‹ Histoire des fils de Louis le Pieux, éditée et traduiteChapitre 97 sur 113 · Le 5 novembre · texte numérisé non relu

Le 5 novembre

3. Grammaticalement, la date du 5 novembre donnée ici s’applique au jour de la translation des restes d’Angilbert, père de Nithard, que ce dernier devait connaître très exactement et qui est, du reste, reproduite par Hariulf (Chronique de Saint-Riquier,

CONFÉRENCE DE SAINT-CASTOR (octobre 842) 139

ment, ils se retirèrent, de part et d'autre, dans le camp d’où ils étaient venus.

Ensuite tous les représentants de Lothaire se réunirent dans la même maison, disant qu'ils étaient prêts au serment et au partage, comme on l'avait juré ; de leur côté les représentants de Louis et de Charles déclarèrent qu'ils ne demandaient pas mieux, si cela était possible ; et finalement, comme ni les uns ni les autres n’osaient accepter ce que de l’autre côté on demandait, sans l’assentiment de leurs seigneurs, ils décidèrent qu’il y aurait trêve entre eux jusqu'à ce qu'ils pussent savoir ce que ceux-ci voudraient admettre ; et comme il leur parut qu’ils le pourraient aux nones de novembre 1, ils fixèrent à cette date le terme de la paix et se séparèrent.

Ce jour-là précisément, un grand tremblement de terre eut lieu dans presque toute la Gaule et, le même jour aussi, se fit la translation d’Angilbert, homme illustre, à Saint- Riquier ; vingt-neuf ans après sa mort, il fut retrouvé, le corps intact, sans avoir été embauméÿ. C'était un homme issu d’une famille assez en vue à l’époque. Madhelgaud, Richard et lui appartenaient à la même race et ils étaient, à juste titre, tenus en grande estime par Charlemagne. De la fille de ce grand roi, appelée Berthe, qu'il épousa, il eut Hartnid6é, mon frère, et moi Nithard. Il construisit à Centule

III, 5, éd. Lot, p. 101), mais Nithard s'est trompé de quelques jours pour le tremblement de terre, qui eut lieu en réalité le 24 octobre, d’après la Chronique de Saint-Wandrille, année 842 : «1x kal. novembris, feria tertia, hora noctis prima, terrae motus validus extitit..… » La confusion était facile entre «non. novemb. » et «nono kal. novemb. ». Traube (Poetae latini aevi Carolini, t. III, p. 268, n. 4) et E. Müller (éd. de Nithard, p. 47, n. 2) ont repoussé avec raison, semble-t-il, l'opinion de Meyer von Knonau (p. 110, n. 292) tendant à placer la translation d’Angilbert au 24 octobre, date encore admise par Halphen, Charles le Chauve, t. I, p. 59, n. 2.

4. Angilbert mourut le 18 février 814. Cf. Micon, Épitaphe d'Angilbert, vers 3 (Poctae latini aevi Carolini, t. III, p. 314).

5. Voir Micon, Épitabhe d'Angilbert, vers 9 et 10; Translation d'Angilbert (Mabillon, Acta sanctorum ordinis S. Benedict. saec. IV, pars I, p. 121, 128).

6. On remarquera que le nom du frère de Nithard, Hartnid, correspond à l'anagramme du sien.

140 COLLOQUIUM APUD TEOTONIS VILLAM HABITUM (nov.)

genuit. Centulo opus mirificum in honore omnipotentis Dei sanctique Richarüi construxit', familiam sibi commissam mirifice rexit, hinc vitam cum omni felicitate defunctam Centulo in pace quievit.

His paucis de origine mea delibatis?, ad historiae seriem # redire libet.

[6.] Cum autem, uti praefatum est, reversi quique regi suo quae invenerant nuntiassent, hinc inopia, hinc hieme instante, hinc etiam quod primores populi, degustato semel periculo, iterum praelium nolebant ac, per hoc, ut pax inter illos usque in vigesimo die post missam sancti Johannis° firmaretur assentiunt. Ad quam statuendam hinc inde primates‘ populi Teotonis villam confluunt, jurant ut ipsi reges inter se interim mutuam pacem servare / deberent£ et ut nequaquam quolibet modo omitteretur * ne’ in eodem conventu, ut aequius possent, omne” regnum dividerent essetque Lodharii, uti* juratum fuerat, partium electio ejusdem regni. Hinc quique qua libuit discessit et Lodharius Aquis hiematum petiit#, Lodhuvicus Baioariam*, Karolus autem uxorem ducturus Carisiacum venitf.

Eodem tempore Mauri, a! Sigenulfo fratre”* Sigihardi?

a. Ricarii corrigé en Richariïi 4.— b. serem corrigé en seriem À. — €. Thannis corrigé en Iohannis 4. — d. stutuendam corrigé en Statuendam 4.— e. primatus 4.— j. servari 4.— g. deberænt corrigé en deberent A.— h. Fol. 17 u®, col. 1, de A. — i. ni À. — j. omnem 4. — k. Mot repassé maladroitement à l'encre au À VIE siècle, de telle façon qu’on lirait actuellement viti 4. — 1. Mot ajouté en interligne À. — m. fratris À.

1. L'abbaye de Saint-Riquier, anciennement appelée Centule. Cf. le petit livre composé par Angilbert lui-même sur la construction de cette abbaye (Mon. Germ. hist., Scriptores, t. XV, p, 174).

2. Nithard s’est servi exactement de la même expression plus haut, Liv. III, ch. v, p. 108. Il paraît, nous l’avons dit, l’avoir empruntée à Paul Diacre.

RÉUNION DE THIONVILLE (novembre 842) 141

un chef-d'œuvre admirable en l’honneur du Dieu tout-puissant et de saint Riquier! ; il dirigea parfaitement la famille qui lui était confiée et termina sa vie en toute félicité, puis reposa en paix à Centule.

Ces quelques mots dits sur mes origines?, je m'empresse de reprendre la suite de mon récit.

[6.] Lorsque les envoyés, revenus auprès de leurs rois, ainsi qu'on l’a dit, eurent annoncé ce qu'ils avaient proposé, la disette et l'hiver devenant menaçants et les premiers du peuple, qui avaient déjà affronté une première fois les périls du combat, ne voulant pas recommencer, on fut d’avis de prolonger la trêve jusqu'au vingtième jour après la saint Jean. Pour la conclure, les grands des deux camps se réunirent à Thionville‘ ; ils jurèrent que les rois respecteraient mutuellement la paix entre eux et qu’ils ne manqueraient sous aucun prétexte de procéder, au cours de cette assemblée, le plus équitablement qu'ils pourraient, au partage de tout l’empire, le choix des parts revenant à Lothaïire, comme on l'avait juré. Ensuite, chacun s’en alla où 1l lui plut, et Lothaire se rendit à Aix pour hivernerÿ ; Louis gagna la Bavière, et Charles vint à Quierzy pour se marier.

Dans le même temps, les Maures, amenés à prix d’argent par Sigenolf, frère de Sigehard7, attaquent Bénévent. Et au

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