‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 154 sur 181 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Russie .

Réouverture des cours supérieurs pour les femmes en 1870. — Cours de médecine pour les femmes. — Leur histoire de 1872 à 1888. — La conduite des étudiantes en médecine russes pendant la guerre entre la Russie et la Turquie, — La fermeture des cours, — Un coup d’œil sur la vie, les conditions et la position des femmes médecins russes.

Après la fermeture des cours, les femmes de St-Pétersbourg- ne se découragèrent pas. Un comité d’initiative se forma et la présidente Mme Conradi, adressa, en i864, une pétition au premier Congrès des médecins et des naturalistes de Russie.

La pétition demandait la réouverture des cours supérieurs pour femmes et la docte assemblée, fit un accueil tout à fait sympathique à la pétition féministe, l’approuva à l’unanimité, l’appuya de signatures et la transmit au Ministre de l’Instruction publique. Trois années se passèrent sans apporter de décision. Enfin, en 1870, le comité de Mme Conradi fut averti que le Ministre autorisait des conférences de littérature russe et de sciences naturelles pour les deux sexes. Il limitait la durée de ces cours à l’espace de deux ans, ce qui empêchait étudiants et étudiantes de recevoir un enseignement universitaire complet sur les sujets désignés plus haut. Le Ministre imposait en outre, une censure rigoureuse, gênante et vexatoire aux professeurs de l’Université de Saint-Pétersbourg, qui se chargeaient de ces conférences, leur refusait le droit de faire passer des examens, de conférer des titres et demandait au comité de femmes de faire seul les frais de cet enseignement. Bien que fort déçues, par ces demi-mesures, les femmes russes accep-

tèrent ce qu'on voulait bien leur accorder, et la salle de conférences que le Ministre de l’Instruction publique mit à la disposition du comité fut bondée d’auditeurs de deux sexes. Les professeurs, d’un commun accord, donnèrent l’enseignement à titre tout à fait gracieux pour dégrever, dans la mesure du possible, le budget de la jeune société.

Le succès de ces cours allait grandissant. En 1874, on les réserva exclusivement aux femmes et on les transféra dans un lycée de jeunes filles.

En i885, la Société qui continuait à faire les frais de cet enseignement acheta une maison où elle installa les cours supérieurs. Mais, àla suite d’agitations politiques, ces cours furent fermés en 1886. Un nouvel exode d’étudiantes russes eut lieu. Elles se dirigèrent cette fois surtout vers la Suisse.

Ceci nous explique l’augmentation à cette époque du nombre des étudiantes en Suisse, fait que nous avons signalé dans un des chapitres précédents. Quoique les cours fermés ne fussent pas médicaux, beaucoup de celles qui auraient voulu les suivre, passèrent en Suisse à la faculté de médecine, d’autant plus que les premières années de médecine sont là comme partout, consacrées aux sciences naturelles.

La question des étudiantes en médecine fut discutée par la partie éclairée de la société russe. Le nombre des médecins moscovites trop faible pour une population extrêmement dense, appelait l’attention générale. Il y avait des vides à remplir dans cette carrière qui a pour mission de guérir, ou du moins de soulager. Et si les femmes voulaient s y consacrer n’était-ce pas le mieux de seconder leurs tendances ? Pendant plusieurs années, par la presse, par les réunions, et par les pétitions la propagande fut faite, les réclamations furent réitérées. La population se montrait sympathique. Certains professeurs des facultés offraient de faire gratuitement les cours. Ils étaient au nombre de 24,

parmi eux se trouvaient i4 professeurs de TAcadémie,

4 médecins des hôpitaux et 4 médecins consultants de l’hôpital militaire de St-Nicolas (Professeurs Souschinsky, 10 ans des cours de médecine pour les femmes i883, p. g).

