‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 80 sur 181 · Le fabliau de la Saineresse in Méray o. c · texte numérisé non relu

Le fabliau de la Saineresse in Méray o. c

qu'appartenaient les de Bruxelles de i36o qu:

faisaient les saignées (i).

Enfin le projet fort curieux d’un légiste, comtemporain et serviteur de Philippe le Bel, Pierre du Bois, semble démontrer qu’en France, à cette époque, les études médicales de la femme étaient assez répandues. Dans un « Mémoire sur le recouvrement de la Terre Sainte » adressé à Edouard I®'' roi d’Angleterre et antérieur à 1807, date de la mort dudit roi, il propose tout un plan pour mener à bonne fin l’œuvre des croisades et du même coup réformer l’Eglise. Il met en première ligne, parmi les moyens à employer, la réforme de. l’éducation. Les croisades, selon lui, devaient avoir pour but la conquête morale de l’Orient ; pour cela, il fallait y faire pénétrer les idées, les mœurs, la religion de la chrétienneté, et, quels meilleurs agents de propagande que les femmes ?

Donc, les filles admises dès l’âge de. quatre ou cinq ans à l’école y apprendraient, outre la religion, assez de latin pour pouvoir le comprendre, assez de grec, d’hébreu, d’arabe pour pouvoir converser avec les populations orientales, et puis, assez de sciences naturelles^ de médecine et de chirurgie pour pouvoir pratiquer l’art de guérir. Ainsi instruites, et envoyées en Orient., elles ne manqueraient pas de gagner, comme médecins, par leur science et leur habileté, la confiance des peuples,. et par leurs vertus de ramener à la vraie foi, comme épouses et comme mères, les schismatiques et les infidèles (2).

Gomme on le voit, il ne manquait pas de femmes con-

!• Wîllems ; Stadsordonnantie van Brussel van het jaer i36o. (Belgisch Muséum T 843). '

2. Be recuperatione terræ sanctæ (Gesta Dei per Francos Hanorriœ, 1611, in-fol., II, 333 ss.). Nouvelle édition. Paris, 1891, p. 5i et 71.

naissant la médecine et la pratiquant en France au Moyen Age.

En Allemagne, les femmes médecins furent encore bien plus nombreuses qu’en France. Les œuvres littéraires et les documents historiques en mentionnent fréquemment :

Quand Riwalin, un des héros de « Tristan », est blessé dansmne bataille, Blanchefleur, amoureuse de lui depuis longtemps^ vint le voir déguisée en « arzâtinne », femmemédecin (i).

Dans les « Urkuden zur heilig-en Archâologie » de Bauer, il est mention pour la première fois, d’une medica allemande (2). On y parle d’une medica habitant Mayence en 1288, sans autres indications. Dans la même ville vivait, en 1407, une Demud medica (Seelbuch von Maria Greden, feuille 28). A voir la façon dont on les traitait' à Mayence et à Francfort, dit Kriegk, on comprend qu’il ne s’agissait pas là de sages-femmes s’occupant aussi des maladies des femmes et des enfants, mais de vraies femmes-médecins. Sans compter que jamais les sages-femmes n’étaient médecins (3).

Le lô août i35i, la ville de Freysing (Munich) afferme à une femme Ulrich, de Potschna, une maison en pierre avec écuries et j ardin, que lui avait légués une oculiste de Munich pour assurer le salut de son âme (4). Mais, Francfort-sur-le-Mein est surtout la ville classique des femmesmédecins allemandes.

1. God. de Strasbourg, Tristan, vers 1237-1280 (Ed. Pfeiffer, 0. c., p. 5i-52). V. aussi Eracl., 2974.

2. P. i35, cité inMone: Armenund Krankenpflege vom XIII bis zum XVI Jahrhundert in der Schweiz, Baden, Elsass, Bayern, Ilessen und Rheinpreussen {Zeitschrift f. d. G. d. Oberrheins, vol. XII, p. 2, Karlsruhe, 1861).

3. Kriegk : Deutsches Bürgerthum im Mittelalter. Francfort, 1868, I, 528.

4. Monumenta boiça, vol. XXXV, 2' partie, p. 94 (Munich, 1849).

Durant tout le xiv et le xv® siècle, on y rencontre des femmes-médecins. De iSSg à 1497, les archives en mentionnent quinze, dont trois oculistes. Plusieurs sont juives. Quelques-unes obtiennent des magistrats de Francfort certains honneurs, d’autres une diminution d’impôt. Pour celle-ci, on demande seulement qu’elle devienne citoyenne de Francfort, pour celle-là (juive), on exige l’impôt juif; une seule fois, on défend d’exercer à une medica (i).

Kriegk dresse ainsi la liste des femmes qui ont exercé la médecine à Francfort-s ur-le-Mein (2) :

1394. La fille du feu médecin Hans der Wolfif, chirurgien et médecin de la ville (de i38i à i393). Elle avait reçu deux fois des honoraires pour la guérison de soldiers blessés dans le service de la ville.

1397. Hebel, médecienne {Livre des Saints de 1397, feuille 3o).

1423 et 1427. Une medica et une oculiste anonyme.

1428. La juive Serlin, oculiste.

i43i. L’oculiste juive à laquelle on défend les prêts sur intérêts, ce qui fait supposer que l’exercice de la médecine lui était permis.

1433. Une medica juive anonyme.

1435. Id

1436. Une oculiste juive. Elle doit, d’après Beedbuch, 17, quitter la ville.

1439. Une medica juive.

i446. Une oculiste juive. Elle doit être dispensée de l’impôt Beheim.

1457. Une femme médecin juive. « Ne pas permettre à la medica juive de rester sans payer l’impôt de nuit (Nachtgelt). » -

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