Scribonius Largus, compositio
2. Octavii Horatiani rerum medicarum libri quattuor. Argentorati, J 532.
Préface
« Victoria ! je veux que tu connaisses de moi, aussi bien les doux services de mon art que l’efficacité qu’on en peut attendre. Pour cette raison, après avoir composé deux livres sur les différentes maladies des êtres humains, j’ai pris la résolution d’en écrire un troisième consacré spécialement aux maladies des femmes. Et, comme il demandait autant d’attention que les autres, je l’ai écrit comme les précédents, à l’écart de la vie publique. Puisse-t-il te servir! Je serai content de pouvoir t’aider de ma science. Quant à toi, à qui la communauté de sexe facilite considérablement la pénétration dès secrets de tes malades, répands tes soins avec assiduité, exerce la médecine avec dévouement et souviens-toi des conseils que contient mon petit traité (i). »
Plus loin, au chapitre V De conceptione, il dit :
« Tu sais très bien, tu le sais même mieux que moi, vu ta clientèle spéciale, combien il est important, dans notre profession, de posséder des connaissances sur ce point-là ; et, combien de gratitude et de renommée acquiert un médecin, si, en. suivant ses conseils, une femme stérile conçoit (2). )) Ces textes sont trop clairs pour qu’on n’y voie pas qu’il s’agit d’une femme médecin studieuse et intelligente traitée par un médecin de valeur sur le pied d’égalité.
Au quatrième livre, Octavius Horatianus mentionne une Léoparda et lui emprunte une prescription contre l’hydropisie : Ad hydropem quod monstravit Léoparda (3).
Chez plusieurs poètes nous retrouvons aussi le nom dé « medica ». Dans une épigramme pleine de verve mais que. nous ne pouvons reproduire (De Leda) Martial (4) dit : « Pro-
4. Collections des auteurs latins sous la direction de Nisard. Paris,
tiniis accédant medici, medicæque recédant, » (Les médecins arrivent et les inédiciennes partent.)
Apulée (Métamorphose V) met dans la bouche d’une des sœurs de Psyché appelée à soigner son mari, cette plainte :
« Nec uxoris officiosam faciem sed medicæ laboriosam personam sastinens. »
Mais les recueils d’archéologie surtout sont une véritable mine de documents relatifs à l’existence des femmes médecins à Rome. Dans la capitale, en Italie, en France, dans la péninsule ibérique, les inscriptions funéraires des merficæ ont été signalées. Ces collections d’inscriptions lapidaires témoignent nettement que la médecine était exercée par des femmes, qu’il ne faut pas confondre avec les ornatrices ou avec les accoucheuses désignées sur plusieurs monuments par le nom à’ obstetrices . Les medicæ existaient bien légalement sous l’empire romain. Les monuments épigraphiques sont d’une si minutieuse exactitude lorsqu’ils mentionnent les professions, qu’il est difficile d’admettre qu’on ait confondu la femme médecin avec l’accoucheuse. Mongez, l’abbé Greppo, M. de Boissieu acceptent pour medica le sens de « la femme pratiquant toute la médecine » et non seulement les accouchements (i).
Le grand Corpus inscriptionum de Gruter (2) donne quelques incriptions funéraires de Rome. A la page 3i2 de ce recueil, se trouve l’inscription suivante :
1842. Martial, 1. 11. ep. 71 (p. 517). Beaugrand indique faussement le 1er livre au lieu du XI; ajoutons aussi que Littré traduit « medicæ » par matrones, ce qui n’est pas exact.
1. Poucet : Documents pour l’histoire de la médecine à Lyon, p. 7-8. M. Albert (Médecins grecs à Rome) confond donc à tort les ornatrices qui s’occupaient des soins du corps, les obstetrices et les medicæ. Il parle encore des « clinicæ » : ce mot pouvait bien désigner les femmes médecins, très instruites pour le traitement de toutes les maladies; mais il ne désigne aucune catégorie spéciale.