Allusion à la bataille de Fontenoy
6. Cf. Annales de Saint-Bertin, année 847 : « Karolus Loticiam Parisiorum regressus, transito Sequanae flumine, Hlotharii molitionibus diu obsistit. »
7. Ces Saxons étaient recrutés parmi les éléments révoltés contre Louis. Voir Annales de Fulda et de Saint-Bertin, année 841.
8. Septembre-octobre 841. Cf. Bœhmer et Mühlbacher, 2° éd., n° 1088 c, p. 445.
Nithard, 8
94 USQUE AD S. DIONYSIUM LODHARIUS PROCEDIT (oct. 841)
praestabat*. Quamobrem jactabant se sui facile transire posse et hoc utique simulabant se maxime ? velle.
Ergo Karolus quosdam Parisium et° Milidonem custodiri praecepit, quosdam vero ubicumque vada vel navigla esse noverat residere fecit ; ipse vero e regione Sanct: Dyonisii juxta Sanctum Fludualdum castra in meditullio posuit ‘, ut et Lodhario, si ita oporteret, transitum prohibere aut, si alicubi super suos irruere vellet, illis succurrere posset. Et ut perfacile dinosceretur quo in loco adjutorium praeberi deberet, more maritimo signa in locis congruis atque custodias deputavit. Insuper autem Sequana, mirabile dictu, dum nos nusquam eo in tempore infra duos menses pluvias esse novimus, repente aere sereno tumescere coepit ac sponte his in locis vada ubique prohibuit.
Cumque haec ita se° haberent, cernens Lodharius transitum inibi undique sibi prohibitum ‘ ?, eo tenore cum Karolo pacem inire se velle mandavit ut foedus quod Karolus cum fratre suo Lodhuvico sacramentis firmaverat omisisset, et ille econtra foedus quod cum Pippino nepote suo similiter &£ sacramentis firmaverat omitteret ; et haberet Karolus a Sequana partem occiduam absque Provincia et Septimania”, essentque quasi pace perpetua/ foederati. Re autem vera sic se utrosque facilius decipere posse putabat omneque * imperium hac arte invadere sperabat.
At Karolus respondit se! foedus quod cum fratre suo, necessitate coactus, inierat minime violare velle ; insuper ut a Mosa ” usque Sequanam regnum quod pater illi dede-
a. praestebat corrigé en praestabat 4. — b. mexime corrigé en maxime À. — c. Parisius corrigé en Parisium et 4. — d. Fol. 12, col. 1, de A. — e. Mot omis dans À et dont la restitution s'impose.
— f. proibitum corrigé en prohibitum À.— g. Mot ajouté en interligne A. — h. Provinciam et Septimaniam À, ce qui est impos-
LOTHAIRE ATTEINT SAINT-DENIS (octobre 841) 95
pourquoi ses partisans se flattaient de pouvoir la traverser aisément et ils affectaient de tenir beaucoup à le faire.
Charles laissa donc quelques hommes pour garder Paris et Melun, en posta d’autres partout où il savait qu'il y avait des gués et des bateaux ; puis il alla lui-même placer son camp en un point central, auprès de Saint-Cloud !, sur la rive opposée à celle où se trouve Saint-Denis, afin de pouvoir, le cas échéant, empêcher le passage de Lothaïre ou secourir les siens, si celui-ci voulait les attaquer quelque part. Et pour qu'il sût facilement en quel point il faudrait porter secours, il plaça aux points convenables des signaux et des veilleurs, selon les usages de la navigation. Là-dessus, chose vraiment extraordinaire, alors que nous savions qu’il n’était tombé de pluie nulle part depuis deux mois, la Seine commença à monter, par un ciel sans nuages, et rendit les gués impraticables partout aux alentours.
En présence de ce fait, voyant que le passage lui était devenu de tous côtés impossible?, Lothaire envoya dire qu'il voulait bien conclure la paix avec Charles, à la condition que celui-ci romprait l'alliance qu'il avait promise sous serment à son frère Louis et que lui, d’autre part, annulerait le pacte qu'il avait aussi conclu sous ia foi du serment avec son neveu Pépin. Charles aurait le territoire à l’occident de la Seine, moins la Provence et la Septimanie, et ils seraient comme liés par une paix perpétuelle. En réalité, il pensait ainsi pouvoir tromper plus facilement ses deux frères, et espérait par cette ruse s'emparer plus aisément de tout l'empire.
Mais Charles répondit qu'il n’entendait nullement violer le traité qu'il avait conclu avec son frère par nécessité, et qu’en outre il ne lui paraissait pas possible d'abandonner à Lothaire le pays de la Meuse jusqu’à la Seine, qu'il tenait de
sible grammaticalement. — i. que À.— j. petua (sic) À. — k. omnemque À.—[. respondisse corrigé en respondise À.— m.Mosam 4.
