‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 72 sur 181 · Êrasi)^s~:' jôie im Karlsepos, p. i5-i · texte numérisé non relu

Êrasi)^s~:' jôie im Karlsepos, p. i5-i

2. Au besoin la femme du moyen-âge met l’armure, paraît sur les remparts et incite à la lutte, elle défend en l’absence de son mari le château contre l’ennemi, quelquefois elle fait des sorties, elle tue les assiégeants (Blancheftorin, Girbert de Metz) et reçoit des blessures (id., Krabbes, 0. c. p. 49)- Au xie siècle on voit la princesse Gaeta, femme de Robert Guiscard, reconduire à la bataille la lance à la main, les fuyards du combat de Dyrrachium . Suivant son exemple, ses compagnes prirent part à la bataille en portant de l’eau aux chevaliers combattants et en les exhortant. — L’Empereur Conrad en revenant de Syrie avait

l’admit même en France, dès qu^un certain ordre pût s’établir;, à posséder des fiefs. Ce qui indiquait presque l’égalité complète entre elle et l’homme. La femme, seigneur de fief, exerçait les fonctions publiques qui étaient essentiellement qualifiées par les Romains d’office viril. « S’eles tiennent fief, elles doivent cel meisme service que uns home devrait s’il le tenait. Elle doivent fere ce qu’à lor service appartient » ditBeaumanoir (i).

Le service de justice comme le service de guerre pouvait être rempli parla femme vassale ou suzeraine, elle avait le droit de venir en personne siéger à la cour féodale et de rendre la justice elle-même. En sa qualité de vassale^ elle avait droit à toutes les dignités de la Cour. Mahaut, la comtesse d’Artois, assista comme pairesse au jugement du Parlement qui débouta son neveu Robert III de ses réclamations, en iSog. Elle fit, en i3i6, office de pairesse au sacre de Philippe V, son gendre, soutenant comme les autres pairs du royaume la couronne sur la tête du roi.

Citons aussi, par curiosité, le débat élevé entre Jeanne, comtesse de Flandres, et Agnès de Beaujeu, comtesse de Champagne, au sacre de Saint Louis.

En l’absence de leurs maris (Fernand de Portugal, comte de Flandres, était prisonnier au Louvre, depuis la bataille de Bouvines ; et Thibaut de Champagne avait vu les portes de Reims se fermer devant lui) ces deux princesses eurent après le sacre, la prétention de porter devant le roi l’épée royale. Pour calmer le différend, il fallut donner cette dernière à Philippe Hurepel, comte de Boulogne, dernier fils

parmi sa suite un détacliement de femmes habillées en chevaliers ; ce détachement s’appelait jambes d’or à cause de son ornement. (A. Frassatile donne elettrici, Rome 1889, P. .127).

I. Coutume de Beauvoisis. Ed. Beugnot., Des services as serrans xxix 18, I. 4o8, 409.

de Philippe-Auguste, mais sans préjudice du droit des comtesses (i).

On découvre bien facilement ici le fond belliqueux germanique ; et, comme au temps jadis les femmes de cette époque avaient gardé leurs pratiques médicales. En effet à l’époque de la féodalité, il était d’usage de faire entrer dans l’éducation des jeunes filles de qualité, des notions de médecine, un peu de chirurgie et particulièrement cette partie de la chirurgie qui regarde le traitement des plaies. Cela* leur était utile pour leurs pères et leurs maris, quand ils revenaient des combats ou des tournois mutilés et estropiés.

En ce temps-là, il n’était pas très facile d’aller chercher un médecin habitant quelquefois à la distance de quinze ou vingt lieues ; ét souvent les mains délicates de la châteleine rendirent des services chirurgicaux aux chevaliers étrangers qui arrivaient blessés dans un château. C’est une des raisons pour lesquelles les guerriers rendaient des honneurs si grands au sexe faible, objet de leur amour et de leur reconnaissance (2).

Aussi les innombrables épopées chevaleresques de la France et de l’Allemagne abondent-elles en mentions sur ces chirurgiennes et « médeciennes » bienfaisantes. Jetons d’abord un coup d’œil sur l'œuvre poétique française.

Dans le roman de Perceval ces dames nous paraissent un peu comme des « étudiantes en médecine « contemporaines.

Lorsque l’illustre chevalier a cassé le bras du sénéchal

^ I. Le Qain de Tillemont, t. I, p. 43. Philippe Moustier, t II, p. 568. cité in: L’intermédiaire des chercheurs (1892 du 3o juillet).

2. En France, on peut ajouter aux coutumes germaines quelques traditions gauloises. On sait que les femmes jouissaient en Gaule dune grande estime, qu’elles y étaient druidesses, et que, comme telles, elles traitaient les malades et les guerriers blessés (Ernault : Les idées et les connaissances médicales chez les Celtes, passim).

de la cour du roi Artus, celui-ci envoie chercher, pour le guérir, un médecin et trois jeunes filles, ses élèves.

