme Halpir.
Certes, Thistoire des femmes-médecins n’était, à cette époque, pas même ébauchée. Mais le raisonnement logique seul suffisait pour réfuter de tels arguments. Aussi, Mme Anne Preston répondit-elle bientôt très sensément à la « State medical society » dans le Medical and chirurgical reporter. Alors, le 21 décembre 1866, la Société du comté défendit à ses membres de faire des consultations avec les professeurs ou élèves du Collège. Comme pourtant plusieurs membres étaient eux-mêmes professeurs au Collège, on fut obligé d’adoucir cette mesure et on se contenta de décider, le 21 avril 1867, d’envoyer à tous les membres un exemplaire de la décision avec la prière de vouloir bien y adhérer.
Bientôt d’autres chicanes survinrent. Le 3 mai 1870 eut lieu à Washington le congrès de l’association médicale d’Amérique. Le collège féminin y envoya les docteurs Hartshoyne et Thomas, l’un comme représentant du collège, l’autre comme représentant de l’hôpital de Philadelphie. Le comité d’organisation du congrès refusa de les admettre, il envoya leur affaire au comité éthique (committee on ethics) et celui-ci ajourna indéfiniment leur admission.
Revenus à Philadelphie, les deux professeurs eurent encore maille à partir avec les étudiants. Le docteur Charles Thomas, après son retour, n’eut à sa première leçon qu’un étudiant, tandis qu’il en avait auparavant vingt et trente, et les professeurs, ses collègues, se plaignirent de son féminisme.
Alors, il écrivit une lettre au doyen de sa Faculté où il déclara qu’il préférait plutôt quitter l’Université que les cours féminins. On ne lui répondit rien et la question en resta là.
En 1871, 011 réunit de nouveau le congrès de l'association médicale américaine. De nouveau le docteur Thomas s’y présenta avec deux collègues. On procéda comme l’année précédente. Mais cette fois-ci un praticien, le docteur Washington L Atlee, posa au congrès la motion suivante :
« L’association médicale américaine reconnaît à ses membres le droit de faire les consultations en commun avec les étudiants et professeurs du collège féminin^ à cette condition que l’éthique de l’association sera observée » ; 54 voix répondirent par oui et 62 par non. C’était déjà un succès.
En 1872, même refus des délégués. Les doctoresses veulent s’incrire à la Société du comité, on les refuse. En 1876, au congrès de l’association, même histoire. Cependant, à ce congrès, siège la doctoresse Sarah Hackett Stevenson, représentant les femmes médecins de Chicago. La même année, la Société du comté de Montgomery admet au nombre de ses membres une femme docteur : Anne Lukens, pupille de Hiram Corson, et sortie du collège de PhL ladelphie en 1870.
Grâce à ces changements, les deux délégués de Philadelphie, le docteur C. Newlin Peiree et Mme la doctoresse Francis Emilie White, cette fois-ci la seule femme du congrès, furent reçus en 1877 sans hésitations et avec amitié !
Voilà les fruits de la persévérance !
Cependant, l’opposition « hoministe » ne lâcha pas pied. En 1881, au printemps, plusieurs membres de la Société médicale du comté de Philadelphie présentèrent cinq femmes médecins comme candidats. Elles furent refusées, car les statuts s’opposaient à l’admission des femmes. Mais, en octobre, les statuts furent changés et on décida que les femmes médecins seraien t désormais éligibles avec les mêmes droits que les hommes.
Malgré cela, les censeurs de la Société interposèrent leur veto, et lorsqu’on avril les cinq femmes se représentèrent, elles essuyèrent un refus. La même chose se répéta le 4 juin 1884. Alors, en 1888, les femmes formèrent, sur le conseil du docteur Thomas, un comité dont les membres s’adressèrent chacun à plusieurs représentants de l’opposition de sa connaissance dans le but d’obtenir d’eux des concessions. Les efforts du comité furent couronnés d’un succès éclatant. Presque tous les opposants cédèrent, et toutes les candidates furent acceptées.
