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Storia délia scuola di Salerm, Naples

par des bains et d’autres remèdes. Le manuscrit de Breslau complète émerveille ces renseignements ; presque tous les articles étant signés parleurs auteurs, en même temps professeurs à l’école de Salerne, ceux de Trotula portent sa signature. Cette découverte permet de déterminer exactement la position sociale de cette illustre dame.

Maintenant il nous faut préciser l’époque à laquelle elle vécut. C’était au xi© siècle, puisque ses collègues dont les extraits font partie du De ægritudinum curatione vivaient en ce temps-là. La mention de Vital est une confirmation de plus, car il est à peine possible d’admettre que la matrone dont il parle ne soit pas Trotula. Certaines particularités de ses livres contribuent également à définir l’époque. Par exemple, elle ne cite aucun auteur arabe, pas même Constantin ; c’est évidemment qu’elle lui est antérieure. Passons sur d’autres détails moins convaincants. Ainsi Tiraquello (i) est persuadé que Trotula non seulement exerçait la médecine à Salerne, mais aussi qu’elle y était née. Baccio [De scriptoribus Regni NeapoL in Grevii et Buem : Thésaurus. Scrip. ItaL, t. X, pars, i), nous donne même son nom de famille en l’appelant « Trotula ou Trottola de Ruggiero, matrone salernitaine d’une grande science, qui a écrit des livres sur les maladies des femmes et leur traitement, plus un autre livre sur la composition des médicaments ». La tradition d’après laquelle Trotula aurait appartenu à la noble famille de Ruggiero, qui s’est tant distinguée à Salerne, devait être très répandue et très ancienne. Ainsi Fabricio [Biblioth. med. et inj. latinitatis) la nomme Trotula de Buggiero Salernitana. Et Antoine Mazza (Histor. rei Salerait. Naples, i68i), non seulement lui attribue le même nom, mais encore ajoute qu’elle a composé deux au-

i. De nohilitate.

très œuvres, à savoir : De feris (Des animaux sauvages) et De mulieriim passionibus ante et post partum (Des maladies des femmes avant et après raccouchement). Ces dernières indications seraient très précieuses, si Mazza avait indiqué les sources où il les avait puisées. L’évêque Délia Gliiesa(i) qui parle d’elle avec beaucoup d’estime, dit qu’elle a publié « deux beaux volumes » : De morbis mulierum et eorum cura (Des maladies des femmes et de leur soin) et De compositione medicamentoram (^De la composition des médicaments). Renzi pose aussi une hypothèse d’après laquelle Trotula aurait été la femme de Jean Platéarius, l’ancien protoplaste de toute une souche de médecins célèbres. Nous ne reproduisons pas ses arguments, d’autant plus que cette question n’a pas grande importance.

La renommée dont jouissait Trotula est confirmée par une jolie scène que nous a laissée Rutebeuf, un des plus grands poètes de l’ancienne France.

En ce temps (xiii® siècle), la foule était souvent attirée par des herbiers, marchands de simples, qui campés dans les carrefours et sur les places publiques débitaient devant une table couverte d’un tapis bariolé, à grand renfort de hâbleries, des « médicaments admirables ». Dans « de VErberie » l’herboriste en plein vent débute ainsi :

« Seigneurs qui ci- este venu,

Petit et grant, jonc et chenu.

Il vos est trop bien avenu,

Sachiez devoir... )K

Puis la prose succédait à la poésie :

I, Teatro dette donne tetterate. Mondovi, 1620, p. 289 cité, in Malacarne : Belle opéré dei medici che nacquero prima det secolo XII negti stati detla casa, di Savoia. Turin, 1786, p. 6.

« Bele gent, je ne suis pas de ces povres prescheurs^ ne de ces povres herbiers qui portent boîtes et sachez, et si estendent un tapis ;ainz suis à une dame qui a nom Madame Trotte de Salerne qui fait cuewe chiej de ses oreilles, et H sorciz U pendent à chaainnes d'argent par-dessus les rspaules.