1. C’est pendant ce passage à Saint-Cloud, le 18 octobre, d'après le synchronisme donné plus haut (p. 77), que Nithard rédigea le récit de la bataille de Fontenoy.
2. Même expression dans les Annales de Saint-Bertin, année 84x, éd. Waitz, p. 26 : « Hlotarius transpositione fluvii prohibitus.… »
96 PACEM LODHARIUS REFUTAT (octobre 841)
rat nequaquam congruum videretur ut ill obmitteret, praesertim cum tanta nobilitas illum secuta de his regionibus esset, quos in sua fide deceptos esse minime oporteret. Quamobrem, quoniam hiemps aderat, haberet quique honores quos pater illis dederat, si* vellet, mandavit, donec veris tempore, vellent cum paucis, vellent cum omni comitatu, omnes conveniant et, ni” statutis aut statuendis concordia concurrat, quid cuique debeatur armis decernant. Quae quidem Lodharius more solito sprevit et a Sancto Dionysio obviam Pippino, qui ab Aquitania ad illum veniebat, Senones iter direxit ! ;: Karolus autem econtra qualiter Lodhuvicum in adjutorium suum recipere posset intendit.
[4.] Interea nunciatum est Karolo quod soror sua Hildigardis? Adelgarium* quendam: ex suis captum haberet et in urbe Laudunensi una secum custodiri fecisset. Qua pro re expeditos ad hoc opus Karolus sibi delegit ac protinus, decedente * jam die {, his in partibus festinus perrexit ; distabat enim urbs eadem plus minus leuvas xxx'e, Per totam siquidem noctem iter faciens impediente gelu praevalido, hora fere diei tercia * insperate subito sorori et civibus cum infinita multitudine nunciatur Karolus
a. Fol. 12, col. 2, de A. — b. ne 4.— c. quandam corrigé en quendam 4. — d. decendente À.
1. Le 21 octobre, Lothaire était à Bonneuil-sur-Marne (Seine, arr. de Sceaux, cant. de Saint-Maur-des-Fossés, où il passa probablement la Marne, pour gagner Sens par le Morvois et Pont-sur- Seine. Cf. Bæœhmer et Mühlbacher, 2° éd., n°8 1088 c, d, 1090 a, b, c, p. 446 ; Lot et Halphen, Le règne de Charles le Chauve, t. I, p. 45, n. 5.
2. Fille de Louis le Pieux et d'Ermengarde, donc demi-sœur de Charles. Cf. Witger, Généalogie d'Ayrnoul, comte de Flandre (Mon. Germ. hist., Scriptores, t. IX, p. 303). On suppose qu'elle était
LOTHAIRE REFUSE LA PAIX (octobre 841) 97
son père, surtout après avoir été reconnu par une si grande partie de la noblesse de ces régions, dont la fidélité méritait de n'être pas déçue. En conséquence, il lui proposa, puisque l'hiver approchait, que chacun gardât provisoirement, s’il le voulait bien, les « honneurs » que leur père leur avait attribués jusqu’à ce qu'ils pussent se réunir tous, au printemps, accompagnés, à leur choix, soit de peu de monde, soit, au contraire, de tous leurs fidèles ; et alors, s’ils ne pouvaient se mettre d'accord pour le maintien du sfatu quo ou pour un nouveau règlement, ils décideraient par les armes ce qui devrait revenir à chacun. Lothaire, à son habitude, méprisa ces paroles et, quittant Saint-Denis, se dirigea sur Sens à la rencontre de Pépin, qui venait d'Aquitaine à son secours !. Charles, de son côté, avisait aux moyens à employer pour recevoir l’aide de Louis.
[4.] Sur ces entrefaites, on annonça à Charles que sa sœur Hildegarde1 s'était saisie de l’un de ses fidèles, Augier à, et le faisait garder à vue auprès d'elle, à Laon. En conséquence, il choisit donc des hommes éprouvés et se dirigea aussitôt en toute hâte vers cette région, à la tombée du jour! : car la cité de Laon n’était éloignée que de trente lieues environ. Il voyagea toute la nuit, malgré une très violente gelée, et à la troisième heure, on annonça tout à coup à sa sœur etaux habitants son arrivée inopinée, avec une multitude innombrable d'hommes d'armes prêts à cerner la ville. Épouvantés
abbesse de Notre-Dame de Laon. Cf. Meyer von Knonau, op. cit., p. 102, n. 188.
3. Sur ce personnage, voir plus haut, liv. II, ch. 11, p. 41.
4. Peut-être y a-t-il là une réminiscence du vers de Virgile (Géorgiques, IV, 466) :
Te veniente die, te decedente canebat.
