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CHAPITRE XXXI

France

Dans les autres pays de l’Europe, de même qu’aux Etats- Unis, Thistoire- des femmes médecins né présente pas d’incidents nouveaux. Le nombre des étudiantes en médecine augmente et les femmes médecins conquièrent définitivement les droits à l’existence. La clientèle qui était d’abord peu nombreuse, augmente; on admet les femmes aux différents emplois qui leur étaient auparavant fermés. Tel est l’aperçu général; les chiffres et les faits que nous allons citer en témoigneront.

Commençons notre revue par la France.

Le plus grand nombre des étudiantes se trouve à Paris. Grâce àTnmabilité de M. le D* Pupin, secrétaire de la Faculté de Paris, nous pouvons donner des chiffres exacts. Nous ajouterons seulement quelques remarques. Si après iSgfi le nombre des étudiantes a diminué (1893-1894 et 1894-1895 : 196; 1896-1896: 167; 1896-1897 : i63; 1897-1898: i44; 1899- 1900 : 129), la cause en vient de l’introduction du nouveau régime, rendant l’étude de la médecine plus difficile et plus longue. Sur la diminution du nombre des étrangères, a influé aussi l’obligation du baccalauréat français pour les étudiantes qui voudraient exercer en France. Enfin l’ouverture des cours de médecine à Saint-Pétersbourg a diminué l’afflux des étudiantes russes.

Quant aux Françaises, leur nombre (en progression

depuis 1891) subit également une diminution en 1895-1896, mais ensuite il a constamment augmenté.

Voici les données :

Nombre des étudiantes à Paris 1891-1892

ENTRÉES

Françaises . • . . . 2

Etrangères . . . . . . ; . ^

Total . 25

Nombre des étudiantes inscrites

Françaises . . 17

Iles Britanniques . 6

Empire allemand ........... i

Grèce . . i

Serbie . i

Roumanie . 3

Empire ottoman . . 2

Empire russe . . . 112

Etats-Unis . \ . . i

Total . . . . .144

ENTRÉES

Françaises . 3

Etrangères . . , . . . 28

Total . . . . . 3i

Nombre des étudiantes inscrites

Françaises . 16

Iles Britanniques . . . . . ... . . . 4

Empire allemand . i

Grèce . i

A reporter . 22

Report. ...... 22

Serbie . 2

Roumanie . . . , , , 4

Empire ottoman . 2

Empire russe . . » • 124

Etats-Unis . i

Total . i55

ENTRÉES

Françaises . i5

Etrangères 42

Total . 67

Nombre des étudiantes inscrites

Françaises . 26

Iles Britanniques . . 4

Empire allemand . i

Serbie. . i

Roumanie . 6

Empire ottoman . 2

Empire russe . i54

Etats-Unis . i

Total . . . . . 196

ENTRÉES

Françaises . . . . . 8

Etrangères . 19

Total . 27

Nombre des étudiantes inscrites

Françaises . . 28

Iles Britanniques . . 3

Suisse . .

A reporter . 3a

Report . 22

Empire allemand . i

Serbie . i

Roumanie . 7

Empire ottoman . . . 2

Empire russe . . . : i5i

Etats-Unis . . i

Total . 195

ENTRÉES

Françaises 5

Etrangères . 7

Total . 12

Nombre des étudiantes inscrites

Françaises . i5

Iles Britanniques . . . . . . 3

Suisse. . ' . . I

Empire allemand . . i

Roumanie .............. 6

Empire ottoman . i

Empire russe . . . . . iSg

Etats-Unis . . i

Total ..... 167

ENTRÉES

- Françaises . 4

Etrangères . . 3

Total . .

Nombre des étudiantes inscrites

Françaises . 26

Iles Britanniques . 2

Suisse . *

Empire allemand . 2

Roumanie . 4

Empire russe . . • • 127

Etats-Unis .

