‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 49 sur 181 · I. Albert : Les Médecins grecs à Rome, p. b · texte numérisé non relu

I. Albert : Les Médecins grecs à Rome, p. b

classe des affranchis ou même à celle des esclaves. C’était leur mérite personnel qui les élevait parfois au-dessus de la fortune que leur avait faite leur naissance ou la guerre. D’ailleurs, nous devons faire remarquer ici que pendant très longtemps, les Romains s’étaient refusés à recevoir parmi eux les médecins grecs ; tous les arts venant de la Grèce leur paraissant suspects. Sur ce point les efforts de Caton le Censeur sont bien caractéristiques. « Une fois pour toutes, écrivait-il à son fils Marcus, je vous interdis les médecins. »

Mais bientôt arrivèrent des hommes libres. Le premier médecin grec libre^ établi à Rome fut Archagatos (vers 220 avant J.-C.). Asclépiades suivit son exemple. Leurs succès, le prestige de la grande ville, le goût naissant des Romains pour les médecins grecs, la facilité de pratiquer la médecine, attirèrent après eux une foule de médecins hellènes. Jusqu’à la dictature de César ils ne furent pas citoyens romains ce qui ne diminua pas du reste leur autorité auprès des clients. César considérant qu’il importait d’augmenter l’empressement des étrangers instruits à se fixer à Rome^ accorda le droit de cité à tous ceux qui exerçaient la médecine ou enseignaient les arts libéraux (i). Depuis ce décret, les médecins grecs accoururent en foule et on les retrouve à Rome jusqu’au derniers moments de sa gloire.

Parmi eux se trouvèrent sûrement des femmes et leur exemple fut bientôt suivi par les Romaines. D’autant plus, qu’au temps de César et de ses successeurs, la rigueur de 1 ancienne famille patriarcale, qui entravait beaucoup la liberté de la femme, fut brisée définitivement. En outre,

1 esprit large et libéral de la loi grecque pénétra dans la loi romaine et fît éclater de toutes parts les moules trop étroits d un formalisme suranné.

. Albert : Les médecins s^recs, p. 80.

Plusieurs auteurs nous parlent des femmes médecins à Rome. Le plus ancien est Scribonius Largus (43 après J.-G.).

Dans son livre d’ordonnances, il nous donne deux prescriptions — très efficaces à ce qu’il assure — qu’il a empruntées à deux femmes. L’une de ces prescriptions est contre l’épilepsie (i), l’autre^ qu’il a payée cher à celle qui lui en livra le secret, guérit les coliques. Mais, il nous paraît que les deux femmes auxquelles il doit ces recettes et dont il ne nous communique pas les noms, étaient plutôt des guérisseuses. La première est désignée par lui : nQuædam honesta matrona », l’autre est qualifiée de « muliercula ex Africa ». Ce titre de « bonne femme d’Afrique » serait difficilement employé si elle avait été véritablement médecin, étant donné que les Romains possédaiént le terme spécial medica.

Au contraire, il est hors de doute que les femmes, dont les noms sont rapportés par un autre médecin romain, étaient des medicæ.

Le troisième livre de l’œuvre d’Octavius Horatianus, appelé aussi Théodorus Priscianus, qui vécutau iv® siècle (2), est dédié à une Victoria, laquelle, d’après la préface, non seulement connaissait la médecine, mais aussi la pratiquait parmi les femmes. (Dans l’édition de Sigismond Gàlenius (Bâle, i632, in 4") le nom de Victoria est remplacé par celui de Salvina.) Nous citerons ces quelques lignes qui se rapportent à elle :

Octavii Horatiani liber tertim ad Victoriam de passionibus mulierurn et caris earundem.

(Le 3® livre d’Octavius Horatianus dédié à Victoria. Des maladies des femmes et de leur traitement).

Page 1