Progrès médical, 1896, p
Mlle Bonsignorio en a appelé de cette décision devant le conseil d’Etat.
La question est pendante.
Mme Gaches-Sarrante qui par un nouveau mariage est devenue Mme Gaches-Barthélemy, est médecin de l’Opéra.
Mme Boyer a été nommée au mois de mars 1900 médecin des employées de l’ Administration des postes, télégraphes et téléphones.
Il y a un nombre de femmes médecins en province. Quelques-unes sont médecins de village, d’autres exercent dans les stations balnéaires. Ainsi par exemple :
Marseille, la troisième ville de France, possède Mme Ghellier.
A Lyon, se trouve Mlle Gorwiz.
A Bordeaux, Mlle Mesnard et Mlle Billy. Mlle Roussel exerce à Rouen ; Mme Marshall, née Anderson, se trouve à Cannes et Mme de Hérodinoff, à Nice.
Quatre autres villes, d’importance secondaire, ont aussi des femmes médecins, ainsi réparties :
A Lille, Mme de PuifPe de Magondeau.
A Reims, Mme Gelma-Hern.
A Grenoble, Mlle Bruyant.
A Angers, Mme Relers.
Enfin une femme docteur s’est installée au Tonkin ; c’est Mlle Gironce, à qui le conseil municipal d’Hanoï a donné, en 1896, une subvention de 3oo piastres.
L’opinion publique en France est devenue dans ces dix dernières années de plus en plus favorable aux femmes médecins. Les faits précités en témoignent suffisamment. Nous y joindrons encore ceux-ci : Parmi les étudiantes en médecine se trouvent des boursières : Mlle Henriette Mazot, de Brives, a obtenu une bourse pour les écoles de médecine et de pharmacie de Paris, pendant 1898.
Mélanie Lipinska . 34
Autre fait : M. Charles-Jules Sautter a légué la nue-propriété de sa fortune à la Faculté de médecine de Paris, afin d’en consacrer le revenu, après son décès, à la fondation d’un prix annuel en faveur d’une femme médecin, auteur d’un ouvrage sur les maladies des enfants.
Malgré cela, de temps en temps paraissent dans la presse des articles comme celui du docteur Fliessinger dans la Médecine Moderne^ du 7 février 1900 intitulé : « L’inaptitude médicale des femmes ». Ce titre est assez significatif. Mais, d’autre part la cause des femmes médecins a des défenseurs aussi ardents et éminents comme le docteur Morache, professeur de médecine légale à la faculté de Bordeaux.
Dans son traité de déontologie médicale, qui va paraître incessamment et dont les bonnes feuilles nous ont été communiquées avec une gracieuse, amabilité par l’auteur, on trouve des pages qui respirent le meilleur esprit.
Nous nous permettons d’en reproduire plusieurs passages, heureuse de rencontrer un défenseur des femmes parmi les sommités de la science française.
« De toutes les positions honorables, dit le professeur Morache de Bordeaux, qui sont à la portée de la femme, la profession médicale paraît une des plus indiquées. Cette position, il faut la conquérir et ici s’ouvrent des- difficultés, se formulent de sérieuses objections. Il y a lieu de les envisager avec toute l’attention qu’elles méritent.
« Pour notre part nous avons connu et connaissons des femmes médecins, de jeunes docteurs aussi distinguées par leurs qualités éminemment féminines que par leur intelligence, leur savoir sans pédanterie et leur cœur compatissant à toutes les souffrances. Toutes ces qualités et ces vertus se trouvent réunies chez elles et vivent dans la plus parfaite harmonie.
« La femme peut-elle et doit-elle, dans le cours de ses études, rechercher les positions de concours, les places d’externe et d’interne dans les hôpitaux, de préparateur, prosécteur, etc., etc? Au point de vue réglementaire rien ne s’y oppose, et dans beaucoup de centres, à Paris, à Bordeaux et ailleurs encore, de nombreux exemples prouvent qu’il n’y a pas d’inconvénients à admettre, des femmes dans les concours hospitaliers. L’internat, exigeant la résidence, peut offrir quelques difficultés, très faciles à vaincre pour peu que les administrations montrent un peu de bonne volonté.
« Les emplois de l’enseignemenL obtenus ou non au concours devraient être largement ouverts aux femmes. Il n’en est pas absolument ainsi. On a argué que, pour l’agrégation par exemple, les règlements exigent que le candidat soit Français, or, une femme ne saurait être que Française et ainsi elle ne remplit pas les conditions. Cette argumention constitue un échappatoire peu loyal et non un argument sérieux.
« La femme munie de ses titres universitaires, et qui veut se livrer à l’exercice professionnel, n’est peut-être pas apte ou du moins pas autant que l’homme à remplir certaines positions qui réclament une activité physique exceptionnelle, comme par exemple médecin de campagne dans les cantons étendus. C’est à elle de choisir avec discernement. Par contre, elle paraît toute indiquée pour la gynécologie, l’obstétrique, les maladies des enfants. Dans ces spécialités, elle se trouvera sur son véritable terrain. De même, elle pourra utilement pratiquer l’ophtalmologie, la laryngologie, en un mot tout ce qui n’exige pas une trop grande activité extérieure et dispense généralement des visites de nuit. Elle pourra ainsi ne pas trop s’éloigner de son intérieur, si elle est mariée, et surtout si elle est mère.
« Mais, avant toutes choses, il faut espérer que peu à peu les mœurs plus puissantes que les lois qu’elles précèdent se transformeront, que la femme qui veut étudier et peutêtre pratiquer la médecine, sera regardée non comme une excentrique, mais comme elle l’est véritablement ; une nature hère et digne, qui ne veut pas être obligée fatalement, pour vivre, de subir un joug, si elle ne rencontre pas un homme assez intelligent pour la comprendre. Ce sera peut-être une indépendante, mais une indépendante digne de tons les respects ».