Ce qui plus est : en 1890, la Société du comté fut représentée au Congrès médical international de Berlin par une femme, professeur de physiologie au Collège médical de Philadelphie.
Auparavant, on avait déjà admis les femmes à la Société médicale du Nord (Northern medical society).
En 1884, deux autres sociétés : la société neurologique et la société de médecine légale et de jurisprudence, ouvrirent leurs portes aux femmes médecins. Cependant, la Société obstétricale de Philadelphie refusait, depuis 1877, l’entrée à la doctoresse Emeline Cleveland^ et ce n’est que son successeur au Collège, Anne Broomall, qui y fut admise en 1892.
En même temps, le Collège se développait de mieux en mieux.
En 1871, on décida que les cours du Collège dureraient huit mois. Én 1875, le Collège fut transféré dans un nouvel édifice construit avec une vraie magnificence. Nous allons plus loin en donner la description. En 1879, on construisit, sous la direction du professeur de physiologie de Cambridge, arrivé spécialement dans ce but, un laboratoire de physiologie. En 1880, grâce au don de M. Joseph James, membre du << board of corporators w, une chaire de gyné-
cologie fut fondée. En i88i, la décision du Sénat du Collège rendait obligatoire trois ans d’étude (i). En i883, fut bâtie une salle clinique (Glinic Hall) pouvant contenir 3oo auditeurs. En 1888, une amie du collège, Suzanne Brinton, de Lancaster en Pennsylvanie, fit don à l’Association chrétienne des jeunes filles du collège (Young Women’s Christian Assoc.) d’une grande maison où les élèves trouvèrent à bon marché le logement et la vie. Cette belle institution porte maintenant le nom de « Brinton Hall. » Enfin, en 1896, un nouvel hôpital fut érigé, et on lui adjoignit, en 1896, un laboratoire de bactériologie.
La Faculté comptait au début seulement six professeurs, maintenant le personnel enseignant, y compris les professeurs, lecteurs, démonstrateurs cliniques et assistants au collège et à l’hôpital, est représenté par le nombre imposant de 59, dont 45 femmes.
Le nombre total des élèves qui ont étudié au Collège de Philadelphie, a été, jusqu’à 1897, de 842. Elles étaient originaires de 38 Etats du territoire de l’Union et des pays étrangers (Ile du prince Édouard, Nouvelle-Écosse, Nouveau Brunswick, Jamaïque, Brésil, Angleterre, Suède, Danemark, Suisse, Bussie, Syrie, Inde, Chine, Japon, Birmanie, Australie, Congo, îles de Havaï. Elles exercent en 43 États et territoires de l’Union et au Canada, au Brésil, en Écosse, Suisse, Égypte, Inde, Chine, Japon, Perse, Corée, Australie et au Congo.
C’est à Philadelphie qu’ont étudié les femmes les plus intelligentes de l’Orient : Anandihai Joshee et Garubai Karmankai des Indes, Kei O’ Kami àn Japon, Sabat M. Islemboaly de Syrie, Hu King Eng de Chine.
En 1890, les anciennes élèves du collège ont fondé une
I. En 1887, des examens d’entrée furent introduits, six ans après (1898) on augmenta le temps d’études d’üne année.
Mélanie Lipinska -à
société médicale portant le nom de « Alumnæ medical society ». En 1897, elle comptait 47 membres. Elle publie un journal medical : The alumnæ medical journal. Dans cette association, dont le bureau est composé par des femmes-médecins aussi célèbres que Mme Putman-Jacobi (de New-York), il y a trois comités permanents : bibliothèque, éducation, nécrologie. Les membres du comité de nécrologie, dénomination qui a bien son cachet (n’oublions pas que nous sommes de l’autre côté de l’Atlantique), sont chargés de ne pas laisser péricliter la mémoire des décédées : ils s’en acquittent en conscience.
Ajoutons que quelques-unes des doctoresses du collège de Philadelphie ont fondée en iSgb dans la même ville un hôpital à part. Il s’appelle : « Hospital and dispensary of the Alumnae of the medical college of Pennsylvannia ». Les élèves du collège peuvent y continuer leurs études.
