CHAPITRE IV
L’Egypte et la G-rèce indépendante
Prêtres médecins en Egypte et en Grèce. — Temples d’Esculape. — Analogie entre la femme-médecin primitive et la Pythie. — Condition sociale de la femme en Grèce. — Pythagore a des disciples femmes. — Hippocrate parle des sages-femmes et des guérisseuses.
Après ce que nous venons d’exposer, on ne sera pas étonné de trouver chez les deux nations auxquelles nous devons notre civilisation, les Egyptiens et les Grecs, la médecine d’abord monopolisée entre les mains de la caste sacerdotale.
Chez les Egyptiens, elle n’en est presque pas sortie. Voici ce que dit à ce sujet Maspéro : a Le service de santé de l’ancienne Egypte se divise en plusieurs catégories. Les uns penchent vers les sortilèges, mettant toute leur confiance dans les conjurations et les talismans. Les autres recommandent l’emploi des médicaments, étudient les propriétés
des plantes et des métaux et indiquent d’une façon précise les modes de préparation et d’emploi. Les meilleurs médecins évitent avec soin de s’attacher à une seule méthode. Leur procédé est un mélang-e de méthodes médicales et de conjurations spéciales pour chaque maladie; ordinairement, ils sont prêtres. »
En Grèce, les poèmes d’Homère ne nous parlent pas de prêtres exerçant la médecine.
h'iliade nous présente un médecin en la personne de Machaon ; mais c’est un guerrier laïque qui combat les Troyens d’une main et panse les blessures de ses compagnons d’armes de l’autre. Sa vie est fort précieuse pour les Grecs; quand il est blessé par Paris, ils sont saisis d’effroi à la seule pensée qu’il peut en mourir. Idoménée excite Nestor à le transporter au plus tôt sur son char rapide.
Le même Idoménée fait venir des médecins laïques pour un de ses compagnons blessé au jarret; et Patrocle, pour vaincre la colère d’Achille,lui rappelle qu’Ulysse, Agamemmon et Eurypyle sont entre les mains de médecins connaissant les remèdes.
Nous ne rencontrons non plus dans VOdyssée de prêtres exerçant la médecine. Sans vouloir nous hasarder aux hypothèses, nous dirons cependant que ce défaut de mention ne démontre nullement l’absence, à cette époque, de prêtres médecins.
En outre, il ne faut pas oublier que VIliade ne nous parle que de blessures reçues par des combattants et nous avons vu, dans les chapitres précédents, que le médecinprêtre primitif ne s’ocrcupe presque pas des blessures ; elles sont soignées par des gens qui forment une classe à part. Ce qui est important pour nous, c’est que les poèmes d’Homère montrent la similitude qui existe entre les idées médicales grecques et celles des primitifs.
Ainsi, ce sont les flèches de Diane et d’Apollon qui provoquent les maladies internes {Iliade, chant I). Le 19® chant de V Odyssée nous fournit un exemple d’incantation.
Quand Ulysse vient d'être blessé à la chasse par un sanglier, les fils d’Autolycus pansent sa plaie et arrêtent ensuite le sang par l’incantation (i). Si l’on concevait de telle façon l'origine de la maladie, si on avait recours aux incantations même pour guérir les blessures, à plus forte raison devait-on s’adresser, dans les cas de maladies, aux devins guérisseurs et plus tard aux prêtres guérisseurs.
Quoi qu’il en soit, nous rencontrons, dans la période historique de la Grèce, des prêtres médecins et pendant plusieurs siècles ils ont seuls le privilège d’exercer la médecine. A cette époque, notre science est exclusivement pratiquée dans les temples dont les plus renommés furent ceux d’Epidaure, d’Athènes, de Pergame et de Smyrne. Ils étaient établis sur des points élevés au milieu des bois et non loin de sources ou de rivières limpides. C’étaient, à la fois, des sanctuaires et, en quelque sorte, des hôpitaux. Des sanctuaires, puisque les prêtres seuls en avaient la garde et la direction, qu’on y venait invoquer le dieu de la médecine et lui offrir des dons et des sacrifices de toute nature ; des hôpitaux, puisque les malades y séjournaient plus ou moins longtemps, s’y reposaient ety étaient astreints à un régime particulier (2).