ÉCHANGE D'ENVOYÉS ENTRE LOTHAIRE ET CHARLES
peur ses compagnons d'armes et communiqua à tous le plus grand espoir dans le succès. Aussi Charles et toute son armée se consacrèrent-ils, dans la joie, à la célébration des fêtes !.
Ayant terminé, Charles accueillit avec bienveillance les envoyés de Lothaire?, les reçut à sa table et leur ordonna de s’en retourner le lendemain, promettant de répondre par ses propres messagers à ce que son frère lui avait mandé. L’ambassade de Lothaire s’était plainte à lui qu’il eût, sans consentement, franchi les limites que celui-ci lui avait assignées ; et, puisqu'il l’avait fait, Lothaire lui intimait l’ordre de s’arrêter là même où il se trouvait, jusqu’à ce qu’on lui fît savoir s’il devait venir à l'endroit convenu ou en quelque autre lieu qui paraîtrait préférable.
Charles, de son côté, répondit par ses messagers qu'il avait passé les limites fixées parce qu'aucune sécurité ne lui avait été assurée dans l’ensemble des territoires que Lothaire lui avait promis et garantis sous serment. Il ajouta que Lothaire, malgré ses engagements, avait détaché de lui plusieurs de ses partisans, qu’il en avait mis à mort plusieurs autres, qu'il avait troublé les royaumes dont il aurait dû lui assurer la paisible possession, enfin, ce qui est plus, qu'il avait attaqué à main armée son frèreÿ et l’avait contraint à demander secours aux païens. Il l’avisa cependant que, malgré tout, il consentait encore à venir à l’entrevue qu'ils avaient fixée d’un commun accord. Là, si Lothaire voulait chercher le moyen de travailler au bien commun, selon sa promesse,
1. Les fêtes de Pâques (17 avril 841), qui coïncidèrent ainsi avec son couronnement.
2. Les émissaires que Lothaire avait envoyés pour s'informer où était Charles. Voir plus haut, p. 60.
3. Le lieu indiqué pour l’entrevue était Attigny et la date le 8 mai. Voir plus haut, p. 48.
4. Particulièrement la Provence. Sur tous ces faits, voir p. 48 et 58.
5. Louis le Germanique, que Lothaire venait de chasser de ses états au delà du Rhin. Voir p. 58 et 68.
64 LODHUWICUS SE VENTURUM KAROLO NUNTIAT (841)
quod Deus paterque suus suorum consensu illi dederant consiliis suorum fidelium in omnibus secundum Dei voluntatem parere se innotuit.
Et, his ita compositis, idem iter arripuit atque ad praefatum locum pridie quam convenerat‘ praevenit !. Quo“ quidem Lodharius veluti ex consulto venire distulit, verumtamen missos variis querimoniis refertos frequenter mittebat et ne forte ex inproviso Karolus supra 1llum irruere posset cavebat 1.
[9.] Interea legati a° Lodhuvico venerant nunciantes quod, si sciret quomodo fieri posset, in illius adjutorium venire vellet. Quo se Karolus et indigere respondit, gratias congrue voluntati egit/ et ut hoc accelerare studerent protinus praefatos£ missos remisit$. Cumque quattuor vel eo amplius dies inibi adventum Lodharii praestolaretur et ille venire differret, contionem * advocat, concilum init, quidnam consultius deinceps illi agendum videretur deliberaturus.
Quidam autem dicebant, quoniam mater sua una cum Aquitaniis veniebat‘, obviam illi ire debere ; sed maxima pars aut obviam Lodhario iter arripere/ suadebant aut certe ubicumque vellet adventum illius praestolari de- ‘ bere dicebant, ob hoc quidem maxime quoniam, si quoquo modo aliorsum iter flectere coepisset, cuncti fugam illum inisse jactarent et hinc Lodharium et suos audentiores fieri debere atque hi qui adhuc causa timoris neutri se copulaverant ad illum affluere undique sperabant ;
a. dederat 4. — b. pridie À. — c. venerat 4. — d. Quod 4. — e. ad À. — f. aegit À. — g. praefactos 4.— k. comptionem 4.— &. venebat corrigé en veniebat À. — j. Fol. 8 v®, col. 2, de À.
1. Le 7 mai 841, Charles était à Attigny. Il y demeura au moins
LOUIS ANNONCE A CHARLES SA VENUE (mai 841) 65
ils’en réjouirait ; sinon, il lui faisait savoir que, se conformant en tout à la volonté divine, il suivrait les conseils de ses fidèles en ce qui concernait le royaume que Dieu et son père lui avaient donné avec leur assentiment.
Puis, cela fait, il partit et se rendit au lieu indiqué la veille du jour qui avait été convenu !. Quant à Lothaire, il retardait comme à dessein sa venue, mais envoyait fréquemment des messagers chargés de plaintes variées et veillait à ce que Charles ne püût l’attaquer à l’improviste 1.
[9.] Là-dessus arrivèrent des messagers de Louis, annonçant que, s’il savait comment s’y prendre, il viendrait volontiers à son aide. Charles lui répondit qu'il en avait besoin, le remercia de sa bonne volonté et renvoya aussitôt les messagers avec mission de hâter les choses. Après avoir attendu en vain quatre jours et plus l’arrivée de Lothaire, 1l convoqua un conseil pour chercher le parti le plus sage à prendre.
Les uns disaient que, puisque sa mère venait avec les Aquitains, il devait aller au-devant d’elle; mais la plupart lui conseillaient d’aller à la rencontre de Lothaire ou, en tout cas, d’attendre sa venue n'importe où il voudrait, pour ce motif surtout que, s’il commençait à changer de direction, tous prétendraient qu’il avait pris la fuite, qu’ainsi Lothaire et les siens redoubleraient d’audace et que ceux qui jusque-là étaient demeurés neutres, par crainte, afflueraient de tous
jusqu’au 10. Voir Lot et Halphen, Le règne de Charles le Chauve, t. I, p. 26.
2. Lothaire se trouvait le 12 mai en une localité appelée « Quinciaco villa », qui doit être Quincy (Meuse, arr. et cant. de Montmédy), à environ soixante kilomètres d’Attigny, où il délivra un diplôme en faveur de l’église de Crémone. Il venait d’Aix-la- Chapelle, où il avait célébré les fêtes de Pâques (17 avril). Voir plus haut, p. 60, et Bœhmer et Mühlbacher, 2° éd., n°% 1083 e et 1084, P- 439-440.
3. D'après les Annales de Fulda (année 841), Charles aurait d’abord sollicité le concours de Louis.