Le Gouvernement obéissant pour ainsi dire à l’opinion publique mit à l’étude la question. Les membres du Conseil supérieur des médecins, MM. Zdékaouère, Kazlof et Krassowsky, présentèrent en conséquence un projet organisant, — vu l’insuffisance de l’instruction présente — des cours supérieurs pour les sagesffemmes. Les six Universités consultées répondirent que c^s cours satisfaisaient, il est vrai, à un besoin, mais qu’il sefait en plus désirable de donner aux femmes une instruction médicale complète.

« Encouragées par cette réponse — raconte Mme B. Tkatcheff — y trouvant un puissantpoint d’appui, nous choisîmes parmi nous une délégation chargée de porter à M. Miliousine. Ministre de la guerre, une demande à l’effet d’obtenir l’autorisation de suivre les cours de l’Ecole militaire de médecine, car à St-Pétersbourg il n’existe pas une faculté de médecine, mais bien une école militaire, dont le chef supérieur est le ministre de la guerre. M. Milioutine nous fit le meilleur accueil, nous promit son concours et porta luimême notre demande à Alexandre IL Qu’en devait-il sortir ? Les cours pour les sages-femmes autorisés par décret impérial de 1872! C’était peu pour une lutte de 10 ans ; plusieurs d’entre nous partirent pour l’étranger, d’autres restèrent, moins favorisées de la fortune, ou peut-être plus riches d’espérances en l’avenir ».

Les cours devaient durer quatre années et seulement à titre d’essai. Pour être admises à les suivre, il fallait avoir plus de 20 ans, présenter un diplôme de baccalauréat restreint pour les lettres, complet pour les sciences, avoir l’autorisation de sesparents,un certificat, de bonne vie et mœurs

délivré par la police et subir l’examen d’admission. 109 aspirantes se présentèrent, 90 seulement furent reçues faute de place.

Les leçons devaient se faire à l’Ecole militaire, mais séparément de celles dès étudiants, bien que d’après le même programme et par les mêmes professeurs. Chaque éleve reçut un livret de règlements ou manière de se conduire, dont l’infraction entraînait l’exclusion complète. On devait obéir d’une manière absolue aux supérieurs, leur faire part de toutes les circonstances’particulières de la vie, ne pas s’absenter sans avoir obtenu un congé régulier, se tenir décemment pendant les cours, s’habiller en costume réglémentaire, ne pas porter les cheveux courts, ne pas parler aux étudiants dans l’enceinte de l’établissement, s’abstenir même de les saluer. Mélange de mesquines vexations et de naïveté ! Mais qu’importait cela ? N’avait-on pas pour soi des maîtres éminents, les plus savants, les plus aimés : MM Mendéleeff, Setchénof, Botkine, Sklifassowsky, Tarnowsky, Roudnef, EikhvSlt et autres.

. Les études furent poursuivies avec ardeur, mais non sans crainte, car on le savait^ les cours n’avaient pas une base bien solide, il fallait pour ainsi dire se cacher. 11 ne faut pas oublier en effet que^ bien que le programme fût large, les cours étaient déstinés à faire des sages-femmes, aussi il ne fallait pas commettre d’imprudence qui eût pu les faire fermer. Ainsi un jour, pendant une leçon de physiologie consacrée à l’étude des nerfs du cœur, lorsque entra dans l’amphithéâtre un haut fonctionnaire, le professeur changea brusquement de sujet et parla de la physiologie de la grossesse.

La même comédie se répéta à la leçon de botanique : ce professeur faisait l’étude systématique d’un groupe de plantes ; dès que la porte s’ouvrit et qu’il vit l’uniforme, Mélanie Lipinska 29

changeant brusquement de sujet, il parla des herbes employées pendant la grossesse.

