CHAPITRE PREMIER
Le médecin, primitif
Nécessité d’étudier l’état de la médecine chez les primitifs avant d’aborder Son histoire. — Qu’entendait le primitif par les mots « maladie » et « médecine »? — Les attributs du médecin primitif. — Ses méthodes de traitement, son éducation, son rôle social. — Essais d’hôpitaux.
Pour tous les manuels d’histoire de la médecine, les origines de cette science remontent, aux premiers peuples historiques. Elle germa — enseignent-ils — dans les ténèbres égyptiennes, et plus tard, sous le ciel bleu de PHellade, elle se couvrit de feuilles et de fleurs.
Cette opinion put sembler juste, tant que Tethnographie ne fut pas une véritable science, et que les historiens la côtoyèrent sans recourir à ses lumières pour expliquer les différentes époques de la vie des sociétés. Aujourd’hui, les recherches d’un grand nombre de savants ont démontré que ni les arts, ni les sciences ne commencèrent chez les Egyptiens, les Chaldéens ou les Phéniciens. L’esprit humain s’est mis au travail de meilleure heure. Les origines de Mélanie Lipinska t
toutes les conquêtes du genre humain doivent donc être cherchées parmi les peuples plus anciens ou moins développés, c’est-à-dire parmi les tribus primitives.
Tout ouvrage traitant de l’histoire de la médecine dès ses débuts, doit, en conséquence, commencer par l’époque primitive. Cette époque fut moins étudiée que les autres, cependant plusieurs savants de mérite l’ont explorée.
Nous nommerons en Angleterre Herbert Spencer (i), en Amérique Engelmann (2), en France Bouchinet (3) et Rodet, en Allemagne Bartels (4), dont le travail le plus récent est en même temps le plus complet. A leur exemple, avant d’aborder l’antiquité, nous nous arrêterons aussi à l’époque primitive.
Y a-t-il eu des médecins chez ces peuples? Des femmes se trouvent-elles dans leurs rangs? Telles sont les deux questions que nous nous poserons et que nous essayerons de résoudre.
Mais auparavant il faut définir ce que les primitifs entendent par les mots de « maladie » et « médecine ».
Toutes les peuplades sauvages ont une conception commune et unique de la maladie et de la mort. Pour elles, on ne meurt naturellement que de blessures ou de faim. Les maladies dues aux autres causes viennent du monde surnaturel.
Pour bien comprendre cela, il faut savoir à quel degré le « sauvage » se croit circonvenu par les innombrables forces méchantes : « Le peuple hindou, dit le voyageur
1. Principes de sociologie (trad. polonaise, Varsovie, 1889). Institutions professionnelles (trad. polon., Varsovie, 1897).
2. Les accouchements chez les primitifs (trad. franç. de P. Rodet, Paris, 188G).