Le plaid d’Attigny, dont il est question plus haut
2. Charles rassemblaït ses vassaux dans les limites que Lothaire lui avait assignées à la trêve d'Orléans, en y adjoignant les Bourguignons, que l'hommage de Guérin et Bernard lui avait amenés.
3. Voir plus loin, p. 87, un autre passage où éclate l'hostilité de ce comte (peut-être titulaire du comté de Troyes : voir ci-dessous,
AVANCE DE CHARLES JUSQU'A LA SEINE (mars 841) 55
espérer de bon ; c’est pourquoi il leur paraissait, tout bien considéré, qu’il ne devait pas manquer de se rendre de toute manière à l’entrevue fixée ! ; que si son frère, comme il l'avait promis, voulait rechercher le moyen de consolider l'intérêt commun, cela plairait à tout le monde et qu'il serait raisonnable de l’accueillir avec gratitude ; mais que, s’il en était autrement, fort de son droit et, en conséquence, du secours de Dieu et de ses fidèles, il devrait employer toute son énergie à s'assurer cette partie de l’empire que son père lui avait donnée du consentement des sujets des deux rois.
[6.] Il ordonna donc à tous les Aquitains qui suivaient son parti de venir auprès de lui avec sa mère, et il en fit autant pour tous ceux d’entre Loire et Seine qui voulurent reconnaître son autorité ?. Lui-même se mit en marche, malgré les difficultés, avec ceux qui étaient déjà présents. Et, lorsqu'ilarriva sur la Seine, il se trouva en face de Gombaud 3, Garnier, Arnoulÿ, Gérard et de tous les comtes, abbés et évêques du pays en deçà de la forêt Charbonnière?, que Lothaire avait laissés là exprès pour l’empêcher de passer, s’il tentait de le faire sans son assentiment. Il arriva en outre que, le fleuve ayant débordé, les gués étaient devenus partout impraticables et que les gardiens du fleuve avaient brisé ou bien coulé toutes les embarcations; par surcroît Gérard avait détruit tous les ponts qu’il avait rencontrés. Aussi la difficulté extrême du passage causait une vive inquiétude à ceux qui se proposaient de traverser.
p. 59, n. 1) à l'égard de Charles. Loup de Ferrières (lettre 28) mentionne un Gombaud qui revint au parti de Charles le Chauve en août 840. Cf. Meyer von Knonau, p. 112, n. 323.
4. Frère du comte Lambert et peut-être père du comte Garnier de Sens, que l’on trouve mentionné au début du xt siècle. Cf. Annales de Saint-Bertin, année 852; Chronique de Saint-Wandrille, année 851 ; Meyer von Knonau, loc. cit.
5. Peut-être le père de Baudouin Ier, comte de Flandre et tige de cette maison où le nom d’Arnoul fut si fréquemment porté.
6. Gérard, comte de Paris (le prototype du légendaire Girard de Roussillon). Voir plus haut, liv. II, ch. 111, p. 44, n. 3, et J. Bédier, Les légendes épiques, t. II (1908), p. 26.
7. Sur cette expression « en deçà de la forêt Charbonnière », voir plus haut, liv. IT, ch. II, p. 42, n. 3.
56 TRANS SEQUANAM KAROLUS ITER FACIT (april. 841)
Cum autem tot difficultatibus animi multimodis agitarentur consiliis, tandem mercatorum naves ab hostio quo Sequana mare influit, ferventi estu abducte propterque Rotomacensem urbem exposite nunciantur!. Quo veniens harum duas minus de xxx'* Karolus armato milite complet ?, idemque ingressus praemittit qui se venturum prenuntient *, unicuique volenti delicta cedens, nolentibus autem ut abeant ? regnumque a Deo sibi datum illic relinquant *. Quae dum sprevissent classisque appropinquare videretur‘, crucem in qua juraverant et Karolum ut cognoverunt, relicto littore* protinus fugerunt !.
