‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 21 sur 181 · I. Gandelier, o. c., p · texte numérisé non relu

I. Gandelier, o. c., p

(( Elle commença tout d’abord par ôter sa robe et resta uniquement avec son premier vêtement ou suiché. Puis, retirant sa maraca (grelot) d’un petit sac en ficelle, elle s’assit sur un petit banc et mit dans sa bouche une chique de tabac.

Elle se mit à trembler de tout son corps, en faisant des invocations et en agitant sa maraca.

« Par moment, elle se levait de son siège, et tout son être, des pieds à la tête, s’agitait nerveusement, pendant que ses chants, comme son instrument, atteignaient le paroxisme de leur force.

« Parfois elle s’arrêtait un instant, pour expectorer et cracher du jus de tabac ; on eut dit qu’elle voulait cracher la maladie. .

« Cet exercice dura une heure et demie au moins.

« Après quelques minutes de repos, après avoir remis sa robe, elle s’épongea la figure, à diverses reprises, cracha encore une fois et s’avança vers moi, me posant plusieurs questions. Voyant que je ne lui répondais pas, elle me parla par signes ; je crus comprendre alors qu’elle me demandait à me tâter le bras.

« Croyant que c’était pour juger de l’état de ma fièvre, je le lui avançai, en relevant la manche. A ma grande surprise, elle se mit à appliquer les lèvres et à me faire, en quelque sorte, l’office de sangsue, suçant et crachant à tour de rôle. Je devinais que cette pratique avait pour but de vouloir en extraire le mal.

« Ce second exercice dura au moins une demi-heure.

« A ce moment, comme l’intérêt chez les Coajires ne perd jamais ses droits, je dus promettre de faire cadeau à ma piaché d’une génisse bien grasse. C’était nécessaire, disait-elle, pour me rendre l’Esprit invoqué favorable et obtenir ma jSCuérison.

Je la lui promis immédiatement. Si le malade guéri, tous les objets et animaux que le piaché a pu obtenir lui appartiennent. Dans le cas contraire tout revient à la famille. »

En Afrique, Bartels signale l’existence des médeciennes primitives chez les Loangos, les Achantis, les Louboucs et les Zoulous. Elles sont connues aussi chez les Australiens des environs de Victoria ; et, Thomas a donné une description, bien intéressante pour un médecin-ethnographe^ d’une cérémonie médicale où elles figurent :

Trois jeunes gens, ayant passé la nuit à la belle étoile, contractèrent une maladie appelée dans leur tribu Turrun, et attribuée aux sorciers. Ces derniers, notamment (tout en restant invisibles), leur« avait mis dans les yeux de minces branches d’arbres ».

Ces malades étaient au désespoir et une grande tristesse se répandit dans toute la tribu. Mais bientôt apparurent neuf femmes médecins. Elles firent coucher les jeunes gens près d’un grand feu, alimenté exclusivement d’écorces d’arbres, préparé spécialement et assez éloigné du camp.

Chacune des neuf femmes tenait dans une main un morceau d’écorce brûlante, dans l’autre une botte de branches de Pallée.

Des extrémités de ces branches, elles touchèrent la tête des malades, puis elles se mirent à tourner autour du feu et à y chauffer les feuilles. Avec celles-ci elles frottèrent la poitrine, les hanches, les lombes et le ventre des patients. Leur mouvement devint bientôt rapide et avec les feuilles, de plus en plus réchauffées, elles frictionnèrent les sourcils, la tête, les mains, chantant des mélopées étranges et donnant à la fois les signes de la douleur et ceux de la fatigue.

Enfin la danse se ralentit et chacune d’elle jeta sa branche dans le feu.

Alors chaque femme fit au malade, avec de la poudre de

charbon, un trait noir allant de l’ombilic jusqu’à la poitrine,

et un autre des commissures buccales aux oreilles.

Après cette cérémonie, les malades épuisés furent transportés dans leurs huttes. Et leur confiance en ce traitement était telle que, quelques heures après, ils furent guéris et purent reprendre leurs occupations habituelles.

Le sens de cette cérémonie est, selon Bartels, de faire entrer la maladie dans les rameaux et dans les feuilles pour, ensuite la brûler.

En terminant cette esquisse nous avons à peine besoin de faire remarquer que, de même que, dans la pratique des hommes médecins primitifs les méthodes rationnelles sy dessinent de même, au milieu des conjurations des femmes médecins, se prépare lentement le passage de la médecine au II® stade, le stade scientifique.

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