LE PEUPLE SAXON
besogne, et j’en étais ; et ils acceptèrent les parts qu’il nous parut convenable d’assigner à chacun d’eux. Dans ce partage, on tint moins compte de la fertilité ou de l'égalité des parts que des affinités et des convenances de chacun!. Et à Louis échut toute la Frise, etc... à Charles, d’autre part...?.
[2.] Cela fait, chacun d’eux reçut le peuple qui devait lui obéir et se l’attacha par serment pour qu’il demeurât fidèle. Puis Charles traversa la Meuse, pour mettre de l’ordre dans son royaume, et Louis gagna Cologne à cause des Saxonsi.
Des événements très importants, à mon sens, s'étant déroulés chez ce peuple, il n’est pas possible de les passer sous silence. Les Saxons, comme chacun le sait en Europe, ont été arrachés avec beaucoup de mal au vain culte des idoles et convertis à la vraie religion chrétienne de Dieu par Charles, surnommé, non sans raison, le grand empereur par toutes les nationsÿ. Depuis l’origine, ils ont maintes fois prouvé qu'ils étaient aussi nobles que prompts à la guerre. Cette nation est tout entière divisée en trois classes : les uns qui, dans leur langue, sont appelés etheling, les autres friling et d’autres enfin laz, ce qui en latin signifie nobiles (nobles), ingenuiles (hommes libres) et serviles (serfs)6. Mais la classe qui, chez eux, est considérée comme noble était divisée elle-
1. Les Annales de Fulda, année 842, mentionnent aussi ce partage, sans en donner le détail. Tout ce que l’on peut dire, c'est qu’il semble que la Meuse continua à marquer la frontière occidentale du royaume attribué à Charles, lequel dut être dédommagé du nord, cédé à Louis, par des avantages en Bourgogne et Provence. Cf. Lot et Halphen, Charles le Chauve, t. I, p. 53.
2. Cette double lacune « semble indiquer que Nithard lui-même avait laissé en blanc ce passage » (Lot et Halphen, #bid., p. 53, n. 5).
3. Charles célébra les fêtes de Pâques (2 avril) au palais de Herstal. Cf. Zbid., p. 54.
4. Louis célébra les fêtes de Pâques à Cologne, d’où il alla pacifier les Saxons. Cf. Bœhmer et Mühlbacher, 2° éd., n° 1371 a, p. 575; Dümmler, Geschichte des ostfrænkischen Reiches, 2° éd., t. I, p. 178-170.