Les choses les plus inoffensives soulevaient des complications inouïes : les étudiantes voulurent fonder une bibliothèque commune pour faciliter la jouissance des livres coûteux, elles en demandèrent l’autorisation ; mais les autorités la refusèrent, et ce ne fut qu’au bout de plusieurs années et après les nombreuses pétitions appuyées par tous les professeurs qu’on leur permit de placer au secrétariat une armoire pour lès livres, mais on leur défendit sévère-' ment d’appeler cela bibliothèque. La chose fit du bruit dans la capitale, on en riait, et lès auteurs envoyaient leurs ouvrages avec la dédicace : « Pour l’armoire aux livres des . étudiantes en médecine » .

Malgré cela les études marchaient sérieuses et sévères, les examens se passèrent brillamment en présence du Ministre de la guerre. M. Miloutine fut satisfait de son œuvre et félicita châleüreusemenf élèves et professeurs. Àu comment cernent de l’année suivante, on admit 89 nouvelles élèves 5 à la troisième année on permit aux étudiantes de suivreles cliniques.

Enfin, un jour on leur annonça la -bonne nouvelle. Vu leur assiduité;, le gouvernement leur accordait cinq années d’études complètes comme aux étudiants, et changeait le nom de cours supérieurs, pour les sages-femmes en celui de : Cours de médecine pour les femmes.

En effet, les étudiantes travaillèrent beaucoup, et avec un tel zèle que les professeurs n’avaient pour elles que des éloges, et les citèrent souvent comme exemple aux étudiants.

Les étudiants, de leur côté, aidaient les étudiantes dans toutes les circonstances, et la tâche des premières pionnières était bien rude. Elles avaient à soutenir une lutte conti-

îiueile contre les rigueurs du gouvernement, à se heurter sans cesse aux préjugés d’une partie de la société, souvent même à des obstacles de la part de leurs parents. Et avec tout cela en travaillant pour étudier ne fallait-il pas songer au lendemain et penser à travailler pour vivre? En Russie, en effet, souvent dès le collège, la jeunesse de deux sexes se voit obligée de gagner sa vie ; car, issue de petits bourgeois, de petites fonctionnaires, même de paysans, elle ne veut pas rester à la charge de ses parents.

Aux travaux de l’amphithéâtre, des tables de dissection, des hôpitaux, il fallait donc joindre une fonction plus ou moins lucrative. On donnait des répétitions, on faisait des traductions ou des copies, on travaillait dans les imprimeries comme compositeur ou comme prote, on trouvait à s’employer comme télégraphiste.

Toutes ces occupations demandaient des veilles prolongées. Il restait à peine quatre ou cinq heures pour se reposer. En outre, la vie à St-Pétersbourg est chère. Afin d’économiser on se mettait en petites communes. On louait un grand appartement quelque part dans un quartier excentrique. Une seule bonne faisait le service, auquel chaque étudiante contribuait à tour de rôle. De petites chambres formaient autant de propriétés privées et une grande salle commune réunissait aux repas tous les membres du phalanstère.

Là aussi on faisait de la musique, on chantait, on causait, on recevait des amis, on dansait même. Mais on avait beau se mettre en commun, quelquefois la disette était complète, et alors on vivait pendant plusieurs jours de thé et de pain noir, en fumant nombre cigarettes.

Si pauvres que Ton fût, il y avait toujours d’autres personnes encore plus nécessiteuses, auxquels il fallait venir en aide.

Eh bien ! on portait « au clou » la robe la moins râpée, le linge et même les bouquins. Mais c’est de la misère la plus noire ! dira peut-être le lecteur ?

La vraie misère existe-t-elle quand on a vingt ans, quand on est plein d’enthousiasme, quand on travaille avec succès, quand on a d’excellents amis. On a mangé sa part de vache enragée comme tant d’autres. Voilà tout !

G’estainsi que raisonnaient ces étudiants et ces étudiantes. Mais il y avait bien aussi des moments qui rachetaient ces ennuis. C’étaient surtout les soirées, quand on se réunissait autour de la grande table sur laquelle le samovar chantait sa chanson triste et monotone, mais bien douce à ceux qui en ont pris l’habitude. On se communiquait les impressions du jour, on parlait de ses travaux, des espérances et des craintes ; puis peu à peu la conversation s’échauffait, et au milieu des nuages de fumée de tabac raisonnaient des voix pleines d’énergie et de confiance.

