Le 26 juin tomba effectivement un dimanche
4. Même détail dans les Annales de Saint-Bertin et les Annales de Fulda.
82 EPISCOPORUM CONCILIUM (26 jun. 841)
vivos eodem modo pro viribus ex animo refovebant. Post hos qui fuga evaserant miserunt, offerentes, si reverti sana fide vellent, omnia delicta remitti.
Post haec, reges populique, super fratre* populoque ? christiano: dolentes, percontari episcopos coeperunt, quid agere super hoc negotio deberent. Quamobrem unanimes ad concilium omnes episcopi confluunt inventumque in conventu publico est quod pro sola justicia et aequitate decertaverint et hoc Dei juditio manifestum effectum sit ac per hoc inmunis omnis Dei minister in hoc negotio haberi, tam suasor quam et effector, deberetur ; at quicumque, consciens sibi, aut ira aut odio aut vana gloria aut certe quolibet vitio quiddam in hac expeditione suasit vel gessit, esset vere confessus secrete secreti delicti et secundum modum culpe dijudicaretur. Verumtamen in veneratione ac laude tante declarationis justiciae ; pro remissione delictorum< mortuorum fratrum suorum (in eo quod inperfecti, peccatis intervenientibus, se noverant, ut in multis volentes nolentesque‘ delinquebant) ut suo adjutorio ab his exuti liberarentur”, insuper autem, uti actenus in justicia adjutor et protector illis& Deus extitit, ita ut deinceps ubique existeret, proque his omnibus triduanum jejunium inventum immoque libenter ac celebre celebratum est.
[?.] Hisita rebus‘ peractis, Lodhuwicus”’ ut Renum peteret decrevit ; Karolus autem diversis pro rebus et maxime propter Pippinum, ut illum sibi subdere studeret, in Aquitaniam ut proficisceretur ratum duxit. Nam Bernardus
a. fratris 4. — 6. que ajouié en interligne À. — c. Transcrit Xpistiano dans À. — d. delictis À : erreur évidente du copiste. — e. Fol. 10 v®, col. 2, de A.— f. liberantur corrigé en liberarentur À.
RÉUNION D'UN CONCILE (26 juin 841) 83
de même, avec dévoûment, selon leurs moyens, les blessés et les moribonds. Puis ils envoyèrent offrir à ceux qui avaient échappé par la fuite le pardon de toutes leurs fautes, s’ils voulaient revenir à eux sincèrement.
Après cela, les rois et leurs peuples, s’apitoyant sur le sort de leur frère et du peuple chrétien, commencèrent à consulter les évêques sur l’attitude à prendre en l’état actuel des choses. Alors tous les évêques furent d’accord pour se réunir en concile. En cette assemblée publique, il fut reconnu qu'on n’avait combattu que pour la justice seule et l'équité ; que cela avait été rendu manifeste par le jugement de Dieu et que, par conséquent, tout ministre du culte qui avait soit donné des conseils, soit joué un rôle actif en cette affaire, devrait être tenu pour innocent; mais que quiconque avait sciemment par colère, haine, vaine gloire ou quelque autre mauvais dessein, conseillé ou accompli quoi que ce fût de répréhensible au cours de cette expédition, devrait faire confession secrète de son péché et serait jugé d’après l’importance de sa faute. Et, pour donner une preuve éclatante des sentiments de justice qui les animaient, pour racheter les fautes de leurs frères morts (car ils se savaient tous imparfaits en raison des péchés qu’ils commettaient en beaucoup d’occasions, volontairement ou non), pour que, grâce à leur intervention, ils en fussent délivrés et, en outre, pour que Dieu, qui avait été jusque-là leur aide et leur protecteur dans leur œuvre de justice, le demeurât désormais en toute circonstance, pour tous ces motifs, un jeûne de trois jours fut prescrit et observé de bon gré et solennellement.
[2.] Cela fini, Louis décida de gagner le Rhin, tandis que Charles, pour diverses raisons, mais surtout à cause de Pépin qu'il voulait soumettre, jugea utile de partir pour l’Aquitaine. En effet, Bernard, duc de Septimanie, quoiqu'il ne fût
— g. ill. — h. Dei. — i. reor À, leçon maintenue par E. Müller dans son édition, mais qui n'offre aucun sens plausible. La correction rebus, que Pertz avait accueillie dans la sienne, paraît s’imposer. — j. Lodhuuicus corrigé en Lodhuuvicus À.
