‹ Histoire des fils de Louis le Pieux, éditée et traduiteChapitre 70 sur 113 · CLÉMENCE DE LOUIS ET CHARLES · texte numérisé non relu

CLÉMENCE DE LOUIS ET CHARLES

du livre second, avais-je résolu en moi-même de clore défnitivement cet ouvrage. Mais, dans la crainte qu’induit en erreur d’une manière ou d’une autre, il nese trouvât quelqu'un pour entreprendre de raconter les événements de notre temps autrement qu'ils ne se sont passés, j’ai consenti à ajouter ce troisième livre sur les événements auxquels j’ai pris part.

[1.] Donc, le rude combat étant terminé, comme il a été dit, Louis et Charles se mirent à délibérer en plein champ de bataille sur ce qu’il fallait faire des fuyards. Certains, poussés par la colère, conseillaient de poursuivre les ennemis ; d’autres, surtout les rois, ayant pitié d’un frère et du peuple, souhaitaient charitablement, comme de coutume, que, punis par le jugement divin et leur défaite, ceux-ci se repentissent de leur insatiable cupidité et, avec la grâce de Dieu, devinssent à l’avenir unanimes à rechercher la véritable justice ; ils conseillaient en cette affaire de s’en remettre à la miséricorde divine. Le reste de l’armée y consentit, cessa le combat et le pillage ! et rentra au camp vers le milieu du jour, afin de délibérer sur le meilleur parti à prendre.

Immense fut le butin, immense le carnage, et la pitié, tant des rois que de tous les autres, fut d'autant plus admirable et digne d’éloge : car, pour diverses raisons, ils décidèrent qu'ils passeraient sur place le dimanche, et ce jour-là, après la messe, ils enterrèrent les morts, amis et ennemis, fidèles et infidèles, sans distinction‘, et secoururent

2. Selon les Annales de Fulda (loc. cit.), il y eut un tel massacre qu'on ne se souvenait pas en avoir vu de pareil chez les Francs. D’après Agnellus (loc. cit.) qui tenait ses renseignements de l’archevêque de Ravenne, Georges, témoin oculaire de la bataille (voir Annales de Saint-Bertin, loc. cit), il y aurait eu plus de 40,000 morts du côté de Lothaire et de Pépin. Ce chiffre paraît fort exagéré. Toutefois il est question de plusieurs milliers (multa millia) de morts dans un acte du duc breton Noménoé (Cartulaire de l’abbaye de Redon, publ. par A. de Courson, p. 359). Cf. Lot et Halphen, Le règne de Charles le Chauve, t. I, p. 35-36 et les notes.

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