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CHAPITRE XXV Angleterre

Lutte des femmes pour l’étude de la médecine. — Les premières femmes médecins. — Formation de l'école de médecine pour les femmes, à Londres (1877). — Admission de ses élèves aux grades médicaux. — Son organisation. — New hospital for women. — Autres écoles de médecine se fondent. — Les femmes médecins anglaises entre 1874 et 1890. — Leur position sociale. — Les hôpitaux et les dispensaires dirigés par elles. — Association des femmes médecins enregistrées.

En Angleterre^ l’admission des femmes à l’étude et à l’exercice de la médecine ne se passa pas d’une façon aussi simple qu’en Suisse et en France. Nous avons vu déjà qu’en i853 Emilie Blackwell voulait d’abord se fixer en Angleterre pour y exercer. Mais, l’opinion publique était trop hostile aux femmes médecins pour qu’elle pût compter sur quelque succès.

Ce n’est que dix ans plus tard que Mlle Elisabeth Garrett (aujourd’hui Mme Garrett Anderson) osa se hasarder sur le domaine de la médecine.

Elle agissait cependant sous l’influence immédiate de Mlle Elisabeth Blackwell dont Mlle Garrett fit la connaissance lors de son séjour en Angleterre, en i858. Dans une lettre datée du 10 juin i856, Elisabeth Blackwell écrit à Mme Byron :

« Mon voyage m’a fait beaucoup de plaisir. Je me suis persuadée personnellement de ce que m’écrivait ma sœur

d’Edimbourg, à savoir qu’une révolution complète s’est opérée dans l’esprit des femmes, relativement à la question de. l’étude de la médecine. Des mères viennent chez moi pour me demander des conseils. Les jeunes dames m’écoutent attentivement dès que je leur parle de mes tentatives de pionnière. Trois d’entre elles ont pris la décision de se mettre à l’étude de la médecine » (i).

L’une d’elles était Mlle Garrett qui s’attacha bientôt cordialement à sa devancière américaine.

L’autobiographie de Mlle Elisabeth Blackwell renferme plusieurs lettres de miss Garrett qui dénotent le zèle animant la nouvelle adepte, son amour de la science et son ardeur. Elle y raconte toutes ses tentatives, et ses défaites qui auraient pu décourager facilement un caractère moins bien trempé.

Car, il faut savoir, qu’aucune école de médecine ne voulait l’admettre. Elle s’appropria tout de même la connaissance de la médecine. Elle fit d’abord ses études d’infirmière^ puis de sage-femme et prit des leçons particulières de médecine. Suffisamment préparée, elle réussit enfin à obtenir en i865 de la Apothecaries Society de Londres, le diplôme de licenciée en médecine.

La dite société est une corporation non séulement pharmacologique mais aussi médicale. D’après la patente de Jacques P’’, 1617 de tout étudiant qui a subi avec succès l’examen devant le jury composé de membres de cette société est reconnu comme médecin pouvant traiter tous les malades et leur préparer des médicaments.

Jusqu’à nos jours un grand nombre de médecins sont « L. S. A. » c’est à dire « Licenciés de la Society Apo- Ihecaries. » ’

Elisabeth Blackwell, Pioneer work, p. 224.

Mlle GareLt passa donc son examen devant le même jury et fut à la suite de cela enregistrée comme médecin anglais reconnu par l’Etat.

En 1868, Mlle Mary Putnam (aujourd’hui Mme Jacobi),de New-York, obtint la permission du gouvernement impérial français d’étudier à l’école de médecine de Paris et de passer tous les examens nécessaires pour l’obtention du grade de docteur. Dès que Mlle Garrett l’apprit, elle envoya aussi une demande à la faculté de Paris (i). Bien que déjà diplômée en Angleterre, elle voulait approfondir ses étudeSi Nous savons déjà qu’elle fut admise. A cet égard M. Dureau nous écrit :

« Je trouve dans mes notes que Mlle Garrett, pourvue d’un diplôme médical anglais a été autorisée par décision ministérielle du 18 février 18^9 : i“A prendre cumulative^ ment ses inscriptions de doctorat à la faculté de médcine de Paris. 2° A subir devant la dite faculté, les épreuves définitives du grade de docteur, sans être tenue deproduire les diplômes de bachelier ès-lettres et de bachelier èsseience restreint, et de passer les examens de fin d’année. »

Mlle Garrett a passé lesdits examens dans l’ordre suivant le i^rle i5 mars 1869, le 2® le 28 mai, le 3® le décembre^ le 4® le 24 décembre de la même année, le 5‘ le 4 j.anvier 1870 et sa thèse le i5 janvier 1870.