5. C'est-à-dire à neuf heures du matin. — On peut se demander s’il n'y aurait pas lieu de corriger l’indication d'heure, car, comme on l’a observé (Lot et Halphen, Le règne de Charles le Chauve, t. I, p. 45, n. 11), la chevauchée de Charles aurait été bien rapide et, de plus, il est dit plus loin que les habitants de Laon, se croyant assiégés par une forte armée, demandèrent la paix « la même nuit », comme si Charles était arrivé le soir à la tombée du jour.
98 LAUDUNI HILDEGARDIS INSURGIT (oct. 841)
adesse, omnisque urbs militibus circumdata* fore. Quo quidem nuncio exterriti, quoniam nec evadendi nec aderat spes moenia tuendi, pacem sub una eademque nocte petunt, Adelgarium confestim reddunt et ut se urbemque ? absque confilictu in crastinum dedant cum omni subjectione promittunt.
Dum haec agerentur, milites moram hujus rei graviter ferentes, insuper laboris tedio quod praeterite noctis passi fuerant permoti, in excidium urbis ruere undique coeperunt ° ; essetque procul dubio protinus flammis rapinisque tradita, ni idem Karolus, misericordia super ecclesiarum Dei sororisque necnon et populi christiani* permotus, minis atque blanditiis horum animos maximo labore compescere studuisset. Quos cum abscedere fecisset, ut soror postulaverat concessit et Salmonciacum ab urbe discessit !. Crastina quoque die Hildigardis ad fidem suam, sicut spoponderat, venit urbemque inlesam et absque conflictu sui juris restituit. Sororem suam siquidem Karolus benigne excepit et omnia quae actenus erga illum deliquerat ill donavit multisque verbis blande illam allocutus omnem benignitatem quam fratrer sorori debet, si deinde benivola erga illum esse vellet, ei perhumane promisit ac quo voluit illam abire concessit. Urbi sua jura statuit et ad suos, quos circa Parisium omiserat, his ita peractis, rediit ?.
Senones autem Lodharius Pippino recepto, quid agere deberet anxius erat. Nam Karolus partem exercitus Sequanam trajecit et in saltum qui Pertica vulgo dicitur direxits. Quos quoniam Lodharius vel se vel suos impedire timuit, primum insectari statuit*. Qua quidem re
a. circuidata À. — b. urbem quae 4. — c. Fol. 12 v®, col. x, de À. — d. Transcrit Xpistiani dans À.
1. Samoussy (arr. de Laon, cant. de Sissonne) est à huit kilomètres de Laon.
RÉVOLTE D’HILDEGARDE A LAON (octobre 841) 99
par cette nouvelle, car ils n’avaient ni la possibilité d'échapper ni celle de défendre leurs remparts, ils demandèrent la paix cette nuit-là même, rendirent immédiatement Augier et promirent humblement de se remettre eux-mêmes et leur ville à Charles dès le lendemain, sans résistance.
Pendant ce temps, les hommes d’armes, supportant avec peine cette attente et, en outre, las des souffrances qu'ils avaient endurées toute la nuit, commencèrent à se ruer de toutes parts à l’assaut de la ville ; et celle-ci aurait été rapidement mise à sac et incendiée si Charles, pris de pitié pour les églises de Dieu, pour sa sœur et pour le peuple chrétien, n’était parvenu, non sans peine d’ailleurs, à calmer leurs esprits par des menaces et des promesses. Lorsqu'il les eut amenés à se retirer, il s’éloigna de la ville, comme sa sœur l’avait demandé, et se rendit à Samoussy !. Le lendemain, Hildegarde vint se mettre sous sa protection, ainsi qu’elle l’avait promis, et lui remit la ville intacte sans contestation. Charles reçut sa sœur avec bienveillance et lui pardonna tous ses manquements jusqu’à ce jour ; il lui promit avec beaucoup de bonté, par nombre de paroles aimables, toute l’indulgence qu’un frère doit à une sœur, si elle consentait à lui rester désormais fidèle, et il lui permit d’aller librement où elle voudrait. Il dicta ses conditions à la ville de Laon et, cela fait, retourna vers ses gens, qu'il avait laissés près de Paris.
Cependant Lothaire, ayant reçu Pépin à Sens, se demandait avec anxiété ce qu’il devait faire. Car Charles avait fait passer la Seine à une partie de ses soldats et se dirigeait vers la région boisée qu’on appelle communément le Perches. Lothaire, craignant que ces derniers pussent le gêner, lui ou les siens, décida d’abord de les poursuivre. Il espérait ainsi
2. Le 6 novembre 841, Charles était à Saint-Denis. Cf. Lot et Halphen, Le règne de Charles le Chauve, t. I, p. 46.
3. Il est fait allusion au passage de Charles en Perche dans un diplôme pour l’abbaye de Moutiers-Saint-Lomer. Cf. Tbid., p. 46, D, 6.
