ENTENTE FRATERNELLE DE LOUIS ET CHARLES IIL
Lorsque Louis et Charles furent arrivés à Worms, ils désignèrent des messagers, qu’ils envoyèrent aussitôt à Lothaire et en Saxe’, et décidèrent d’attendre leur retour, ainsi que la venue de Carloman, entre Worms et Mayence.
[6.] Ici aussi 1l n’est pas hors de propos, et il me paraît agréable et utile, de rapporter quelques détails sur la valeur personnelle de ces rois et l'entente dans laquelle ils vécurent.
L'un et l’autre étaient de taille moyenne, beaux, élégants et aptes à tous les exercices ; l’un et l’autre étaient hardis, généreux, sages et éloquents ; et la concorde qui régnait, sacrée et respectée, entre ces deux frères, surpassait encore toutes ces nobles qualités. Car ils prenaient presque continuellement leurs repas ensemble, et tout ce qu'ils avaient de précieux ils se le donnaient l’un à l’autre libéralement. La même demeure les abritait pour manger et pour dormir; ils traitaient avec le même accord les affaires communes et privéesi; chacun ne demandait à l’autre que ce qu’il pensait pouvoir lui être utile.
Souvent aussi ils se réunissaient pour procéder à des jeux dans l’ordre suivant. On s’assemblait en un lieu pouvant convenir à ce genre de spectacle, et toute la foule se rangeait sur chaque côté. Tout d’abord, les Saxons, les Gascons, les Austrasiens, les Bretons se précipitaient en nombre égal, d’une course rapide, les uns contre les autres, comme s'ils voulaient en venir aux mains; puis une partie d’entre eux faisait volte-face et, se protégeant de leurs boucliers, ils fei-
1. Nous avons vu (p. 109, n. 2) que Charles s’y trouvait, en tout cas, le 24 février 842.
2. Même indication en ce qui concerne Lothaire seulement dans les Annales de Saint-Bertin, année 842.