On renversait les mondes entiers, on faisait des découvertes inouies, on établissait les théories les plus étonnantes.

Quelquefois on se rendait au théâtre, de préférence à L’Opéra ou au concert. Au printemps le dimanche, toute la bande allait « s’hématoser » quelque part dans les environs de la ville ou sur les bords de la Néva.

Là on canotait, on pêchait, on improvisait un déjeuner champêtre, on se grisait en buvant l’air pur à pleins poumons. Le soir fatiguées, mais contentes, on rentrait apportant des brassées de fleurs des champs.

Ainsi s’écoulèrent les cinq premières années ; on approchait du moment décisif, de la période des examens de fin d’études, lorsque éclata la guerre contre la Turquie. En général, en temps de guerre, faute d’un personnel médical suffisant, on envoie à l’armée les étudiants de cinquième

année de TEcole militaire ; les étudiantes demandèrent donc au Ministre de la Guerre une place à leurs côtés.

Vingt-cinq d’entre elles furent désignées pour prendre du service dans les ambulances, et au même titre que les chirurgiens d’armée.

" Elles partirent sous la direction des professeurs à Jassy, Brailoff, Frasechty, Zimnitza, en Bulgarie^, à Biela etàBulgareni où plusieurs furent emportées par le typhus, qui faisaitdans les rangs de l’armée plus de ravages que lesfeux de l’ennemi.

Les commissions médicales de Braïloff, de Jassy, ainsi que plusieurs chefs de services des hôpitaux militaires, constatèrent dans leurs rapports les mérites des étudiantes en médecine. Quelques-uns avouèrent qu’avant d’avoir vu les femmes à l’œuvre, ils étaient hostiles à la femme médecin ; mais que depuis la guerre leur opinion avait complètement changé.

• On avait vu les étudiantes de cinquième année faire sous la direction des professeurs, lés opérations les plus sérieuses, comme l’amputation de la cuisse, la désarticulation de l’épaule, etc.

A Bulgaréni, vers la fin d’août 1878, quatre étudiantes ayant été attachées au soixante-troisième hôpital militaire organisé pour 600 malades, avaient aidé leurs confrères à traiter et à opérer une accumulation de plus de neuf mille blessés ; elles travaillèrent souvent dix-huit heures sur vingt-quatre.

En qualité de chirurgiens civils des hôpitaux ou d’aidemédecins, elles travaillèrent durant toute la guerre sur le même pied que le personnel masculin prenant part comme directrices ou comme aides à toutes les opérations médicales ou chirurgicales. « Elles ont en somme pleinement justifié les espérances que leur admission aux cours médicaux

avait fait concevoir dans le sens de leur utilité nationale et privée ». Les correspondants étrangers parlèrent d’elles avec émotion dans leurs journaux, Alexandre II dans sa visite aux lazarets^ les combla d’éloges et l’inspecteür général des hôpitaux militaires Pigoroff écrit dans un rapport :

« Les étudiantes des cours médicaux féminins employées à l’armée, dès le début de la campagne avec Un zèle infini et un parfait savoir, se sont montrées au-dessus de toutes louanges, les secours médicaux et chirurgicaux donnés par elles ont parfaitement justifié dans cette première expérience, les espérances des autorités médicales supérieures. Le travail plein d’abnégation des femmes chefs d’hôpitaux, au milieu de la contagion typhique dont plus d’une fut victime a attiré l’attention générale. Cette expérience mérite les plus grands éloges ».

Plein d’enthoüsiame, il demanda pour elle « des récompenses honorifiques et l’empereur décréta de leur donner attachée au ruban de l’ordre de Saint-- Gèorgès un des plus nubles de la Russie, de ceux que l’ôn ôbtiénLqu’àu fèü de l’ênnemi, .

