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CHAPITRE XI

Les femmes médecins en Italie

Après le Moyen Age le nombre des fémmes médecins diminue en Europe. — L’Italie fait exception à cette règle. — On y trouve une succession ininterrompue de femmes médecins, jusqu’à nos jours. Femmes professeurs dans les Universités. — Femmes docteurs. Grand éclat jeté par la médecine féminine en Italie.

Les temps modernes se présentent à Phistorièn de la femme médecin sous un aspect assez étrange. L’essor que prend la civilisation, le développement de la culture intellectuelle, les progrès de la science et ceux de la littérature lui font supposer qu’il va trouver une riche moisson de faits ; et c’est juste le contraire.

Ce Moyen Age, qu’on aime à se représenter comme une époque de ténèbres et de barbarie, où régnaient les plus tristes préjugés, fut en effet bien plus tolérant pour les femmes-médecins que ne le sont les temps modernes.

On le dit en opposition avec l’antiquité, et cependant il Mélanie Lipioska

partage avec elle Testime et la vénération pour les prêtres de la science, quel que soit leur sexe. Par contre, les modernes qui approfondissent et continuent les travaux scientifi. ques et intellectuels des anciens, prennent vis-à-vis de la femme qui étudie, par conséquent vis-à-vis de la femme médecin, une attitude souvent hostile, et, pour le moins, la couvrent de ridicule.

Il serait fort difficile en l’état actuel de l’histoire morale des peuples d’établir très précisément les causes de ce changement. Ces causes sont différentes pour chaque pays. La lutte des Universités et la protection accordée par les gouvernements à la concurrence professionnelle des hommes furent sans doute les principales. Quoi qu’il en soit, un fait est évident, c’est qu’à partir du xvP siècle le nombre des femmes qui exercèrent la médecine devint de plus en plus faible.

Un seul pays fit exception, celui qui marcha à la tête de la civilisation jusqu’au xix“ siècle, qui donna tant de génies à l’art, à la poésie et à la science, celui dont l’histoire et l’intellectualité se rattachent directement à l’antiquité : l’Italie.

Nous nous sommes occupées dans un chapitre précédent, de la ville de Salerne, pendant plusieurs siècles centre de la culture italienne. Nous avons quitté la péninsule au moment où l’éclat de cette ville commençait à pâlir. Mais en même temps, aux xiv“ et xv® siècles, d’autres villes italiennes atteignirent un très haut degré de civilisatioyi et l’on voyait fleurir : Pise, Florence, Gênes, Venise, et le» villes de la Lombardie.

Dès le commencement du xiii° siècle, le mouvement de l’émancipation italienne s’était précipité avec une extraordinaire rapidité. L’âge héroïque de l’Italie allait finir. Après une lutte formidable, les républiques venaient de forcer

l’empire germanique à les reconnaître (Paix de Constance, ii83). De toutes parts, dans le premier élan d’une indépendance vaillamment conquise, les villes, confédérées ou rivales travaillèrent à leurs entreprises et fondations laïques ou religieuses, commerciales ou savantes, avec une activité toute juvénile. La papauté, leur alliée, favorisait énergiquement cette exaltation politique, en la fortifiant d’une puissante extdtation religieuse. Et la langue, déjà à moitié formée à la cour de Frédéric II, devint sous la plume du grand florentin Dante Alighieri la première langue moderne achevée.. Les arts s’éveillèrent de leur long sommeil. Nous voyons Pise édifier la galerie du Camposanto ; Florence bâtir, à la fin du xiif siècle, ses plus belles églises ; et, à côté de l’architecture, la peinture s’affranchir avec Cimabue, Giotto et Masaccio de ses premières entraves. Naturellement la nation nouvelle fut avide de science, et des Universités se fondèrent à Bologne, à Naples, à Padoue, à Rome. Elles regorgèrent d’élèves, et l’Italie compta bientôt un nombre respectable de savants illustres.

Le développement de civilisation procédant directement de l’antiquité gréco-romaine nous montre que le rôle de la femme italienne ne dut pas être effacé. Ce qui n’avait étonné ni les Romains, ni les Salernitains, ne pouvait surprendre leurs descendants.

En son important ouvrage sur la civilisation de la Renaissance italienne, Burckhardt dit en effet :

« L’éducation de la femme de classe supérieure était absolument la même que celle de l’homme. L’Italien de la Renaissance n’hésitait pas le moins du monde à faire participer son fils et sa fille au même enseignement littéraire et même philologique. Il considérait la connaissance des œu- ^es de l’antiquité comme le plus grand bien de la vie, et ne pouvait par conséquent la refuser à la femme. On sait d’ail-

leurs à quel haut degré de perfection atteignirent les filles des princes familiarisées de bonne heure avec la langue et récriture latine (i).

Sachant dans quelles conditions favorables se trouvait la femme, il n’est donc plus surprenant de voir de nombreuses femmes médecin en Italie au xiii" et au xiv® siècle.

En Piémont, une Ghilietta, medica, est nommée vers 1220 dans le statut de Pinerolo (2). A Venise, assure Gecchetti, les femmes pouvaient exercer la médecine et la chirurgie. On, cite une Béatrice, veuve de Gherardo di Candia, célèbre au début du xiv° siècle pour ses conseils et pour ses servicès rendus dans la médecine (3).

Au xiv® siècle une Leonetta, femme de Jean de Gorzano, est signalée àSalucesetàTurin portant le titre de medica (4). Dans les documents de ce siècle conservés aux archives de Naples, Renzi a trouvé plusieurs diplômes qui permettaient à des femmes l’exercice de la chirurgie. Parmi ces chirurgiennes, nous trouvons une Thomasia de Matteo, de Castro Isiae ; puis une Maria Incarnata de Naples, à laquelle on donna le privilegium chirurgiae medicandis vulnerihus et apostematibus in quitus inventa est expers et sufjîciens (5) (privilège d’exercer la chirurgie dans laquelle elle est reconnue suffisamment experte).

L’historien et naturaliste italien G. Targioni-Tozzetti nous fournit des renseignements en ce qui concerne Florence :

« Dans les documents relatifs à l’histoire de Florence au Moyen Age, dit-il, se rencontrent souvent les noms des fem-

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