84 KAROLUS ET LODHUWICUS AB INVICEM DISCEDUNT (30 jun.)
dux Septimaniae, quanquam a loco praedicti proelii plus minus leuvas tres defuerit, neutri in hoc negotio supplementum fuit; victoriam autem ut Karoli esse didicit, filium suum Willelmum ad illum direxit et, si honores, quos idem in Burgundia habuit, eidem donare vellet', ut se 1lli commendaret praecepit. Insuper jactabat se posse necnon et aiebat quod Pipinum una cum suis Karolo foedere, quo valeret, subdere vellet. Quam legationem benigne excepit ? et, sicut postulaverat, per omnia concessit, monens ut de Pippino et suis quod promiserat*, in quantum posset, ut perficeretur operam daret.
Cumque adversa undique propulsa viderentur ac spes prosperitatis cuique hinc inde faveret, Lodhuwicus cum suis Renum petüt*, Karolus vero una cum matre Ligerim ? adiit*. Re‘ autem publica inconsultius quam oporteret 4 omissa, quo quemque voluntas rapuit perfacile omissus abscessit. Quod quidem Pippinus audiens, paulo ante desideratum cum illo foedus inire * distulit. Bernardus quidem ad illum venit sed ut illi se commendaret minime acquievit. Quidam tamen a” Pipino desciverunt ; et hoc tantum prefata expeditio Karolo profuit quod 1illos sibi foederatos recepit.
Interea Adhelardus ceterique quos Karolus ad Francos direxerat scire cupiens si ad illum reverti vellent, Carisiacum venientes, quo ill ut missos dirigeret mandaverant, perpaucos obviam habuerunt ; qui hoc dicebant, si idem Karolus ad praesens esset, ad illum venire minime
a. promiserant À. — b. Legerim A.—c. Res À. Le sens exige la correction re. — d. Fol. 11, col. 1, de A. — e. in irae À. — f. ap À.
1. Il s’agit de l'héritage de Thierri, frère de Bernard, oncle et parrain de Guillaume, dont l’empereur Louis le Pieux et, à sa suite, Charles le Chauve avaient été désignés comme gardiens jusqu’à la
CHARLES ET LOUIS SE SÉPARENT (30 juin 841) 85
éloigné du champ de bataille que de trois lieues, n’avait porté secours à personne en la circonstance ; mais, dès qu'il apprit la victoire de Charles, il lui envoya son fils Guillaume, en lui prescrivant de prêter l’hommage, si le roi acceptait de lui faire remise des bénéfices qu’il avait en Bourgogne!. En outre, il se vantait de pouvoir amener Pépin et ses partisans à conclure une paix durable avec Charles et ajoutait qu'il était prêt à s’y employer. Charles accueillit? la démarche avec bienveillance, accorda tout ce qui lui était demandé et pressa Bernard de s’employer de tous ses moyens à ce qu’il avait promis au sujet de Pépin et de ses gens.
Comme les difficultés paraissaient partout aplanies et que l'avenir leur souriait à tous deux, Louis se rendit sur le Rhin avec son armée, tandis que Charles, accompagné de sa mère, gagnait la Loire!. Négligeant ainsi l'intérêt public avec une déplorable légèreté, chacun se retira selon son bon plaisir. Et dès que Pépin en fut informé, il éluda le rapprochement qu'il avait sollicité peu auparavant ; Bernard se rendit bien auprès de lui, mais n’obtint pas sa soumission. Toutefois il y eut des défections, et l'expédition de Charles lui servit du moins à se créer quelques alliances.
Pendant ce temps, Alard et tous les autres que Charles avait adressés aux Francs pour savoir s’ils voulaient revenir à lui, se rendant à Quierzy, où ils avaient demandé qu’il envoyât ses députés, trouvèrent peu de monde en face d’eux. Ils disaient que, si Charles était présent, ils n’hésiteraient pas à venir à lui; autrement, ajoutaient-ils, ils ne savaient
majorité de Guillaume. Voir Histoire générale de Languedoc, nouv. éd., t. II, p. 275.
2. Le sujet de ce verbe est Charles, ainsi que le prouve la suite.
3. Son départ ne put avoir lieu que le 30 juin, après les trois jours de jeûne prescrits (27-29 juin), et nous le trouvons vers la mi-août à Salz, près Neustadt, dans une île de la Saal, en Franconie, puis à Heilbronn, sur le Neckar. Voir Annales de Fulda; Meyer von Knonau, p. 141 ; Bæœhmer et Mühlbacher, 2° éd., n° 1370, p. 573.