Lors de sa rentrée, elle trouva en Angleterre une autre femme médecin, pourvue du titre de docteur. C’était Françoise Morgan (Mme Hoggan) que nous connaissons de Zurich. Elle avait commencé ses études (aussi sous les auspices de la société de pharmacie) avec deux autres femmes en 1866. Mais, lorsqu’en 1867 toutes les trois passèrent leurs examens, les protecteurs eurent peur, et craignant l’afflux

I. Tous ces détails furent racontés par Mme Garrett-Anderson in « Fortnightly Review », du ler mars 1898.

des femmes dans la profession médicale décidèrent de leur refuser la permission de continuer leurs études.

Françoise Morgan partit alors pour Zurich, ses deux camarades se marièrent sur ces entrefaites et ne suivirent pas son exemple. Mais, nous savons que bientôt plusieurs autres allèrent en Suisse.

Cependant les femmes anglaises ne pouvaient pas tolérer cet état de choses. Et pendant que Mlle Garrelt et Mlle Morgan passaient leurs derniers examens, un certain nom-, bre de leurs amies plus jeunes, frappa de nouveaux aux portes des' Universités anglaises. Cette fois-ci, ce fut en Ecosse qu’on leur accorda l’hospitalité.

La plus connue d’entre elles est Mme Jex Blake.

En i86g^ elle prit la résolution de commencer ses études médicales, dans le but de conquérir les grades et d’exercer. Elle voulait les faire en Angleterre et non à l’étranger, et s’adressa à l’Université de Londres. Mais, les statuts mêmes de celle-ci s’opposaient à l’admission d’un étudiant du sexe féminin. Elle se dirigea alors vers Edimbourg. Là elle trouva quelques amis parmi les professeurs qui l’engagèrent à suivre les cours et à laisser de côtéj pour commencer^ la question de l’immatriculation. C’est ce qu’elle allait faire quand l’Université mit des bâtons dans les roues et voulut délibérer sur la question. L’université déclara que pour un cas isolé, pour une seule candidate, elle ne pouvait prendre de décision, et sembla témoigner le désir de voir quelques personnes se joindre à Mme Jex Blake.

Quatre dames vinrent se grouper autour de cette dernière qui s’adressa alors au recteur pour lui demander, si les élèves femmes seraient admises aux cours, à condition qu’elles s’arrangeassent pour avoir des cours séparés ; si elles seraient, en conséquence, admises à l’immatriculation et aux examens nécessaires pour l’obtention des grades médi-

eaux. La faculté de médecine se réunit et fut d’avis de permettre aux candidates de se faire inscrire, de suivre les cours à condition qu’il en fut. fait de spéciaux pour elles, mais sans qu’aucun professeur pût être tenu défaire ces cours; à condition, enfin^ qu’elles se missent d’accord avec les professeurs disposés à donner des leçons sur le chiffre des honoraires. Le sénat académique appuya l’avis, qui fut adopté, et, en octobre 1869, Mme Jex Blake et quatre autres dames furent admises à passer l’examen préalable exig-é pour les étudiants entrant à l’Université. Toutes réussirent et purent s’inscrire régulièrement, acquittant les droits réglementaires et portées sur le registre des étudiants en médecine ; cette dernière formalité étant obligatoire pour tous les étudiants en médecine et représentant la seule preuve légales de l’époque où ces études médicales ont été commencées.

Pendant six mois, tout alla bien. Les étudiantes suivaient les cours qui leur étaient spécialement destinés, identiques d’ailleurs à ceux que suivaient les étudiants; elles subissaient les mêmes examens, et on les notait d’après le même système. Leur travail fut excellent, car aux examens elles furent dans les premières.

