VI L'AUTEUR
métier des armes, et il trouva la mort dans un combat, en s’acquittant de ses fonctions de comte, peu après son arrivée à Saint-Riquier. Il fut tué près d'Angoulême, à la bataille livrée sur les bords de l’Agout, où périrent avec lui Ricbodon lui-même, le célèbre Hugue l’Abbé, fils de Charlemagne, et beaucoup d’autres seigneurs, le 14 juin 844, en luttant contre Pépin II d'Aquitaine, qui voulait les empèêcher de rejoindre Charles le Chauve au siège de Toulouse.
Nous avons conservé! l’épitaphe que versifia son contemporain, le poète Micon, de l’abbaye de Saint-Riquier, mort quelques années plus tard (853).
D'après le premier vers de cette pièce, le portrait de Nithard était peint sur son tombeau, « en attendant la résurrection de ses cendres »; et nous l’y voyons qualifié de sagace, versé dans les lettres sacrées, inflexible pour les arrogants (Lothaire et ses partisans), humble pour les doux, paisible à l'égard du troupeau qui lui fut confié (les moines de Saint-Riquier) et dont il ne demeura que peu de temps abbé, tirant sa noble origine d’un homme de génie, Charlemagne, « l’illustre empereur », enfin connaissant toutes les ruses de la guerre; mais, hélas! victime d’un ennemi perfide (Pépin), sous les coups duquel il périt inopinément d’une mort foudroyante.
L’historien de Saint-Riquier, Hariulf, qui écrivait à la fin du xr® siècle, en parle, comme nous, d’après ce que Nithard dit de lui-même dans son ouvrage (au livre IV, ch. v)1, et il
tête de l’abbaye, l’un comme abbé régulier et l’autre comme abbé laïque ou avoué, puisqu'on les voit périr ensemble dans la même bataille.
1. Cf. Traube, Poetae latini aevi Karolini, t. III, p. 268, qui corrige (note 7) l'indication du mois junii en julii, à cause de la date de la bataille de l’Agout.
2. Hariulf, Chronique de l'abbaye de Saint-Riquier, liv. III, ch. v, éd. F. Lot, p. 101.