4. Charles passa au monastère de Saint-Benoît-sur-Loire, auquel il donna une riche chasuble qu'il avait enlevée à la chapelle de Lothaire à Fontenoy. Cf. les Miracles de saint Benoît, I, 41, éd. de Certain, p. 86; Lot et Halphen, ouvr. cité, p. 39.
86 « FRANCI » KAROLO SE SUBDERE DIFFERUNT (aug. 841)
differrent ; aliter autem nescire aiebant utrum viveret an non. Jactaverant enim hi qui partis Lodharï ? sentiebant in proelio Karolum cecidisse, Lodhuvicum vulneratum et fuga lapsum abisse. Quapropter inconsultum aiebant in incertis rebus aliquod foedus cum quolibet inire debere. At Guntboldus! ceterique coadunati supra praefatos Karoli missos irruere se simulabant et utique fecissent, si ausi essent. Quapropter ad Karolum Adhelardus et ceteri miserunt, mandantes ut, quantotius posset, venire satageret, quatinus et illis adjutorium praeberet et si Franci, uti aiebant, ad illum venire vellent scire posset. Ipsi vero Parisiacam civitatem adeunt, adventum Karoli praestolaturie.
Quod cum Karolo nunciaretur, protinus* his in partibus iter direxit?. Ad Sequanam*‘ autem ut pervenit, Adhelardum una cum ceteris in Spedonna obviam habuit, et quanquam propter conventum quod cum fratre in Lingonicam urbem kal. septembris/ condixerat, quoniam imminebat, anxius® esset, ratum duxit ut saltem citato cursu per urbem Belvacensem ac deinde per Compendium et Suessionis, hinc per Remensem * et Cadelonensem, Lingonicam peteret urbem, quatinus eo tenore id quod cum fratre statuerat observare studeret, et, si quilibet e Francis ad illum venire’ vellet, posset. Franci vero, eandam paucitatem quam et Aequitanii spreverant spernentes, variis fictionibus 1illi se per praesens subdere distulerunt.
Quod ut Karolus cognovit, praefatum iter accelerare/ coepit. Cumque Suessonicam peteret urbem *, monachi de
a. Sic dans À. — b. Lodhadharii 4. — c. praestolari À. — d. Fol. 11, col. 2, de A. — e. Sequonam 4. — f. sëp À. — g.ancxius À. — h. Remensim corrigé en Remensem À. — 1. veniret corrigé en venire À. — j. accelere À.
ATTITUDE EXPECTANTE DES « FRANÇAIS » (août 841) 87
pas s’il vivait ou non. Les partisans de Lothaire avaient, en effet, répandu le bruit que Charles avait péri dans le combat et que Louis, blessé, avait pris la fuite. C’est pourquoi ils déclaraient imprudent, dans l'incertitude où ils se trouvaient, de conclure un traité avec qui que ce fût. Et même Gombaud ! et tous les autres réunis faisaient mine de se jeter sur les envoyés de Charles, et ils l’auraient fait s’ils avaient osé. Aussi Alard et ses compagnons envoyèrent-ils demander à Charles de venir aussi vite que possible leur porter secours et se rendre compte si les Francs voulaient venir à lui, comme ils le disaient. Puis ils se rendirent en la cité de Paris pour attendre l’arrivée de Charles.
Aussitôt informé, Charles partit dans cette direction*, et, à peine arrivé à la Seine, il rencontra Alard avec ses compagnons à Épôneï. Quoiqu'il fût préoccupé de l’imminence de l’entrevue qu'il était convenu d’avoir avec son frère, fixée à Langres aux calendes de septembre, il jugea bon, tout au moins, de faire un détour rapide par Beauvais, Compiègne, Soissons, puis de gagner Langres par Reims et Châlons, afin tout à la fois d'observer ce qu’il avait décidé avec son frère et de permettre aux Francs qui voudraient venir à lui de le faire. Mais ceux-ci, méprisant cette poignée d'hommes, comme l’avaient fait les Aquitains, différèrent leur soumission sous divers prétextes.
Dès que Charles s’en aperçut, il accéléra sa marche; et, comme il gagnait Soissonsi, les moines de Saint-Médard