Total . i63

ENTRÉES

Françaises . . . . . .... , ... 6

Etrangères ............... 6

. Total . 12

Nombre des étudiantes inscrites

Françaises . 3i

Iles Britanniques ........... i

Suisse. . . • . ' I

Empire allemand. . . 2

Roumanie ............. 3*

Empire russe . 106

Total ..... i44

ENTRÉES

Françaises . 7

Étrangères . . g

Total . 16

Reçues Docteurs

Françaises . 2

Étrangères . . .

Total . ig

En 1899-1900, il y avait 29 Françaises et 100 étrangères. Parmi ces dernières, celles dti Tempire russe et du royaume de Pologne étaient 91 ; il y avait, en outre, 5 Roumaines, 2 Allemandes, i Suissesse, i Anglaise.

Les autres facultés où les femmes étudient la médecine en France sont les suivantes : Nancy, Lyon, Bordeaux, Montpellier, Lille, Toulouse.

La faculté de médecine de Nancy avait précédemment son siège à Strasbourg. C’est en 1892 qu’elle fut transférée à Nancy.

D’après les renseignements très précis qu’a bien voulu nous communiquer dans sa lettre du i3 janvier 1900 M. des Gilleuls, le très obligeant secrétaire de la Faculté de Médecine à l’Université de Nancy, c’est seulement à partir de 1894-1895, que la faculté a eu des étudiantes.

Voici, par trimestres, le nombre ,de celles-ci :

1894- 1895 I®' trimestre : une Russe, 2® trimestre : deux Russes, six Bulgares, deux Turques (Macédoniennes); total dix ; 3“ trimestre : dix (mêmes nationalités) ; 4“ trimestre : dix (mêmes nationalités).

1895- 1896, I®' trimestre, 2®, 3® et 4® : neuf, dont deux Turques, six Bulgares, une Russe (une Russe est partie se marier ce qui explique une unité de moins ; elle est allée continuer ses études à Paris où était son mari).

1896- 1897, seize à chaque trimestre, dont sept Bulgares, sept Russes, deux Turques.

1897- 1898, seize, mêmes chiffres qu’en 1896-97.

1898- 1899, le^ trimestre ; treize (huit Bulgares, quatre Russes, une Turque); 2® trimestre : onze (sept Bulgares, trois Russes, une Turque); 3® trimestre : onze (sept Bulgares, trois Russes, une Turque) ; 4® trimestre: neuf (six Bulgares, deux Russes, une Turque.

^899-1900, i®® trimestre : onze (neuf Bulgares, une Russe,

une Turque) ; 2® trimestre : dix (huit Bulgares, une Russe, une Turque).

Plusieurs Russes de la Faculté de Nancy sont allées à la Faculté de Saint-Pétersbourg (celle des femmes).

Il n’y a jamais eu de Française étudiant la médecine à Nancy.

' Femmes reçues docteurs :

30 mai 1899. — Mlle Daïreuva (Bulgare) thèse : « Recherches sur le champignon du muguet et son pouvoir pathogène » .

31 mai 1899. — Mlle Staniszewski (Polonaise) «Contribution àl’étude des abcès pulsatiles du thorax ».

25 novembre 1899. — Mlle Azmanova (Bulgare) « Traitement de la tuberculose pulmonaire par le cinamate de soude, étujde critique et expérimentale ».

N. B. — Une Bulgare (en scolarité) a épousé un docteur français. Depuis son mariage elle a suspendu ses études.

Une Bulgare s’est mariée avec un licencié en droit français, mais de nationalité bulgare ; malgré cela elle continue ses études.

Une Bulgare reçue docteur est partie dans son pays pour se marier avec un de ses compatriotes reçu docteur à Nancy quelques jours après elle.

« Les études médicales, écrit M. desGilleuls, n’empêchent pas les sentiments, puisque quatre étudiantes se sont mariées. Il y en a encore deux qui sont fiancées.