Tandis que dans la classe de physiologie 26 étudiants sur 127 étaient dans les honours list, et dans la classe de chimie 3r sur 266 ; sur les 5 femmes qui suivaient ces classes, quatre firent partie de cette liste, dans les deux classes. L’une d’elles fut même troisième sur la liste, en chimie. Ici se place un incident. Les statuts de l’université disent que les quatre étudiantes ayant obtenu les premières places ont droit aux Hope Scholarships, situations priviligiées créées par le professeur Hope, et qui donnent accès gratuit au laboratoire. Du moment où les femmes ne pouvaient travailler avec les étudiants, il était présumable que la jeune fille

classée 3e sur la liste, et par cela même, en droit d’avoir un de ces scholarships, pourrait et même devrait se voir refuser le privilège inhérent à cette situation ; mais il ne semblait pas que le titre de Hope Scholar pût lui être enlevé. Ce fut pourtant fait, sous le prétexte que la jeune fille n’était pas membre de la classe de chimie, puisqu’elle n’avait pas suivi le cours à la même heure que les étudiants. En même temps, on lui décernait la médaille à laquelle ont droit les cinq premiers de la classe, et d’autre part, on lui refusait le certificat ordinaire d’assiduité à la classe de chimie ; ce certificat étant indispensable, la jeune étudiante, miss Lecky en appela au sénat académique, qui autorisa pour elle la délivrance de certificats ordinaires attestant que des cours de la classe de chimie avaient été suivis, mais refusa de donner le Scholarships. En un mot, la candidate était successivement considérée comme faisant partie d’une classe, puis comme n’en faisant pas partie ; et c’était une injustice véritable que de lui refuser le titre qu’elle avait gagné.

Cependant les cours reprirent, et, pour la première fois, les étudiants des deux sexes furent réunis non dans les cours officiels, où la chose était défendue, mais dans des cours auxiliaires, celui d’A. Nicholspn, naturaliste bien connu, par exemple. Peu après d’autres professeurs suivirent cet exemple. Entre temps les étudiantes voulurent pouvoir étudier ailleurs que dans les InTes, et elles demandaient à être admise dans les salles de la Royal Injir mary . Que se passa-t-il ? On ne le sait guère, et on le devine encore moins. Toujours est-il que, vers cette époque l’attitude des étudiants, jusque-là pacifique et courtoise, devint notoirement hostile et grossière et lorsque les étudiantes demandèrent à pénétrer dans les salles d’hôpital, ils adressèrent une pétition, demandant que ce leur fût refusé; ce qui arriva.

Mclanie Lipinska ^8

Non contents de ce résultat, les étudiants devinrent plus grossiers encore de terme et de iangage, et, un jour d’examen, ils réussirent presque à empêcher les étudiantes d’arriver devant leurs examinateurs. A en juger par les extraits de journaux, les semonces qu’ils méritaient, ne leur furent pas épargnées ; et ils ne trouvèrent rien à répliquer aux réflexions sévères que leur conduite provoqua, ni aux railleries du public. Ils furent parfaitement ridicules. Ils n’étaient pas seuls d’ailleurs ; plusieurs médecins et professeurs les encouragaient et l’un de ceux-ci ne craignit pas de dire qu’il avait trop de fils à caser pour jamais faciliter l’accès des femmes dans la profession médicale.

Au fond, c’était une question de concurrence, comme nous le verrons plus loin, qui motivait cette opposition. \

Faire des études de médecine sans fréquenter l’hôpital, voilà qui est impossible. Aussi, les étudiantes furentelles fort en peine quand la Royal Injirmary refusa de leur ouvrir ses portes. Heureusement, le conseil de direction de celle-ci devait être prochainement renouvelé, selon les statuts de cet hôpital. Les élections se préparèrent sur la question de l’admission ou de l’exclusion des étudiantes. Celles-ci avaient beaucoup de sympathie. Des pétitions signées par les femmes d’Edimbourg, circulèrent en faveur des étudiantes ; des hommes éminents comme Darwin, Galton, Marchison, Huxley, Tyndall, Lockyer parlèrent et écrivirent à l’appui de ces pétitions.

D’autre part, les étudiants se rendaient plus ridicules que jamais, et, dans une réunion publique, organisée pour la discussion de la question, une vieille dame trouva à leur adresser un compliment auquel ils ne purent rien répondre. Elle était venue à cette réunion, leur déclara-t-elle, pour voir un peu « à quelle espèce de gens » les femmes devraient désormais avoir affaire, comme médecins, au cas

où la carrière médicale serait fermée au sexe faible. Le spectacle n’était pas encourageant. A la même réunion, un professeur disait qu’il fallait exclure les femmes des salles d’hôpital, parce que « les sentiments de délicatesse des étudiants seraient blessés par la présence de celles-ci ». Sir James Cote lui répliqua que les infirmières ne semblaient cependant gêner la délicatesse d’aucun étudiant. Avant les élections, les étudiantes, prenant en considération la sensibilité exquise et la délicatesse maladive des étudiants, demandèrent à être admises dans une partie très restreinte de l’hôpital, de façon à ne pas gêner leurs camarades ; elles voulaient travailler sans gêner personne et sans imposer leur présence à ceux qu’elle gênerait.