4. Lothaire alla saccager le Maine. Cf. Annales de Saint-Bertin, année 841.
100 NEUSTRIAM LODHARIUS PERVAGATUR (nov.-dec. 841)
sperabat se et hos facile delere et hoc terrore sibi residuos subjugare maximeque Nominoium Brittannorum ducem suo subdere dominatui posse. Sed frustra haec omnia expleturus adüt, dum nihil horum ad effectum perduxit. Nam exercitus* Karoli omnis ab eo salvus evasit, insuper ex suis neminem recepit ; et Nomenoius omnia que illi mandaverat insolenter sprevit'. His ita se habentibus, repente nuntium accepit quod Lodhuvicus et Karolus una cum ingenti exercitu alter alteri studeret ; cumque se undique rebus adversis circumseptum videret, maximo ambitu inaniter expleto, a Turones® redire coepit et fatigato exercitu tandem fessus Franciam pervenit?. Pippinus autem, quod se ill sociaverat penitudine correptus, Aquitaniam se recepit.
Interea audiens Karolus quod Otgarius® Maguntiae sedis? episcopus una cum ceteris Lodhuwico® fratri suo transitum ad se prohibuisset $, iter per Tullensem urbem accelerans, Elisazam ad Zabarnam introiit { ; quod cum Otgarius didicisset, una cum ceteris, litore relicto, abiit et quo quisque valuit ocius se abdidit.
[6.] Ergo xvi kal. marciüi* Lodhuvicus et Karolus in civitate que olim Argentaria$ vocabatur, nunc autem Straz-
a. Fol. 12 v9, col. 2, de A. — b. Sic dans À, ce qui semblerait une erreur pour Turonis; mais H. Prümm, Sprachliche Untersuchungeu zu Nithardi Historiarum libri quattuor (Dissert. de l'Université de Greifswald, 1910), p. 80, admet une forme Turones indéclinable, comme Senones plus haut, p. 98. — c. Ogarius corrigé en Otgarius À. — d. sidis corrigé en sedis À. — e. Lodhuivico À.
1. Sur l'attitude de Noménoé, qui cherchait avant tout à assurer son indépendance, voir plus haut, p. 53, n. 2, et dans le Cartulaire de Redon (éd. A. de Courson, p. 89), la formule de date d’un acte de 842, qui indique bien la situation : « regnantibus filiis Ludowici imperatoris et fiente turbatione inter ipsos Nominoeque possidente Britanniam. »
CAMPAGNE DE LOTHAIRE EN NEUSTRIE (nev:-déc.84Ë) Tor. -
facilement les anéantir, réduire les autres par intimidation et surtout soumettre à sa domination le duc des Bretons Noménoé. Mais ce fut en vain qu'il tenta d’exécuter tous ces projets : il n’en put mettre aucun à exécution, car l’armée de Charles lui échappa tout entière, sans aucun dommage, et il ne put en détacher personne ; quant à Noménoë, il repoussa avec dédain toutes les ouvertures qu’il lui fit{. Les choses en étaient là lorsqu'il reçut tout à coup la nouvelle que Louis et Charles, chacun avec une armée nombreuse, cherchaïient à opérer leur jonction ; et, comme il se voyait de tous côtés entouré de difficultés, ayant fait un très grand circuit inutilement, il commença à battre en retraite hors de Touraine et, son armée étant épuisée, il parvint fatigué lui-même en « France »°, tandis que Pépin, pris de regret de s’être allié avec lui, se retirait en Aquitaine.
Pendant ce temps, Charles apprit qu’Ottokar, archevêque de Mayence, s'était opposé avec plusieurs autres au passage du Rhin par son frère Louis, qui avait voulu le rejoindre ; il accéléra donc sa route par Toul et entra en Alsace, à Savernei. Lorsqu'Ottokar en fut informé, il se retira aussitôt avec tous ses acolytes, abandonnant la rive du fleuve, et chacun se cacha au plus vite où il put.
[b.] Donc, le 16 des calendes de mars, Louis et Charles se réunirent en la cité qui jadis s'appelait Aygentariaÿ, mais
2. À Paris d’abord, puis à Aix-la-Chapelle. Voir Annales de Saint-Bertin, de Fulda et de Xanten (Bœhmer et Mühlbacher, 2° éd., n° 1090 e, f, g, p. 446).
3. Charles, qui avait passé la Noël à Châlons-sur-Marne, s'était avancé jusqu’en Auxois (pays d’Avallon), où il attendait sans doute Louis, quand il apprit l'offensive de l’évêque Ottokar de Mayence. Voir Lot et Halphen, Charles le Chauve, t. I, p. 47.
4. Cf. Annales de Saint-Bertin, ann. 842 : « Vosegi saltu transposito. »