« J’ai cru devoir vous donner ces renseignements complémentaires — termine M.E. desGilleuls — que vous ne trouverez pas dans les statistiques du ministère ou ailleurs, parce que j’ai pensé qu’il y aurait peut-être des conclusions à tirer ou du moins des observations à présenter. »

A Lyon, depuis la création de la Faculté de médecine

(1877)» il J nombre d’étudiantes, mais une seule, Mme Ouzounova, d’orig-ine bulgare^ a été admise au grade de docteur, le 26 juillet 1898.

La thèse soutenue par Mlle Ouzonova a pour titre : « Contribution à l’étude de la latéro-flexion de l’utérus gravide ».

Cinq Françaises y ont été ou sont encore en cours de scolarité. Quant aux étrangères (presque toutes Russes), 20 environ sont actuellement inscrites ; un nombre à peu près égal ri’y ont passé qu’une année ou deux et ont -obtenu leur transfert dans d’autres établissements, le plus souvent à la Faculté de Paris. A Toulouse, la faculté ouverte depuis le i®*" avril 1891 n’a eu que deux étudiantes en médecine, à savoir : une Française, Mlle Gironce, qui a été reçue officier de santé le 18 juillet 1893 et Mlle Kovatchef (Bulgare), étudiante, au cours normal de 3® année. Aucun diplôme de docteur n’a encore été conféré par cette faculté.

A Lille la fondation de la Faculté de médecine remonte à l’année 1876. La faculté n’a, jamais refusé d’admettre des étudiants femmes à ses cours.

Voici les noms des étudiantes qui y ont fait des études ou subi des examens (i) :

Mme Moschkoff, née Troudnitzky, reçue docteur en médecine en janvier 1893 (Russe). Titre de la thèse : « Etude sur le liquide amniotique vert comme signe de souffrance chez l’enfant ».

Mlle Sénépart (Française). Etudes d’officiat de 1891 àiuillet 1895. Reçue officier de santé en juillet 1895.

Mlle Gelse (Française). Etudes d’officiat de 1894 à 1898. Reçue officier de santé en juillet 1898. Reçue docteur en

I. Communication personnelle de M. Trochet, secrétaire de la Faculté, datée du 18. 2. 1900.

médecine en mai 1899. Thèse : « Contribution à bétude du scorbut infantile

Mlle Bernson (Russe). Etudes de doctorat, de 1895 à 1899. Reçue docteur en médecine le 20 mai 1899. Thèse : « Nécessité d’une loi protectrice pour la femme ouvrière avant et après ses couches l'étude d’hygiène sociale) ».

Mlle Cheyko (Russe). Etudes de doctorat de janvier 1895 à juillet 1896. A quitté la Faculté avant la fin de ses études.

Mlle Schmidt (Russe). Etudes de doctorat pendant l’année scolaire 1898-1899. A quitté la Faculté sans avoir terminé ses études. -

Il a été délivré 4 diplômes de doctorat par la Faculté de Bordeaux, depuis l’année i894jusqu’à l’année 1898. Sur ces quatre femmes, trois avaient auparavant, reçu le titre d’officiers de santé, elles ont ensuite postulé pour le doctorat.' La première, Mlle Belly (Marie-Thérèse Béatrice), officier de santé en 1889, docteur en médecine en 1897. Thèse : Contribution à Tétude de la laparatomie exploratrice. La seconde, Mme Lamige (née Antoinette -Thérèse - Léonie Pédespan) officier de santé en 1897, docteur en médecine en 1898. Thèse : Contribution à l’étude de la rupture intrapéritonéale des kystes de l’ovaire. La troisième, Mlle Dega (Georgette-Françoise)/ reçue en 1898. Thèse : Essai sur la cure préventive de l’hystérie féminine par l’éducation. Une autre doctoresse encore a été nommée le i®’’ décembre 1899, c’est Mlle Jeanne-Marie-MadeleineChartrou, officier de santé en 1897. Thèse : Contribution à l’étude de la psychose posteclamptique.