Après la rentrée des armées, les ambulancières et celles qui U’avaieUt pu faire la campagne se présentèrent aux éXàmêfts ; toutes furent reçues avec succès en novembre 1878. L^empereur Alexandre II leur conféra lë titre de médecin, le droitde porter les palmes médicales aux initiales de femme médecin èt d’exercer librement, leur profession. Le Conseil des professeurs déclara, d’avis unanime « qu’il étaitjuste de donner aux femmes les memes titres scientifiques et les mêmes droits que ceux dont jouissaient les hommes qui.ont terminé leurs études dans les universités ». Le pays ne tarda. pas à profiter de ces. recrues : les Zemstwa oü assemblées rurâlés, leur offrirent des; places; et, en ':i832j 42, ,femmes étaient attachées, à des hôpitaux régionaux j.

44 étaient entrées au service d’autres établissements hospitaliers.

Des municipalités aussi demandèrent au gouvernement qü’il leur fut accordé des femmes médecins surtout dans les provinces musulmanes (l’empire russe compte lO millions de musulmans) où le rôle médical de la femme en raison des idées religieuses paraissait plus naturellement indiqué.

En même temps 12 femmes furent officiellement attachées aux cours de médecine pour femmes, car beaucoup se montrèrent douées et M. le docteur Gyôn, professeur de physiologie à l’Université dé St-Pétersbourg et a la nouvelle faculté^ a relevé que les observations au microscope, et même les dissections devenaient en peu de temps familières aux étudiantes et qu’elles y déployaient une délicatesse et une habileté de main particulière.

Donc l’utilité de la femme médecin en Russie était incontestable et évidente, l’expérience était faite et pourtant les cours de médecine pour les femmes furent fermés en 1882. On décida qu’on n’admettrait plus de nouvelles élèves mais qu’on permettrait aux actuelles de terminer leurs études et de passer leur doctorat en 1887. La Société s’émut, la pressé quotidienne et les revues publièrent de chaleureux articles pour leur défense. Mais tout fut inutile.

Quelle était la cause dé cet événement qui causa une telle émotion en Russie ? Ce fut d’abord l’obstination du nouveau ministre de la guerre M. Wannowsky qui en 1881 trouva incompatible pour le ministère de la guerre d^avoir sous sa direction un Cours de jeunes filles.

Il oubliait ce que devait l’armée aux ambulâncièreSj ces petites sœurs comme les appelaient les soldats. Ce fut ensuite la nécessité dê réduire les dépenses du budget- qu’on invoqua en désespoir de cause. Or, sur un budget annuel de 800 millions de roubles (le change normal du rouble

argent est de 4 fr-) cours n’avaient reçu pendant dix ans d’existence et à différentes époques que des dotations variables dont la somme ne s’élevait pas au-dessus de 10.000 roubles par an, et n’avaient pu se soutenir que par des souscriptions, des fêtes organisées à leur profit et les cotisations des élèves (5o à 70 roubles par an). Enfin, l’opinion publique prétendait qu’une femme haut placée avait juré, « de faire retourner la femme russe à son foyer et de rendre la mère à ses enfants».

La municipalité de Saint-Pétersbourg voulait maintenir les cours. Elle donna son ancien palais seigneurial où les cours auraient pu être transférés et vota pour eux une somme annuelle de i5.ooo roubles. Mais la proposition fut rejetée; le gouvernement maintint la décision de la fermeture graduelle.

Pendant les dix ans qu’ont duré les cours médicaux,on a compté 1091 élèves, parmi lesquelles : 80 femmes mariées, 19 veuves, 922 demoiselles.

Quelques-unes étaient venues du Caucase de la Sibérie et d’autres parties les plus éloignées de l’empire. Le nombre le plus grand était de Pétersbourg.

Toutes les classes étaient représentées, mais inégalement : les filles des petits employés de l’Etat donnaient le plus fort contingent. Quant à l’âge la moyenne était de 21 ans, l’étudiante la plus âgée comptait 44 ans.