Et sachiez que c’est la plus sage dame qui soit enz quatre parties du monde. »

Mais revenons à ses oeuvres. Le livre a De passionibus mulierum a été imprimé plusieurs fois (i). Ses meilleures éditions portent deux titres : « Trotulae curandarum aegritudinum muliebrium ante in et post partum liber unicus ». Vient ensuite un prologue sur la nature de l’homme et de la femme et une explication ; comment l’auteur pris de commisération, pour les pauvres femmes s’est consacrée à l’étude de leurs maladies. Suit le deuxième titre : Trotulae de mulierum passionibus ante, in et post partum, cum reliquis partui item inter venientibus liber experimentalis mirijlcus. (Livre merveilleux et basé sur l’expérience de Trotula dans les maladies avant, pendant et après l’accouchement avec les autres choses qui concernent les couches). Les chapitres qui suivent se présentent sous le même aspect que ceux des livres salernitains de cette époque. On y voit cités : Galien, Hippocrate, Paule, Cophon l’ancien, un certain médecin « in regione Franciœ » et des « femmes salernitaines ». Jusqu’au soixante et unième il n’y a pas trace d’influence arabe, et Constantin n’est pas mentionné ; les deux derniers chapitres, très différents, en parlent au contraire et sont dus, sans doute, au compilateur. L’un a pour titre-: « Eau d’une action merveilleuse pour préserver le corps humain de beaucoup d’infirmités ». Il y est question de la distillation

I. Argentorati, i544 in-fol. ; Venise, i554; Bâle i566, in-4 (dans le Gynécée de WolfT) ; Leipsick, 1778.

de l’eau-de-vie et on donne des méthodes et des formules qui pourraient paraître arabes. Mais nous le répéterons avec Malg-aigne : il faut se méfier beaucoup de certaines ressemblances que l’on croit saisir entre le.i écrivains arabes et les arabistes, à moins qu’elles ne portent sur des questions neuves et bien déterminées. Galien était la source source commune qui arrivait aux Latins, comme aux Arabes, bien que par des canaux plus détournés ; et il est impossible que des traces toutes semblables ne s’en rencontrent pas dans les uns et dans les autres. Pour ce qui est de l’alcool {acqua vitaé) et de la distillation, Zosime de Panopolis décrit déjà les alambics, et la distillation de l’alcool était commune parmi les Arabes, à partir du xe siècle (i).

L’autre chapitre traite : « de la poudre ophtalmique qui a permis au maître Gérard de se passer des lunettes dont il se servait auparavant ». Quel Gérard est-ce ? Renzi pense que c’est maître Gérard, médecin de l’empereur Henri VI, qui fut traité à Naples, en 1191. Le dernier chapitre de la «Trotula » daterait donc du début du xiiP siècle. Quant aux lunettes dont parle l’auteur, elles ne peuvent pas affaiblir ces suppositions, car, si on reporte l’origine des lunettes à la fin du XIII' siècle, c’est qu’il n’en avait pas été fait mention plus tôt, ce qui ne prouve pas qu’elles fussent inconnues. Celles de Trotula seraient tout simplement plus anciennes et démontreraient l’ancienneté plus grande des lunettes que Seneca même semble déjà avoir mentionnées. L’addition tardive de ces deux chapitres est admise par Malgaigne. D’ailleurs, ni le manuscrit de Breslau, ni l’édition de Venise de i554 ne les contiennent.

Le style du livre correspond exactement à celui d’autres écrivains salernitains du xi“ siècle et ne manque pas d’une

l. Renzi, 0. c.

certaine élégance. L’auteur, à part certains préjugés bien pardonnables en ce temps, montre une connaissance très suffisante de son sujet et donne un bon nombre d’excellents préceptes.

L’article sur les polypes utérins mérite surtout d’être lu. Les règles que Trotula donne au chapitre XIX sur le choix de la nourrice, sur son hygiène et sur le régime qu’il faut lui administrer, ne sont point sans valeur. Un passage semblait traiter de l’extraction de la pierre. Il s’agissait d’un sujet atteint de la pierre qui aurait été guéri par une opération analogue à la « taille deCelse » ou même à la «taille de Franco ». Malgaigne a démontré que cette prétendue extraction reposait sur une faute de copiste. L’auteur, qui est loin dans le reste du livre de se montrer partisan d’une chirurgie hardie, conseillait contre la pierre (comme cela se lit sur le M. S. y.obô de Paris) certaines onctions ; un copiste a transformé le mot « imgendo » en « sugendo » (en suçant) et quelques autres ayant voulu compléter le sens ont corrompu le texte et indiqué la plus absurde et la plus dégoûtante des opérations (i).

