‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 157 sur 181 · Gimeno, page i · texte numérisé non relu

Gimeno, page i

1887 fut reçue docteur à l’école demédecine du Mexique une dame méxicaine, Mlle Mathilde Montoya. Elle se présenta devant un tribunal formé par Bender, Galan, Altamirano, Gutierrez, Lobato et Ramirrez Arellano. Les questions des examinateurs portèrent sur les maladies cardiaques , la microbiolog-ie, les fièvres contagieuses et Thygiène. Mlle Montoya répondit très suffisamment et après cela passa l’examen pratique à Thôpital de San-Andrés (i).

Nous terminerons ce chapitre par la biographie émouvante (2), de la première femme médecin hindoue, Anandibai Joshee.

On sait combien triste et lamentable est la vie de la femme hindoue. Bloquée au fond de son gynécée, ditzénana, elle y naît, souffre et meurt sans grand espoir de soulagement si “ la maladie la visite. Et ses conditions hygiéniques sont déplorables. « Voulez-vous savoir mon opinion sur la condition des femmes, dit un natif. Je suis honteux de Favouer : elle est simplement effroyable ; à cause du système de réclusion (purdah System), elles ne prennent aucun exercice ; ainsi j’ai connu, dans les hautes classes, des familles où les femmes ne peuvent, après leur mariage, pas même sortir pour faire une visite à leur père ! A l’exception des classes laborieuses et rurales on peut dire sans exagération que 80 à 90 pour 100 de nos femmes vivent dans un état de maladie constante du commencement à la fin de l’année. Ne pouvant obtenir les soins de gardes éclairées aux heures critiques, elles languissent sans espoir de guérison ».

Le médecin indigène ou européen est sévèrement exclu et n’est mandé qué dans les cas de la plus grande gravité ; la

1. Conception Gimeno de Plaquer, La mujer. Mexico, 1887 (5e édition, page 187).

2. Nous la devons à la plume de Mlle Menant, Revue encyclopédique, 1896 (2 juillet).

patiente, cachée alors derrière le purdah (rideau), n’est autorisée qu’à tendre une main au docteur appelé en consultation. Sinon elle est livrée à la merci de matrones ig-norantes.

Certaines sociétés féministes anglaises et américaines tâchèrent d’y remédier, mais il fallait aussi que les femmes hindoues elles-mêmes pussent les seconder. C’est ce qu’entreprit Anandibai Joshee.

Elle naquit à Pounah, le 3i mars i865 ; son père, Gunpatrao x4.mritaswar Joshee était un riche propriétaire foncier de Kalyan, au nord de Bombay. La fillette grandit dans la plus large aisance; grave et austère, elle réclamait déjà à cinq ans un précepteur et étudiait le sanscrit sous la direction d’un de ses jeunes parents Gopal Vinyah. Selon l’habitude hindoue elle épousa à l’âge de neuf ans un veuf de vingt ans plus âgé qu’elle. En 1878, elle eut un enfant, mais celui-ci, mourut peu de jours après sa naissance, et dès lors la jeune mère conçut le dessin de se consacrer à la médecine pour soulager ses compatriotes dont elle avait appris par expé^ périence personnelle^, à connaître les besoins.

Mais paraître en public, suivre des cours, était absolument impossible à une femme de haute caste. Anandibai noua des relations amicales avec Mis Carpenter, de Roselle (New-Jersey), et fit tous ses efforts pour se rendre en Amérique. Pendant près de quatre ans elle poursuivit obstinément sont but. Soutenue par son mari, qui l’approuvait, elle tint tête aux luttes intérieures les plus pénibles.

Sa correspondance avec Mrs Carpenter n’en contient qu’un faible écho. Dans le Bengale, où la carrière de son mari l’avait exilée, loin des pays mahrattes où la brahmine jouit d'une liberté relative, elle rencontrait l’opposition la plus violente L’hôtel des Postes^ qu’elle habitait à Serampore, était souvent assiégé par une foule de Bengalis

excités par le parti orthodoxe ; si bien qu’un jour, dans une conférence publique, elle dut expliquer sa conduite, justifier ses agissements^, événement unique dans l’histoire de l’émancipation de la femme aux Indes : une brahmine sur la plate-forme !