Quant à leur nationalité elles étaient en très grande majorité Russes.

Sur 806 femmes qui entrèrent durant les huit premières années il y avait 672 orthodoxes, 169 israélites russes, .33 catholiques et 17 luthériennes. On peut identifier sans trop de méprise les catholiques avec les Polonaises et les luthériennes avec les Allemandes des provinces baltiques. Voici la.liste des admissions :

élèves

en 1872

furent admises

Sur ces 1091 élèves 700 terminèrent leurs études et reçurent les diplômes de doctorat.

Ces femmes médecins étaient-elles nécessaires?

Le docteur Guertzenchteïne a donné dans un journal de médecine, « Messager médical » (Méditzineskiï Viestnik) de 1882 (n® 18) une réponse suffisante. Elle fut traduite en français dans la « Gazette hebdomadaire de médecine » de 1882 : ,

« Il y a, dit-il, des gens qui veulent que la médecine soit interdite au sexe faible, pour ne point augmenter la concurrence !... Nous connaissons, un haut fonctionnaire.., qui ne veut nullement entendre parler de renseignement de la médecine pour les femmes sous prétexte que leur ingérence rendra plus mauvaise encore la situation des médecins actuels.

« Ceux-ci ne semblent guère se préocuper d’une pareille év^entualité ; les femmes sont admises dans toutes leurs sociétés savantes ; elles ont rendu des services indiscutables dans la dernière guerre, dans les dernières épidémies. Quelques-unes se sont fait connaître par des travaux sérieux et justement appréciés (Fauteur cite Mme Eckert, Idelson, Chavanov, Rosine, Krasine, Bekach).

«Il y a d'ailleurs un argument bien autrement fort, la disette des médecins : la population de l’Empire est de 90 millions d’âmes et il n’y en a au total que 14.000 ; sur ce nombre 3. 000 habitent Saint-Pétersbourg et Moscou qui comptent ensemble 1.600.000 habitants ; cela fait pour le reste du pays un médecin par 8.000 personnes; c’est un coefficient assez faible. De pluS) la répartition est inégale : le gouvernement d’Arkhangel compte 7 médecins en tout, un grand nombre de localités n’en ontjamais vu; desmalades sont soignés, comme il y a deux cents ans, par les sorciers dé l’endroit. Dans la ville même et son district, il n’y en a qu’un seul, dont la circonscription a une étendue de 17.862 verstes carrées et compte 35. 000 habitants. La mortalité atteint des proportions effroyables; d’année en année, il y a dans ce malheureux pays une augmentation notable des cas de variole, de fièvre typhoïde et de syphilis... C’est le cas où jamais d’appliquer l’aphorisme politique : mlüs popuU mprema léæ. Les questions de convenance ou d’aptitude n’ont qu’un bien faible poids en présence de la nécessité : il faut, par tous les moyens possibles, augmenter le nombre dés médecins et mettre l’administration en mesure de répondre à des exigences en face desquelles elle a conservé, jusqu’à ce jour, une indifférence que l’oli comprend à peine.

«Si l’expérience démontre qu’on peüty arriver en distribuant largement et hardiment l’instruction médicale aux femmes, il n’y a qu’à marcher dans cette voie sans hésitation ; les arguments empruntés à l’intérêt des praticiens actuels n’ont même pas raison d’être. »

On se rappelle qu’en 1887, sortit la dernière série de femmes-médecins. Durant les dix années, elles s’étâieftt répandues dans le pays entier. Selon le « Progrès médical » il y avait en 1887 63 femmes exerçant la médecine à

St-Pétersbourg- et i3 à Moscou. En 1888, d’après un relevé fait par les inspecteurs de la médecinej sur 342 femmesmédecins 3i exerçaient dans les provinces où ne fonctionne pas de zemstvo (provinces qui constituaient autrefois la république polonaise), 10 dans les provinces baltiques, 283 dans les provinces où le zemstvo fonctionne (y compris les Cosaques du Don), i4 au Caucase, 4 en Sibérie.

