Des professions accessibles aux femmes, Paris
siècle, on peut dire que tous les métiers sont exercés par les hommes, depuis celui d’épicier-apothicaire, jusqu’à celui de tailleur de robes et de chapelier en fleurs » est trop outrée pour être admise, il est impossible de nier que les hommes envahirent la plupart .des nombreux métiers qu’exerçaient les femmes au Moyen Age (par exemple l’industrie de la soie et des objets de luxe, la corroierie, etc.) et qu’ils se substituèrent à elles. Il se pût qu’on acceptât encore les femmes dans quelques corporations, maison les privait de dignités. Au Moyen Age, dans l’industrie de la soie, les (.( tisserandes de soie », les « feseresses de chapeaux d’or et d’oeuvres à un pertuis », pouvaient avoir la maîtrise et l’office de chef de la corporation ; dans la fabrication des tissus de soie, les femmes partageaient avec les hommes la dignité de juré. Ce dernier privilège leur fut enlevé (ï).
Il en fut de même pour la maîtrise. Toutefois, on permit encore aux filles de maîtres de communiquer la maîtrise à celui qu’elles épousaient : les veuves pouvaient continuer le commerce et l’exercice de la profession tant qu’elles restaient en état de veuvage. Il aurait été bien étonnant que les chirurgiennes fussent épargnées. Aussi, en i484, les lettres patentes de Charles VIII retirèrent-elles aux femmes le droit d’exercer le métier du chirurgien. Cette défense ne fut probablement pas tout de suite rigoureusement observée, en tous cas, on fit pendant longtemps une exception pour les veuves de chirurgiens. Ce n’est que le 8 août 1694, qu’il fut défendu « même aux veuves des maîtres d’exercer, à moins qu’elles n’eussent d’enfants ou serviteurs approuvés ou trouvés capables de ce faire ».
•I. Plusieurs corporations seulement composées exclusivement des femmes échappèrent à ce sort. Là se maintint aussi la belle institution des prud’femmes jugeant les différends entre les patronnes et les ouvrières.
Par la suite, on priva les femmes de la possibilité de s’occuper d’autres branches de la science touchant en partie à la médecine. Ainsi auxviii® siècle, le parlement par arrêt du 19 avril 1755, ordonna que : « à l’avenir les femmes et filles ne pourront être ag'rég’ées dans l’état d’herniaire, ef dentiste, ni dans autre partie de la chirurgie sous quelque prétexte que ce soit, excepté à celle qui concerne les accouchements ».
A partir de ce moment, on ne trouve plus que par hasard des arrêts comme celui du parlement de Bretagne, 3 mai 1782, par lequel une femme qui avait le talent de remettre les membres disloqués fut maintenue dans l’exercice de ce talent dont elle faisait un usage gratuit. Ou encore, comme cet autre arrêt de la cour d’appel de Tournay, daté du 1 3 novembre 1698.
Ce jour-là, on y avait jugé un procès entre les maîtres chirurgiens de la ville de Lille appelants et Marie-Jeanne d’Assonville, femme autorisée de Marc Antoine Hanneton, cabaretier audit Lille, intimée. Ladite d’Assonville, à la faveur de plusieurs certificats contenant qu’elle avait le -secret d’un onguent merveilleux pour guérir les hémoroïdes ; avait obtenu le 8 août 1697, permission du magistrat de Lille, de le pouvoir débiter jusqu’au rappel.
Les chirurgiens de Lille s’y étaient opposé, disant que suivant tous les statuts èt règlements de leur art, il était défendu à tous autres qu’aux chirurgiens de débiter les onguents et de les appliquer. Un magistrat, malgré cette protestation fondée ayant déclaré, par sentence du 27 dudit mois d’août, que (.< l’ordonnance du huit retirait l’effet du règlement », les dits chirurgiens en avaient appelé.
La cour ; «vu les conclusions du procureur général du roi, ouï le rapport de M. Delaplace, a mis l’appellation au néant, a ordonné que les ordonnances dont était appel sortiraient
effet, a condamné les appelants en l’amende et aux dépens de la cause d’appel (i).
Mais, nous le répétons, ces arrêts sont exceptionnels. Et, en résumé, on peut dire qu’à cette époque les médeciennes et les chirurgiennes françaises cessèrent d’exister. Elles avaient vécu.
Cependant si les facultés et les édits royaux pouvaient défendre aux femmes d’exercer la médecine, ils ne pouvaient les empêcher de l’étudier.
Déjà, à l’époque de la Renaissance, la médecine attirait èn France quelques esprits féminins. Le célèbre médecin bâlois Félix Plater qui avait étudié la médecine à Montpelier vers i55o dit dans ses Mémoires : a A Montpellier, le theatrum servait souvent aux dissections, qui étaient alors présidées par un professeur ; un barbier maniait le scalpel. Outre les étudiants, l’assistance se composait de seigneurs et de bourgeois en grand nombre, de dames aussi, même quand on disséquait un homme (2). » Dans les bibliothèques des dames éclairées de ce temps, figuraient les livres médicaux. E. Ouantin Bauchart nous décrit entre autres les bibliothèques de Diane de Poitiers (i449-i566). Sur trentesix livres divers (théologiques, géographiques et appartenant à l’histoire naturelle et aux belles-lettres) nous en trouvons cinq traitant de médecine. Ce sont les meilleurs livres médicaux de l’époque, à savoir (3) :
La dissection des parties du corps humain par Charles Etienne (Paris i546).
La manière de traiter les playes et les accidents d’icelles,
1 . Pinault : Recueil d arrêts notables du parlement de Tournay, p. 232-4.