Enfin (last not least) le nombre d’articles médicaux publiés par les anciennes élèves du collège, dans les différents journaux médicaux d’Amérique et d’Angleterre dépasse 600. L’énumération de leurs titres occupe dans le livre de Mme Marshall, doyenne actuelle du collège, les pages 89 à 142.
Voici maintenant la description du collège avec quelques détails sur son organisation (i).
, L’Ecole de médecine est dirigée par un conseil composé d’hommes et de six dames, dont la présidente est Mme Mary E. Munford.
Dans cette école, les études durent quatre années. Le programme de la première année comprend la chimie, 1 anatomie, 1 histologie, la physiologie, l’hygiène, la pharmacie et la matière médicale, avec travaux de laboratoire
I. Docteur M. Beaudouin ; La médecine transatlantique, Paris 1895.
et an cours de petite chirurgie. En deuxième année, la pathologie, la chirurgie et la médecine pratiques, avec cours de clinique à Woman’s Hospital, situé tout près du collège. En troisième année, la thérapeutique, la gynécologie, la médecine légale, la neurologie, l’otologie, la laryngologie, l’orthopédie, l’ophtalmologie, la dermatologie, etc. En quatrième année, mêmes études, avec obligation de suivre des leçons cliniques dans les autres hôpitaux de la ville (Hôpital allemand, hôpital de Philadelphie^ de Pennsylvanie, Ghildren’s Hospital) pendant plusieurs trimestres,
Les frais d’études sont assez élevés ; tout compris, ils s’élèvent à 800 dollars, c’est-à-dire 4*ooo francs environ.
Disons encore que tous les ans, cinq des doctoresses graduées sont nommées internes à Woman’s Hospital et qu’elles peuvent de la sorte se perfectionner dans la pratique de la chirurgie. Il ffiut ajouter enfin que les femmes sont admises aux concours d’internat qui ont lieu chaque année dans les dijfférents hôpitaux de Philadelphie,
M. Baudouin a visité le collège jusque dans les combles, où il a retrouvé, cpmnie dans presque toutes les écoles américaines, la salle de dissection placée à l’étage le plus élevé du bâtiment. Celle-ci est éclairée à la lumière électrique et chaque table possède une lampe qu’on peut déplacer facilement et rapprocher plus ou moins de la pièce sur laquelle l’on travaille. Je me suis demandé, dit M. Baudouin, pourquoi l’on plaçait ainsi l’amphithéâtre d'anatomie : il est probable que de la sorte on peut aérer plus facilement et empêcher les odeurs nauséabondes de se répandre dans les autres salles de l’école.
Au rez-dê-chausséè, se trouve un vestiaire très bien compris, naturellement réservé d’une façon exclusive aux dames ; plusieurs petits salons, servant de chambres pour les conseils, où l’on voit les portraits à l’huile de celles
qui ont contribué à doter l’établissement, et une salle de lecture.
Au premier et au second étage, il y a des petits laboratoires d’histologie et de physiologie ; une salle pour les bandages et les appareils ; de grandes salles de cours, éclairées à la lumière électrique et dans celle qui sert aux leçons d’anatomie, se trouve une table pour grandes pièces anatomiques, pouvant tourner sur un pivot. A citer encore le laboratoire de chimie et de matière médicale et le musée d’anatomie, où abondent surtout des pièces artificielles de fabrication française.
Tout cela n’est pas luxueux, il s’en faut de beaucoup ; tout est agencé à la mode américaine (ôn trouve dans l’escalier une fontaine d’eau glacée) ; mais ce doit être parfaitement suffisant pour les cours élémentaires qui y sont professés.
L’histoire de la conquête progressive par les élèves du collège de Philadelphie de différents emplois médicaux qu’on leur refusait est intéressante. Elle résume en quelque sorte l’histoire de toutes les femmes médecins américaines.
Ainsi, ce n’est qu’en 1878, qu’une femme médecin fut admise dans l’état de Pennsylvanie à un hôpital quelconque. C’était Emeline Glevelaild, professeur au collège, elle obtint sa nomination à l’emploi de gynécologiste au service des aliénés de l’hôpital de Pennsylvanie.