Mais, un nouvel incident se produisit avant les élections, qui vint témoigner de la sympathie que le public portait aux étudiantes. Mme Jex-Blake avait, à propos de l’attitude particulièrement grossière d’un préparateur, déclaré de vive voix et par écrit, dans un journal que cette attitude ne pouvait s’expliquer que par l’hypothèse d’un état d’ivresse; complète. De là procès du préparateur contre Mme Blake. Celle-ci perdit; le gagnant obtint pour dommages et intérêts la somme d’un liard. Mais, le jury croyait, paraît-il, pouvoir donner à celui-ci cette modeste satisfaction sans faire incomber les dépens à la partie perdante. II n’en fut pas ainsi, et Mme Blake fut condamnée aux dépens, près de 28.000 francs. La justice coûte cher en Angleterre. Aussitôt les résultats connus, diverses personnes prirent l’initiative d’une souscription pour aider Mme Blake à acquitter sa dette. En un mois, la somme fut souscrite et au delà.- Ceci mit les étudiants en colère; ils insultaient les étudiantes dans la rue, leur adressaient des lettres anonymes obscènes; bref, ils se conduisirent en vrais goujats. Un proverbe anglais dit

que si le gentleman n’est pas né (inné) dans l’homme, on ne peut l’y faire développer. Evidemment les étudiants d’Edimbourg n’étaient pas nés gentlemen.

Peu après cet incident, les étudiantes passèrent un examen d’une façon très satisfaisante. Enfin les élections à la Royal Infimary se firent. Elles furent favorables en ce sens que la majorité était pour l’admission des femmes dans rhôpital, et un professeur eut beaucoup de succès en déclarant qu’il lui paraîtrait monstrueux que dans un pays où les rênes du gouvernement étaient confiées aux mains d’une femme, l’on refusât à des femmes le pouvoir de donner une médecine ou de préparer un vésicatoire. Mais, sur des prétextés absolument mauvais, la majorité réussit à faire suspendre pendant près d’un an la validation des élections.

Elle faillit obtenir ce qu’elle voulait, c’est-à-dire : mettre le conseil, élu pour un an, hors d’état de délibérer et de voter l’admission des étudiantes, c’était une manière de gagner du temps et de préparer des élections plus favorables. Mais quinze jours avant l’époque où le renouvellement eût été nécessaire, les élections purent être validées et les élus purent voter. Les étudiantes étaient admises à l’hôpital, à condition qu’elles n’iraient que dans les services dont les chefs voudraient bien les recevoir, soit dans un sixième environ des salles et à des heures où il n’y aurait pas d’étudiants présents.

Ce point acquis, les étudiantes se mirent au travail, grâce à l’obligeance des chefs qui voulurent bien faire deux visites, l’une avec les étudiants, l’autre avec les étudiantes; car, la séparation des sexes était exigée par la délibération autorisant l’admission de ces dernières. Cependant la sympathie publiqueentouraitde plus en plus les étudiantes. Un inconnu M. Walter Thomson vint leur donner 26.000 francs pour les aider dans leurs études.

Malgré les points acquis, il restait des obstacles à surmonter. En réalité, on avait autorisé les étudiantes à commencer leurs études, mais non à conquérir leurs grades.Or autoriser des étudiantes à étudier la médecine, c’est les autoriser à aller jusqu’au bout, arguait Mme Jex Blake. Non, répliquait la Faculté. De là procès contre cette dernière. Les étudiantes perdirent. Encore plus de 20.000 fr. de frais de justice. Que faire alors ? Elles se retournèrent du côté de diverses universités, mais en vain, et décidèrent pour le moment, de continuer leurs études sans se préoccuper du diplôme. Celles-ci achevées, la question du diplôme se représenta. Il fallait en finir. Les étudiantes s’adressèrent au Parlement. Ce fut long. On dut rechercher des amis, des partisans pour appuyer la pétition. La pétition fut signée de 16.000 dames, 4-ooo hommes et 62 professeurs. Le bill fut plusieurs fois ajourné pour différentes raisons ; il fallut provoquer un mouvement public en sa faveur. Mais tout échoua : le bill fut repoussé. Les étudiantes se retournèrent d’un autre côté.