Les deux officiers de santé ont été nommées : l’une en 1890, l’autre en 1898.

Ensemble un total de 6 femmes, toutes Françaises, dont une mariée et cinq célibataires, au moment de la réception. Actuellement on compte 6 Françaises et 2 Russes inscrites pour l’officiat.

L^une des Françaises a été nommée interne aux hôpitaux (au concours), en 1899. C’est la première fois qu’une femme étudiante est interne à Bordeaux (i).

L’école de médecine de la Faculté de Montpellier a été ouverte aux femmes, dès l’année 1868.

Les étrangères dominent, parmi les inscriptions d’étudiantes, à cette Faculté,

Voici quelques noms, pris parmi celles qui ont reçu leurs diplômes de docteurs :

Mlle Camille Borix, reçue en 1882.

Mlle Alexandrine Tkatcheff, reçue en 1888.

Mlle Chichkoff, reçue le 6 juillet 1898.

Mlle L. Lautaud, reçue en 1894.

Mlle Vera Gavissewitch, reçue en 1896.

Mme Sélitremy (née Reichtein), reçue en 1896,

Mlle E. Riabova, reçue en 1897.

Mlle Dimitrova (Nedela), reçue en 1897.

Mlle Sophie Ogus, reçue en 1898.

Mlle Olga Steinberg, reçue en 1898.

Mlle Vénéta Georgivea, reçue en 1899.

Mlle Victoria Léoventon, reçue en 1899.

Mlle Marie Oussof, reçue en 1899.

Mme Maria Rivpire (née Vignon), reçue en 1899.

Mlle Glafira Zegelmann, reçue en 1899.

Alger possède également une école de médecine, mais ce n’est qu’une école de plein exercice ; par conséquent, les étudiants ou étudiantes vont subir les 4® et 5“ examens et la thèse de doctorat devant la Faculté de la métropole.

Depuis la fondation de cette école, une seule étudiante femme (Mme Chellier-Fumat), reçue d’abord officier de santé à Alger, s’est fait recevoir docteur en médecine devant la

1 -Communication personnelle de M. Lemaire, secrétaire de la Faculté datée du 22 janvier 1900.

Faculté de médecine de Paris, il y a environ six ans (i).

A peine docteur, madame Chellier fut chargée en 1896 par M. Cambon, gouverneur général de cette colonie, d’une mission dans l’Aurès pour enseigner aux femmes arabes quelques principes médicaux élémentaires, surtout en matière d’accouchement et de soins à donner aux enfants du premier âge.

Grâce à sa connaissance des dialectes arabes, et surtout, grâce à sa qualité. de femme, elle put pénétrer dans les intérieurs arabes, fermés aux médecins civils et militaires, et donner ses soins aux femmes indigènes. Ce qui l’a frappé surtout au cours de cette mission (où elle a étudié aussi les mœurs, les coutumes et les manœuvres médicales des « tebibes » (médecins) et des matrones arabes), c’est l’empressement des malades à venir solliciter les soins de la tebiba (femme médecin) française, lepr confiance complète dans le traitement institué et l’influence rapide qu’elle a pu acquérir sur l’esprit des indigènes (2). Revenue à Alger, elle adressa un rapporté M. Cambon, et un autre à l’Académie de médecine. La question du secours médical aux femmea musulmanes, étant très importante, il serait à souhaiter que Mme Chellier publiât in-extenso les impressions de son voyage. ,

Pour l’année courante (1900) V Annuaire médical àonne, les noms de 87 femmes médecins. Sur ce nombre 80 exercent chez elles, tantôt à Paris, tantôt en province. D’autres ont fondé des maisons de santé. Mme Landais par exemple a fondé en dehors de son cabinet dé consultations, une maison de santé près la gare du Montparnasse, où on soigne

1 . Communication personnelle de M. le secrétaire de la Faculté d’Alger (9 février 1900).

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