Anandibai partit enfin le 7 avril i883 seule, à bord de la City of Calcutta ei arriva à New-York le 4 juin i883. Mrs. Carpenter s’empressa de la présenter à Rachel Bodley, la digne doyenne du « Woman’s medical College of Pennsylvania » à Philadelphie, et la jeune Mahratte commença sur l’heure sa laborieuse carrière. Sans lassitude apparente, elle consacrait facilement seize heures à ses études médicales ; sans dégoût ni faiblesse, elle faisait face aux exigences des devoirs professionnels.

Cependant, le climat d’Amérique, si fatal aux Asiatiques, ne tarda pas à accomplir son œuvre destructive. Anandibai n’échappa que par miracle, et grâce au dévouement de Rachel Bodley, à plusieurs atteintes de diphtérie. Après chaque crise, dont elle sortait affaiblie, elle reprenait ses études. Son application, sa méthode témoignaient de sa discipline intellectuelle, car tout autre non préparée à ce labeur quotidien et réglé du « Womans medical College » eut infailliblement succombé. Quelque languissante qu’elle fût, elle arriva à passer ses examens à l’époque fixée ; sa thèse, sur V Obstétrique hindoue, fut jugée du plus haut intérêt, et le ii mars 1886, elle était reçue docteur médecin, la première femme hindoue de haute caste à laquelle ait été conféré ce grade en n’importe quel pays du monde. A la grande réception qui eut lieu dans le local de l’Académie de musique^ plus de 3 000 personnes se trouvaient rassemblées pour entendre proclamer les noms des graduées et voir délivrer les diplômes.

Son mari, Gopal Vinyah, était venu rejoindre sa femme;

les examens passés, le couple songea sérieusement au départ. Un appel pressant du Diwan, premier ministre de Kolhapur, rappelait dans Tlnde la première lady doctor indigène pour prendre la direction de F « Albert Edward Hospital » récemment fondé (t“'’ juin 1880). Anandibai se hâta d’accepter, mais la pauvre enfant était si faible, si épuisée, que ses amis ne conservèrent pas un instant Fespoir de la sauver. Un séjour dans les chaudes régions du Colorado aurait pu seul enrayer le mal dont elle était si profondément atteinte, et au lieu de ce bienfaisant repos elle allait s’aventurer sur l’Atlantique à l’époque froide et brumeuse des rafales et des ouragans.

Le 9 octobre elle quitta Roselle, accompagnée de M. Carpenter, de la Pundita Ramabai et de M. Sattay, un de ses amis de FInde,qui la remirent entre les mains de son mari à bord de F « Etruria ».

Et alors commença la longue et douloureuse traversée de New-York à Bombay, av^c une escale pénible en Angleterre et le voyage fatigant de Liverpool à Londres à bord du a Peshawur ». Elle éprouva des malaises, des suffocations accrues par la claustration de la cabine et le passage de la mer Rouge. Sa maladie de poitrine faisait des progrès effrayants, lorsqu’elle arrive à Bombay le 17 novembre, elle était dans un état de faiblesse et de maigreur qui présageait une fin prochaine. Les grands pundits, les juges sévères de la brahmine délinquante et déchue, furent touchés et la reçurent les larmes aux yeux ; installée à Pounah dans le palais où elle était née, près de sa mère et des membres de sa famille la mourante éprouva tout d’abord un mieux relatif. Pendant que son mari s’occupait activement de leur réintégration dans leur caste perdue par le voyage d’outre-mer, le peuple entier se pressait dans les temples pour obtenir sa guérison ; mais ni prières ni offrandes ne

pouvaient apaiser le dieu de la Mort. Le 26 février à minuit Anandibai s’éteig-nit doucement. «J’ai fait tout ce que j’ai pu, murmura-t-elle, avant de mourir ».

Bientôt selon la coutume, s’alluma le bûcher funéraire. A cause de l’anathème qui pesait encore sur elle on aurait pu craindre que les prêtres refusassent de prêter leur concours ; mais les esprits les plus libéraux furent surpris de voir que l’intolérance du parti orthodoxe fléchissait devant un si sublime dévouement. Les cendres pieusement recueillies par sa famille, au lieu d’être jetées dans quelque rivière sacrée, furent envoyées en Amérique pour y recevoir une sépulture.

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