Deux ans plus tard, A. Bennett devint médecin chef au département des femmes à l’hôpital des aliénés à Norristown. Trois mois plus tard Margueritte Gleaves fut nommée médecin assistant à l’hôpital des aliénés a lowa, puis médecin en chef au département des femmes à l’hôpital des aliénées à Harrisbourg.
En 1893, grâce à la propagande vaillante du docteur
Hiram Gorson (i) il n’y avait en Pennsylvanie qu’un seul hôpital pour les aliénés, celui de Banville où il n’y eût pas de femmes médecins aux départements des femmes.
D’autres services d’assistance publique ouvrirent peu à peu leurs portes aux femmes médecins. En 1882, la première femme devint médecin des pauvres du sixième arrondissement à Philadephie. En 1886, Clara Marshall, reçue docteur en 1875, fut attachée en qualité de femme médecin au département de femmes à la maison de refuge de Philadelphie. En 1893, Françoise Van Gasken fut nommée inspecteur de la santé. Au mois de novembre, Louise Hewellyn obtint sa nomination de médecin à l’école des enfants faibles d’esprit de Philadelphie.
En 1888 Sara Weintraub fut nommée médecin de la prison du comté de Philadelphie.
Les hôpitaux s’obstinèrent longtemps à refuser les femmes médecins. Pourtant, en i883, on admit les femmes en qualité d’internes. Puis, en 1887, la Maternité et la « Philadelphia lying in Charity » prirent chacun une femme médecin, élève du collège. En 1890, les femmes médecins reçurent des places semblables à la Polyclinique de Philadelphie, à l’hôpital allemand, en 1892, à rhôpital Méthodiste, en 1893, à l’hôpital Presbytérien.
Le progrès fut lent mais visible. Et en effet en 1893 i33 instituts, hôpitaux et dispensaires, en Amérique (Californie, New-York, Boston, Louisville, Minneapolis, Portland, Lovell, Baltimore et Washington, sans compter Philadelphie et voisinage) avaient parmi leurs médecins des femmes docteurs élèves de Philadelphie.
I. Il en retrace l’historique dans l’An account of the measure taken to procure a law to authorize truster of hospitals for the insane to employ women physicians to hâve charge of the insane of their own sex By dr H. Corson, Philadelphie 1894.
Le collège de Philadelphie est le plus important de tous les collèges médicaux de femmes aux Etats-Unis. Comme FEtat, vu l’énergie et la persévérance des femmes, leur ouvrit toutes ses écoles de médecine (celles d’origine privée seulement leur sont fermées), le nombre de collèges ouverts exclusivement aux femmes est restreint. 11 en existe neuf, celui de Philadelphie y compris.
Le plus ancien parmi eux (i), quoique plus jeune que celui de Philadelphie, est le collège médical de Boston. Il doit son origine à une société formée à Boston en i848, dans le but d’assurer aux femmes une instruction obstétricale suffisante. Une école fut ouverte par elle et on y créa des cours d’obstétrique et de médecine générale. En avril i85o, la société portait le nôm de «The female medical éducation society », l’Etat ne lui reconnaissait aucun droit d’établir une faculté médicale ni de conférer des degrés médicaux et seulement le 27 mai i856 le Sénat de Boston autorisait cette société à prendre le titre, avec tous les droits et devoirs y attachés, d’Ecole de médecine pour les femmes de la Nouvelle-Angleterre.
Durant l’année scolaire de 1860-1861, vingt élèves fréquentèrent Fécole et, à la fin de 1861, douze d’entre elles, après avoir subi les examens exigés et fourni préalablement, en entrant, un certificat constatant la plus sévère moralité, furent reçues docteurs.
L’école de Boston fonctionna et délivra des diplômes jusqu’en 1874, époque à laquelle elle fusionna avec une école homéopathique, qui s’était organisée en 1878; et cette fusion a donné la « Boston University School of Medicine ». Vers 1896, cette école comptait 3o professeurs titulaires et adjoints et une centaine d’élèves. En 1868,