‹ Histoire des femmes médecinsChapitre 96 sur 181 · CHAPITRE Xîli · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xîli

Les études médicales des femmes françaises DU XVie AU XVIli® SIECLE

Disparition des femmes médecins et des chirurgiennes en France. — Causes de cette disparition. — Sans pouvoir exercer, les femmes françaises étudient cependant la médecine. — La Renaissance. — Le xvme siècle. — Mlle de Bihéron. — Mme d’Arconville. — Mme Necker.

La faculté de Paris, après de longues luttes, reniporta définitivement la victoire sur les femmes médecins et les chassa du temple d’Esculape. Dès le xvi® siècle; au témoignage de Pasquier, on ne vit plus, en France, de femmes pratiquer la médecine.

Il y avait là encore dès chirurgiennes. Elles appartenàiént à la corporation des chirurgiens, indépendante de la faculté, et se trouvaient par conséquent hors de ses atteintes. Mais, d’autres circonstances vinrent faire échec à ces derniers. Leur corporation engagea une lutte des plus

acharnées contre la faculté, et fut battue. Les chirurgiens, jusque-là égaux aux médecins, furent dégradés au rang d’artisans, on limita leurs fonctions, et tout ce qui pouvait être donné aux médecins au détriment des chirurgiens, leur fut donné. La malheureuse corporation tomba dans la plus profonde misère ; et il n’est pas étonnant, qu’en un tel état beaucoup de chirurgiens aient vu leurs collègues féminins d’un mauvais œil. D’autre part, la corporation soumise à la faculté, dut fatalement subir son ascendant dans la question féministe. Ces deux facteurs furent pouf beaucoup dans la publication par les rois d’édits et d’ordonnances défendant également aux femmes l’exercice de la chirurgie.

Un troisième facteur, non moins important, est celui de la centralisation.

La centralisation commença sous Charles VIII et atteignit son apogée sous le règne de Louis XIV. Les nombreuses principautés, les terres et les villes appartenant à des maîtres divers furent réunies entre les mains d’un seul. Les guerres intestines s’apaisèrent, les seigneurs féodaux au lieu de se combattre, offrirent leurs services à la royauté et leur énergie s’employa aux campagnes italiennes, espagnoles, allemandes, sans cependant s’épuiser. Malgré tout, beaucoup de cerveaux et beaucoup de bras, autrefois occupés aux querelles féodales restèrent oisifs, et il fallut trouver un autre emploi de leur activité.

Or, grâce à ce calme relatif la civilisation put se développer. Les villes s’agrandirent, les savants devinrent plus nombreux. L’énergie des hommes se tourna , vers la culture intellectuelle abandonnée jusque là surtout aux femmes et aux clercs. Les femmes eurent donc contre elles la force physique d’abord et ensuite le gouvernement, qui composé d’hommes, protégeait les hommes. Elles perdirent leurs droits un à un. Leurs défaites commencèrent au xrv® et xv®

- iSl —

siècles et, ce qui paraîtra étrange^ c’est surtout l’époque de la Renaissance qui marqua pour elles, en France, la déchéance.

Avec la disparition du vasselag-e, disparurent naturellement les anciens droits des vassales .• la participation aux guerres et aux honneurs de la -cour. Bientôt on leur enleva le droit de juger. Les ordonnances royales de i56o et 1667, établissant dans toute la France des officiers délégués pour rendre justice sur les biens seigneuriaux, réglèrent définitivement cette question. Peu à peuj on exclut les femmes de toutes les fonctions publiques (i) qui n’étaient pas sous la dépendance immédiate de la propriété féodale, enfin on en vint à les priver du droit de se défendre devant les tribunaux. Bien que dans le livre, de Jôstice et de Plet (ii xix J) il soit encore dit : « femme ne puet defendre nului en plet, mes se ele est sanz seignor elle peut bien defifendre son pleige et soi-même », Boutillier en i6o3 (Somme rurale Ed. Macé p. 45) rappelle aux juristes « Item sçachez que feme de quelque estât qu’elle soit mariée ou à marier, n’est à recevoir comme procuratrice, pour quelque personne que ce soit, car à elle fut défendu tout faict d’armes et de procuration ».

Il en fut de même au point de vue dés autres professions. Si l’opinion de Mlle Chauvin (2 ) prétendant que « dès le xiii®

1. C’est par exception seulement qu’on rencontre au xvi' et xviie siècle plusieurs pairies (celle de Mercœur créée en i56t), d’Halsoin créée en i588, d’Aquillon créée en i638 et deux ou trois autres) dont la dignité de pair était réversible de mâle en femelle. Les Pairesses siégeaient dans les cours de justice.

Ün autre droit social qui resta aux femmes dans certaines provinces était l’éligibilité et l’électorat pour les Etats provinciaux. Aussi dans les assemblées communales des villages des veuves ou des filles imposées comme chefs de famille étaient quelquefois admises. (Cf. Mme Vincent : De la condition et vote politique de la femme en France in Internationa- 1er Frauenkongress in Berlin 1896, p. 267).

Page 1