Pourtant une autre opération y est indiquée pour la première fois ; c’est la périnéorraphie. M. Herrgott, auquel nous devons l’étude sur Aspasia, a revendiqué, en 1862, dans une lettre adressée à M. Verneuil (2), la priorité de cette opération pour Trotula. Voici le passage en question :

« Il arrive que pendant l’accouchement les parties du corps qui séparent l’anus et la vulve se déchirent de sorte que l’un et l’autre font un ; ce qui occasionne la proci-

1. Malgaigne : Introduction aux œuvres d’Ambroise Paré, i84o, p. xvin-xxix.

2. Gazette hebdomadaire, 1862, p. 417. V. aussi ses remarques à l’article de « Trotula » dans la traduction de 1’ « Histoire d’obstétricie » de Siebold (Paris, 1884, t. .1, p. 299),

dence de l’utérus et son induration. Dans ce cas nous mettons doucement ce dernier en place et ensuite nous réunissons les chairs rompues par trois ou quatre sutures avec le fil de soie. Gela fait nous recouvrons la plaie d’un pansement. »

Voilà un procédé de suture immédiate. Un autre passage pris dans le même chapitre : « De ce qui arrive souvent aux femmes après l’accouchement » {De his quæ mulieribus post partum accidunt n“ XX) montre comment il faut soutenir le périnée pour éviter la rupture. Le meilleur accoucheur de nos jours n’aurait rien à changer à ces conseils :

Ad prœdictum periculum evitandum eis in partu diligentissime sic providendum est : Præparetur pannus in modum pilœ oblonguæ, et ponatur in ano ad hoc, ut in quolibet conatu ejiciendipuerum illud Jirmiter ano imprimatur^ ne fiat ulliusmodi continuitatis solutio. (Pour éviter ce danger, il faut procéder ainsi au moment de l’accouchement : on préparera un drap, puis on le pliera et on l’appliquera au niveau de l’anus. Toutes les fois que la parturiente fera un effort, on imprimera fortement le drap sur l’anus pour qu’aucune solution de continuité ne se fasse.)

Le livre de Trotula ason histoire et beaucoup de choses étranges ont été dites sur cette œuvre. Ainsi un érudit, découvrit que ce nom de Trotula n’était qu’une pure altération de Eros Juliœ, en conséquence il attribua le livre à Bros, médecin et affranchi de Julie, fille d’Auguste. En 1772, Gruner dans sa thèse : Neque Bros neque Trotula sed medicus Salernitanus auctor est libri qui de morbis transcribitur (léna 1772) démontra que le compilateur de ce livre était un médecin salernitain. L’étude de Ghoulant, relative au même sujet, contient beaucoup d’erreurs, et Renzi seul a établi la relation certaine qui existe entre l’auteur et le compilateur (lequel vécut, suivant toute probabilité, au

commencement du xiii® siècle) et donné une bonne explication du texte.

A Breslau, dans la bibliothèque de Redinger, se trouve un codex du xiii® siècle, contenant Tœuvreen question. Elle est divisée en deux parties notamment : liber de passionibus mulierum secundum Trofa et autre Trotula minor. D’après cela, Henschel pensa qu’il y avait deux femmes : Trota et Trotula. Mais Renzi est, avec raison, de l’avis qu’il ne faut pas attacher trop d’importance à ce détail. Ajoutons que Trotula semble être employée ici comme un diminutif de Trota, ce qui est justifié par sa position près de l’adjectif minor.

Ce codex contient non seulement beaucoup de chapitres tout à fait nouveaux et inédits, mais il présente un nouvel arrangement. Tout ce qui n’appartient pas strictement à la gynécologie en est exclu, les chapitres se suivent d’une façon logique, les articles qui traitent de l’ornement de la femme sont réunis comme en une seconde partie et mis à la fin de l’œuvre. Presque tous les chapitres sont le double de ceux qui ont été imprimés ; et, parmi les chapitres ajoutés, il en est de fort intéressants comme : « Du mode de la génération de l’embryon ». « De la stérilité de l’homme ». « Pour que la femme conçoive », « De la provocation des menstrues ». « De la mort du fœtus », « Pour se débarasser, des verrues », « Sur les fistules des seins », etc. {Catalogus codicum medii ævi medicorum ac physicorum qui manuss. in Bibl. Vratisl. asservantur. Auct. A. G. E. Th. Henschel. Vratislaviæ, 1847).

Le livre de Trotula jouissait d’une grande réputation, Pierre l’Espagnol dans son Thésaurus pauperum (Trésor des pauvres) écrit vers i3oo, dans le seul chapitre sur l’hystérie cite cinq fois Trotula (i). Les éditions impri-

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