Quos, quoniam in traiciendo equi moram fecerant, consequi nequibat ; ad Sanctum Dynonisium laudis obsecrationisque causa iter direxit*. Quo veniens comperit quod hi quos fuga disperserat in unum una cum Arnulfo et Gerardo ceterisque coissent et super Teutbaldum, Warinum, Otbertum ceterosque qui, uti mandatum fuerat, ad Karolum veniebant / irruere vellent. Quamobrem ad Sanctum Germanum? causa orationis perrexit ac per totam noctem iter faciens aurora delucescente ubi Luva Sequane confluit® Warinum cum” sociis salvum recepit ac sic? uno eodemque itinere Senonicam adüt urbem *.
a. prenuntiant corrigé en prenuntient À. — b. habent 4. — c. ilum À4.— d. reliquant 4.— e. videtur corrigé en videretur À.— f..venebant corrigé en veniebant 4. — g. Fol. 7 v9, col. 2, de À. — h. con À. — ji. si À.
1. Cette mention de la venue de vaisseaux marchands à l'estuaire de la Seine prouve que la sécurité de la navigation était encore assez grande, malgré la menace des Normands.
2. Cf. Virgile, Enëéide, IT, 20 : « .… uterumque armato milite complent. »
3. Autre réminiscence possible de Virgile, au même passage que précédemment (Énéide, II, 28) : « .. desertosque videre locos litusque relictum. »
4. Charles franchit la Seme le 31 mars 841, entre Rouen et Caudebec, et gagna ensuite le monastère de Saint-Wandrille. Cf. Chro-
CHARLES SUR LA RIVE DROITE DE LA SEINE (avril 841) 57
En présence de ces obstacles, les esprits étaient très divisés sur le parti à prendre ; enfin, on annonça que des vaisveaux marchands, poussés par la marée, avaient été amenés depuis l'embouchure de la Seine jusqu’à Rouen!, où ils étaient à leur disposition. Charles se rendit en cette ville, y remplit vingt-huit navires d'hommes armés puis, s’embarquant lui-même, envoya des émissaires annoncer sa venue, promettant le pardon à ceux qui se soumettraient et prononçant l'expulsion de ceux qui s’y refuseraient, en leur enjoignant de laisser libre le royaume que Dieu lui avait donné. Ces derniers méprisèrent ces avis ; mais, lorsqu'ils virent la flotte approcher et qu’ils reconnurent la croix sur laquelle ils avaient juré fidélité et Charles lui-même, ils abandonnèrent la rive et s’enfuirent aussitôt.
Ne pouvant les poursuivre parce que les chevaux avaient tardé à débarquer, Charles se rendit à Saint-Denis pour y faire des prières d'actions de grâces. Il y apprit que ceux qu'il avait dispersés se réunissaient avec Arnoul, Gérard et plusieurs autres et voulaient attaquer Thibaud, Guérin, Otbert6 et tous ceux qui venaient à lui sur son appel. Aussi se rendit-il à Saint-Germain? pour prier, puis, par une marche de nuit, il se dirigea vers le confluent du Loing et de la Seine, où, à l’aurore, il put joindre sain et sauf Guérin et ses compagnons, et il continua directement sa route jusqu’à Sens ?.
nique de Saint-Wandrille, année 841 (Mon. Germ. hist., Scriptores, t. IL, p. 301).
5. Charles avait été, dans son enfance, spécialement consacré à saint Denis comme patron. Voir Aimoin, Miracles de saint Germain, I, c. 5 (Acta Sanciorum, t. VI de mai, p. 798) ; diplôme de Charles du 16 janvier 849 (Tardif, Monuments historiques, p. 102, n° 160).
6. Voir, sur ces personnages, Meyer von Knonau, p. 140. Ce sont les vassaux bourguignons auxquels il est fait allusion plus haut, au début des ch. v et vi, p. 51 et 55.
7. Saint-Germain-des-Prés, aux portes de Paris, dont le comte était en fuite.