Un mire moult sage Et trois pucèles de l'escole Qui le renoent la canole ;

Et puis li ont son bras lué Et rasoldé l’os esnicié (broyé).

Chrestien de Troyes, dans son roman « d’Erec et d^Enide », nous fournit un autre exemple :

Le chevalier Erec, rapporté sanglant, est soigné par sa femme et les deux sœurs du comte Guivres. Ces habiles guérisseuses, « qui moult en savoient » enlèvent premièrement la chair meurtrie (« la morte car ») puis lavent soigneusement les plaies :

Et remetent emplastre sus ' Cascun jor une fois ou plus;

Le faisoient mangier et boivre

Si le gardent d’aus et de poivre.

Dans le vieux roman de Fiérabras, la belle Sarrazine Floripe panse Olivier avec là mandragore, cette plante mystérieuse, aujourd’hui perdue ; après l’avoir délivré de la prison où l’émir Balan l’avait fait jeter, elle lui demande s’il n’a pas « le cors plaïé ni navré ».

— Oil, dist Olivier, ou (au) flanc et ou costé.

— Par foi ! ce dist la bêle, je vous donrai santé (Elle) Vait à la mandeglore i peu en a osté (a) Ollivier l’aporte ; tantost k’en ot usé Si sanèrent ses plaies, si revint en santé.

Gérard de Nevers ayant été blessé fut mené dans un « chastel ». Alors « une pucelle de léans » le prit en cure, « s’y en pensa tellement que en peu d’espace commença fort à amender. Tant le fîst assoulagier que assez compe-

tamment le fit mangier et boire, et avant que le moys fut passé, il fut remis sus et du tout guery ».

Dans le fabliau « Aucassin et Nicolette » se trouve le passage suivant : « Nicolette alarmée l’interrogea sur la cause de ses douleurs, elle lui tâta l’épaule pour s’assurer si elle était déboîtée et fit si bien qu’elle la lui remit en place. Sa main ensuite appliqua sur le mal certaines fleurs et plantes salutaires dont la vertu lui était connue. »

On pourrait multiplier à l’infini ces citations. Dans le dramatique « lai de Guigemar » de Marie de France, le chevalier de Guigemar, atteint a la cuisse par sa propre flèche, est soigné par une dame et sa nièce avec des soins touchants. Quand ellesj’eurent couché sur le lit de la jeune fille :

En bacins d'or Tève (l’eau) aportèrent Sa plaie et sa quisse lavèrent ;

A un bel drap de cheisil blanc Li ostèrent d’entur le sanc Puis l’unt estreitement bandé...

De sa plaie nul mal ne sent.

On lit dans le poème de Gaufrey :

Et la dame (la femme de Gaufrey) gentil maintenant s’en ala Et vint à premier escrin et si (le), deffrema Et si en trait une herbe que si grande bonté a Qui en ara usé, je mal ne sentira.

En premier mortier la trible et si la destrempa Puis en vint à Robastre et si li en donna Si tost comme le ber le col passé en a Il fut sain comme pomme de chen ne doutés ja.

Citons un autre passage du poème intitulé : U Elle de Saint-Gille :

Rosamonde, là bêle, ama moût le vasal Teus neuf herbes li donc qu’ele li desteupra

Puis qu’il en ot beu et le col trespassa Tout fu sains et garis, a mangier demanda (i).

Maintenant, passons à la littérature allemande du moyen

Dans le poème latin du Moyen Age : « Waltharius », écrit par Ekkehard, moine allemand, une lutte sang-lante a lieu. Quand un des combattants tombe sérieusement blessé par terre, Alpharides appelle à voix haute une jeune fille qui craintive vient et panse les plaies (2).

Le héros du ravissant poème de Godefroi de Strasbourg « Tristan » avant de donner le coup de grâce à Morold, le raille :

Tes affaires me paraissent être bien mal,

Des bonnes racines te seraient nécessaires.

Ce que ta sœur dame Isol De médicaments a recueilli Il te faudrait pour te guérir (3).

Après son combat avec le dragon, Tristan tombe épuisé. Isolde, accompagnée de sa mère et de sa cousine, arrive à l’endroit où la lutte a eu lieu et le trouve inanimé.

Doucement toutes les trois lui ôtent l’armure Et comme elles ne voyaient à son corps Ni coups ni blessures Elles s’en réjouirent fortement.

De la thériaque prit alors La sage reine . (4)-

1. Ed. Gaston Raynaud : Soc. d’anc. textes, t. X, 1879, v. 1469 ss. Pour les autres citation cf. Krabbes, p. 12, 3i, 71. A. Méray, p. 353, 6. Dupouy, p. 12, i3.

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