CHAPITRE IX
Les « médeeiennes » en France, Allemagne, Angleterre, et Pologne au XlIIe et au XlVe siècle.
Les tribus g-ermaines subissent l’influence de la civilisation. — Femmes s’occupant d’études. — Education médicale de ce temps, Sarah de Saint-Gilles. — La « médecienne » de Gauthier de Coinsi. — Lutte de la faculté de Paris contre les femmes médecins. — La « médecienne » Sarre Vivant, les huit femmes médecins de Paris de 1292. — Celles du xive siècle : Clarisse de Piotomag’o, Jeanne Converse, Cambrière Clarisse, Laurence Gaillon. — Le procès de « domina Jacoba Felicie ». — Les « chirurgiennes ».
Allemagne : La médecienne de Tristan. — Les « medicae » de Mayence. — L’oculiste de Munich. — Les femmes médecins de Francfort-sur-.le Mein et de Wurzbourg.
Angleterre : Permission d’exercer donnée aux femmes par le roi Edgar.
Pologne : lohanna medica de Posnanie. — Catharina medica de Cracovie. — Elisabeth- de Hongrie.
Les premières peuplades g-ermaines qui subirent Tinfluence de la civilisation g-réco-romaine furent natuTellement celles qui s’établirent en Italie. Les Long-obards et les Normands non seulement ne portèrent aucune atteinte à la culture antique, mais- contribuèrent de leur mieux à son développement. Au nord, Técole de Pavie fut fondée par les Germains.
Au delà des Alpes, les jeunes peuples étaient plus réfractaires à la civilisation. Mais bientôt surg-irent des hommes remarquables qui propagèrent la lumière parmi eux. Les Anglo-Saxons et les Visigoths d’abord firent briller les sciences, en Angleterre et en Espagne ; puis Charlemagne permit à l’instruction de refleurir en France. Ce courant de progrès ne s’arrêta pas malgré les luttes intestines qui écla-
tèrent en France et en Allemagne entre ses successeurs. Et bientôt deux nations slaves qui embrassèrent la religion catholique, les Tchèques et les Polonais, se joignirent au monde, civilisé. Déjà, en 1190, le géographe arabe Edrisi avait écrit que dans les villes de Gniezno (Gnesen) et de Cracovie « fleurissaient les sciences et les études » (i).
Les femmes prirent naturellement une part active à ce mouvement.
On peut même dire que, pendant une grande partie du Moyen Age, elles furent beaucoup plus instruites et plus cultivées que les hommes. Les Germains estimaient que l’instruction efféminé les guerriers, et voici à ce sujet une anecdote assez caractéristique : Quand Amalasvinthe, fille du grand roi ostrogoth, Théodoric, femme très instruite, donna trois maîtres à son fils, le peuple goth s’indigna.
« Théodoric, disait-il, n’envoyait jamais d’enfants goths à l’école, l’instruction faisant de l’homme une femme, et le rendant timide. Le sabre et la lance doivent lui suffire ». Amalasvinthe céda (2).
En somme ceux qui n’étaient pas clercs attachaient assez peu d’importance à l’instruction (3).
Aussi, le Moyen Age compte-t-il nombre de femmes très intelligentes et très éclairées. Nous verrons plus tard quel splendide essaim formèrent les religieuses. Mais, disons tout de suite que parmi les laïques, il n’y eut pas que des princesses et des comtesses pour protéger les arts et les sciences et cultiver la poésie ; les femmes des classes moyennes