Voir liv. I, ch. 1V, p
LOUIS ET CHARLES SE PARTAGENT L'EMPIRE (mars 842) 119
Considérant donc les agissements de Lothaire depuis le début, comment il avait chassé son père de son empire !, combien de fois il avait contraint par sa cupidité le peuple chrétien à se parjurer, combien de fois il avait lui-même violé ses engagements envers son père et ses frères, combien de fois, depuis la mort de son père, il avait tenté de spolier et d’anéantir ces derniers, combien d’homicides, d’adultères, d’incendies et de crimes de toute espèce l'Église universelle avait subis à cause de son abominable avidité, considérant, en outre, qu'il ne possédait pas la science de gouverner et qu’on ne pouvait trouver aucun indice de bonne volonté dans son administration, ceux-ci, pour toutes ces raisons, déclarèrent que ce n'était pas à tort, mais en vertu d’un jugement équitable du Dieu tout-puissant, qu'il avait pris la fuite, d’abord du champ de bataille? et ensuite de son propre royaume.
Il parut donc à tous, unanimement, que la vengeance divine l'avait écarté à cause de ses forfaits et avait attribué le gouvernement de l’empire à ses frères, meilleurs que lui. Mais, cependant, ils ne reconnurent définitivement le droit de ces derniers qu'après leur avoir demandé publiquement s'ils voulaient gouverner en suivant les traces de leur frère expulsé ou, au contraire, selon la volonté de Dieu. Et comme ceux-ci répondirent qu'ils voulaient, eux et les leurs, gouverner et régner selon cette volonté, dans la mesure où Dieu leur en donnerait savoir et pouvoir, les évêques ajoutèrent : « De par l'autorité divine, nous vous engageons, exhortons et enjoignons de recueillir ce royaume et de le gouverner selon la volonté de Dieu‘. »
Par suite, chacun d’eux choisit douze des siens pour cette
2. Allusion à la bataille de Fontenoy, où Lothaire fut contraint d'abandonner le champ de bataille (voir p. 78).
3. Même expression que dans les Serments de Strasbourg (p. 105).
4. Cette formule, comme celle que nous avons ci-dessus rapprochée des Serments de Strasbourg, laisse à penser que Nithard a eu à sa disposition les actes mêmes du synode.