En 1889, un médecin russe, le docteur Grebienchtchikoff(i), recueillit des données sur 409 femmes-médecins. Ce n’était pas le notîibre total des femmes ayant reçu à Pétersbourg le titre de docteur ; mais, il y a pas de relevé plus çorapleti

Sur ces 409 femmes-médecins, 210 exerçaient librement, 87 étaient au service des zemstvos, i3 au service des municipalités, 69 étaient médecins des hôpitaux, 17 médecins des écoles, 9 médecins d’usines, 3 médecins d’Etat; 6 étaient attachées à de grandes personnalités, i à une société de bienfaisance, 8 avaient abandonné leur carrière »

Quant aux appointements ceux de 73 femmes-médecins étaient de : 201 à 5oo roubles (63o-i325 francs); ceux de 26, de ; 5oi â i.ooo roubles (i325--265o francs) ; ceux de 79i de ; 1.000^2.000; une avait plus de 2. oOo roubles. Parmi les 210 femmes-médecins exerçant librement 137 indiquèrent leurs revenus; g avaient moins de i5o roubles par an, 71-500 r., 37-1. ooO r., 3o-2.ooo r , i2-3;000 r;, 3-4-000-5.000 1’;, i-8;000 r., 1-18.000 r. Si nous nous rappelons que parmi ces femmes-médécins il y en avait de toutes récentes (de 1887) nous nous. expliquerons les revenus. minimes des g premières.

Les doctoresses russes sé sont montrées à plusieurs

il V.f*iérvÿï géhéskiï kàlèàëdâr, S, Pétéi'sb&Urg, i8gg, p..

reprises pleines de dévouement (ainsi pendant l’épidémie de diphtérie en 1877). En 1888, elles ont fêté le lo® anniversaire de leur existence professionnelle par un g-rand banquet. Un grand nombre de professeurs et de notoriétés médicales y assistaient. Le professeur Botkine a dit qu’une sorte de divination instinctive était propre an cerveau des femmes et que cette faculté pouvait être d’un grand secours pour le diagnostic.

Le professeur Raucbfuss a rappelé l’activité médicale pendant ces dix années. Le professeur Tarnowsky a exprime le désir de voir s’ouvrir les cours de médecine pour les femmes, suspendus depuis quelque temps par le gouvernement russe.

Cette réouverture n’eut cependant lieu que bien plus tard, mais Testime que les médecins russes manifestèrent ce jour-là pour leurs collègues féminins, s’affirma depuis à plusieurs reprises. Elles n’éprouvèrent jamais de difficultés si elles voulaient entrer dans les sociétés médicales. Ainsi, par exemple, lorsque, en i885, plusieurs femmes médecins sallicitèrent l’admission à la caisse centrale de secours aux médecins, l’assemblée générale de la caisse décida qu’à titre d’expériences, les femmes médecins seraient admises pour une période de six ans, formant une section spéciale investie de tous les droits des autres membres. Au bout de ces six ans, les femmes médecins décideraient si elles préféraient former une caisse spéciale de secours ou bien rester membres de la caisse centrale. Si dans le courant de ces six ans, le capital de la nouvelle section se montrait insuffisant, on procéderait à la liquidation en . restituant aux membres de la section tous les versements opérés. Cette décision a été approuvée par le Ministre de l’intérieur. .

Sur ces entrefaites, les municipalités, les zemstvos et le grand public se mirent à envoyer pétition sur pétition. pour

demander la réouverture des cours médicaux pour les femmes. Longtemps, toutes ces tentatives furent infructueuses, mais enfin elles aboutirent à un résultat favorable.

Cette période de Fhistoire des femmes médecins russes appartient à celle des dix dernières années ; nous en parlerons dans un chapitre suivant.

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