On sait quel rôle joue dans les pays anglo-saxons l’initiative privée. Or, dès qu’on eût les preuves que les facultés médicales ne céderaient pas aux instances féminines (Mme Jex Blake et ses amies furent obligées d’aller en Suisse, à Berne et à Zurich, pour obtenir les diplômes), une association composée des dames les plus distinguées et des personnes les plus haut placées dans la politique et la science, se constitua le 22 août 1877 pour fonder à Londres une école médicale complète ouverte aux femmes. Il fallait pourvoir à un enseignement médical complet, disposer de la clinique d’un grand hôpital et obtenir l’autorisation pour les élèves de se présenter aux examens officiels.

L’école fut ouverte en octobre 1877, à Londres (Hendrietta Street, Brunswick Square) avec le concours de professeurs

distingués pris dans les autres institutions. Il y eut 23 étudiantes cette année-là.

Pendant trois ans les cours furent purement théoriques, aucun hôpital n’était à la disposition des élèves. Les hôpitaux masculins ne voulaient pas admettre les étudiantes ; et en dehors d’eux, il n’y avait qu’un seul hôpital dirigé par les femmes, celui de Mlle Garrett. Car cette dernière avait fondé déjà, en 1866^ un dispensaire à Londres (Lisson Grove) et y donnait les soins médicaux aux femmes et aux enfants indigents.

Pendant quelque temps Mlle Garrett y travaillait seule, Plus tard, lorsque de nouvelles femmes docteurs anglaises vinrent de Suisse, elle leur offrit des places chez elle et transforma en même temps le dispensaire en petit hôpital. Gomme l’hôpital d’Elisabeth Blackwell, il croissait progrès» sivement et devint par la suite le grand hôpital « New Los» pital for Women » (Euston Road) d’aujourd’hui. Mais, vers 1877, il ne comptait encore que vingt six lits, et selon les exigences du « General medical council » (Conseil médical général), de la Grande-Bretagne, un hôpital de i5o lits seulement peut servir de clinique.

Ce n’est qu’en 1877, que l’école réussit à conclure avec le « Royal Free H'jspital» (Hôpital royal libre) situé à la Gray’s Inn Road et comptant 160 lits, une transaction d’après laquelle les étudiantes anglaises pouvaient jouir librement de l’enseignement clinique, les étudiants ne pouvant pas étudier à cet hôpital.

Mais, il fallait encore que l’un des jurys d’examen de Londres consentit à reconnaître l’école, c’est-à-dire à admettre à l’examen les élèves de celle-ci 1

Donc dès la fondation de l’école son conseil d’administration s’adressa au parlement. Sa demande fut d’abord repoussée. Un orateur sut très bien montrer le véritable

état de la question, en déclarant que l’opposition du public médical reposait sur ceci seulement : « Les médecins anglais disait-il, ont vu qu’ils vont avoir à soutenir une concurrence plus grande ; ils voient que les femmes leur feront concurrence : de là leur opposition ». L’orateur, M.Rucbuck, én parlant ainsi, réduisait la question à sa plus simple expression et la présentait dans une clarté parfaite.

Enfin, en 1876, le comité d’organisation d’école réussit. Appuyé par les membres influents des deux Chambres, il demanda à la législature l’admission de ses élèves aux examens réguliers.

Le Conseil général de médecine, consulté par le gouvernement, répondit que l’étude et la pratique de la médecine et de la chirurgie pour les femmes présentaient certaines diffi^ cultés, mais qu’il ne trouvait pas qu’on dût les exclure de cette profession.

Les femmes — c’étaient les conclusions eussent mieux fait de renoncer à l’idée de se faire docteurs en médecine, le succès dans la carrière médicale exigeant des aptitudes et des qualités étrangères à leur mission : la force, la persévérance et l’impassibilité devant les scènes de douleur et de sang ; si pourtant, malgré ces considérationSj elles passent outre et persistent à vouloir embrasser la carrière médicale, elles ne doivent pas en être exclues. Si l’un des dix-neuf corps autorisés admet les femmes àsès examens, le conseil enregistrera lès diplômes obtenus à la suite de ces épreuves. Si aucun de ces corps ne veut admettre les femmes à ses examens, il faudra bien établir des examens spéciaux pour les femmes.

Convaincu par cette argumentation, le Parlement vota alors la loi dite Enabling bill. Elle n’imposait pas, mais permettait à tous les jurys d’examens de conférer des diplômes aux femme.s.

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