Pausanias I
vapeur qui s’échappait de cette caverne lui troublait peu à peu les sens. C’était (( le souffle d’Apollon », et le principal agent du délire qui devait l’animer.
L’esprit troublé par la vapeur du gouffre et par les rites mystérieux qu’elle venait d’accomplir, le corps affaibli par lejeûne et par la maladie, la Pythie devenait la proie d’une violente surexcitation nerveuse. La rougeur et la pâleur qui se succédaient sur son visage, les mouvements convulsifs dont elle était secouée, les plaintes qu’elle exhalait trahissaient son délire. Enfin, la flamme dans le regard, l’écume sur les lèvres, les cheveux dressés d’horreur, elle laissait échapper quelques paroles relatives à la maladie. Le Dieu s’était fait entendre.
La femjne médecin de File de Célèbes qui provoque le retour de l’âme et la piaché goajire, se plongent par des 4 moyens analogues, dans un même état psychique. L’inspi- J ration par une divinité puissante est le point commun de | ces divers traitements. J
Nous avons encore une autre preuve de la participation | des femmes à l’exercice de la médecine sacredotale. Lacélè- I bre collection des épigrammes grecs, qui porte le titre î d’ « Anthologie » contient une vingtaine de poésies attri- | buées à la poétesse du IIP siècle avant notre ère, Anyté. Tous | les héroïsmes font tressailli^* cette belle âme, depuis Thé- | roïsme du soldat qui succombe en défendant sa patrie jus- J qu’à celui de la jeune fille qui se tue pour garder son honneur. Or, les auteurs antiques nous apprennent qu’elle était prêtresse dans le célèbre temple d’Esculape à Epidaure et qu’elle y versifiait les oracles du dieu des méde- s cins. Ce fut même par son ministère, nous ditune légende, que le Dieu rendit la vue à un habitant de Naupacte,
Mais, ces faits se trouvent peut-être en contradiction avec la. condition sociale de la femme en Grèce? Non, l’on s’est
fait sur ce point des opinions tellement fausses qu’on nous excusera de nous y arrêter un instant.
La condition de la femme en Grèce traverse successivement trois phases qui correspondent aux trois époques de l’histoire générale de ce pays. Ce sont : la période héroïque, la période de la Grèce indépendante et celle de la Grèce romaine.
La première est presque inaccessible aux recherches de l’historien. Pour s’en faire quelque idée il faut, avant tout, consulter Homère. Or, qui de nous n’a pas lu sans attendrissement l’histoire d’Hector et d’Andromaque ou celle d’Ulysse et de Pénélope ; qui n’a pas été touché de la manière simple, naturelle et, pour ainsi dire toute moderne, dont le grand poète grec nous peint l’union conjugale én ces temps reculés ? La femme est pleinement l’égale de l’homme ; où il est le maître, elle est la maîtresse. Elle n’est pas enfermée dans un Gynécée, et préside, avec son mari, aux réunions et aux festins. Si elle lui apporte quelques biens, elle les possède réellement en propre. Son mariage vient-il à être dissout, il lui est permis d’emporter sa dot, même si cette union lui a donné un fils. Quant à sa vertu, elle a pour unique sauvegarde son honneur.
A cette époque, c’était, pour ainsi dire, un devoir d’épouse de mère et de ménagère (comme cela se pratique encore maintenant chez les Kamtschadales) de connaître les plantes médicinales et d’en avoir une provision dans son grenier. Les notions se transmettaient de génération en génération et on y recourait souvent. C’est dans ce sens qu’il faut prendre les légendes et les traditions grecques parlant de femmes versées dans les sciences médicales.
Les déesses grecques s’occupaient de médecine. Puis parmi les personnages légendaires Médée passe pour avoir la première préconisé l’usage médical des bains, Angitia
ou Angerona, fille d’un roi de Colchique, pour avoir signalé les propriétés de certaines plantes vénéneuses employées depuis en médecine. Oenone, laquelle, selon Photius qui a conservé le sommaire de ses ouvrages (ij, vivait « au temps de la guerre de Troie», pratiquait l’art de la vaticination et connaissait la valeur thérapeutique d’un grand nombre des végétaux. D’autres renseignements nous sont fournis par Homère. Dans l’Iliade la blonde Agamède ou Hécamède, fille d’Augéas l’Epéen et femme du vaillant Moulios, connaissait « autant de remèdes que la vaste terre en produisait » (2). L’Egyptienne Polydamna, épouse de Thon, est citée dans l’Odyssée comme ayant fourni à Hélène quelques unes de ces plantes qui « poussent en si grande abondance sur le sol fécond de l’Egypte, et donnent la santé ou la mort ».
La volage épouse de Thésée, de Ménélas et dePâris, profite bientôt de ces connaisances pour dissiper les ennuis de Télémaque et de Pisistrate, fils de Nestor. Elle leur prépare et mêle à leur breuvage une substance merveilleuse « propre à calmer la douleur et la colère et faisant oublier tous les maux ».
A Tépoque historique, la situation de la femme grecque a changé mais ces changements diffèrent beaucoup selon la tribu. Ainsi des deux tribus grecques les plus considérables, les Doriens entouraient la femme d’une vénération pareille à celle des anciens Romains et lui laissaient toute liberté. Les conditions homériques ne varièrent donc pas dans les pays doriques (peu importe s’ils étaient situés en Grèce ou en Italie) (3).