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XI. — l'armée française

Il est une ville qui voulait être impériale, mais qui ne voulait pas être à l'empereur, et qui, avec une obstination historique, se battit victorieusement contre lui : c'est Metz, où j'ai déjà passé quelques jours, où je compte en passer quelques autres.

Ce matin, je sortais de la place d'armes, j'ai été aussitôt forcé d'y rentrer : deux belles compagnies d'infanterie venaient vers moi; elles tenaient toute la rue; ensuite j'ai été forcé d'y

rester, à cause du plaisir que j'avais à les voir

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s'exercer. D'abord ce n'a été que les commandements français ordinaire :

Haut l'arquebuse !

Bas l'arquebuse!

Chargez !

Prenez le pulverin !

Amorcez !

Prenez la mèche !

Mettez la mèche au serpentin !

Compassez la mèche !

Soufflez la mèche et ouvrez le bassinet!

Enjoué I

Tirez \

Mais bientôt le capitaine a montré tant d'application et d'habileté, que lorsqu'il s'est retiré je l'ai suivi. Il est entré, je suis entré dans une auberge; il s'est dépouillé de sa pesante armure, même de son hausse-col, de ses épaulières ou épaulettes, et il n'a gardé que sonjuste-au-corps.

La table était dressée : il a demandé un couvert, j'en ai demandé un autre. Je me suis placé à côté de lui, et, comme il m'avait remarqué sur la place d'armes, notre connaissance s'est trouvée déjà commencée. Après plusieurs compliments réciproques et de politesse et de bienveil-

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lance, je lui ai avoué avec plaisir comment j'étais entré dans cette auberge ; je lui ai aussi dit franchement quel était l'objet de mon voyage en France. Je lui ai fait part de mes observations sur les troupes françaises. Il m'a demandé si j'étais homme de guerre. Je lui ai répondu que je l'avais été dans ma première jeunesse; je ne lui ai pas caché les raisons qui m'avaient engagé à cesser de l'être. A son tour, il m'a parlé de lui; il m'a appris quelle était sa famille, et par quels motifs il avait pris l'état militaire.

L'infanterie française. — Je suis né, m'a-t-il dit, dans un village nommé Chénevières, au pied du Cantal.

Mon père n'était noble que lorsqu'il allait chasser avec les nobles ou qu'il les invitait chez lui. Hors de là, il avait des contradictions continuelles à essuyer delà part des gens de finance; on l'avait mis à la taille, et c'est ce qui l'irritait le plus. J'aimais beaucoup mon père; j'aimais beaucoup aussi ma sœur, à qui mon père refusait les parures de son âge, parce que le peu d'argent qu'il avait était emporté par le collecteur.

Je résolus d'affranchir les terres de mon père

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et de procurer à ma sœur les moyens de se parer aussi bien que ses compagnes.

J'avais seize ans; j'étais à la ville, où je faisais mon cours de philosophie, lorsqu'un jour de vacances j'entendis le tambour annoncer l'arrivée d'un capitaine de gens de pied qui avait commission de lever une compagnie.

Une foule déjeunes gens allèrent aussitôt lui présenter leur supplique pour être soldats. Je tremblais de ne pas être admis. — Cadet, me dit le capitaine, ton air de bonne volonté me convient; je te reçois avec plaisir, car je m'imagine que, bien que les engagements ne soient que pour un mois, tu ne nous quitteras pas si tôt. Du reste, ajouta-t-il, je te préviens, comme les autres, que dans ma compagnie on exécute rigoureusement l'ordonnance, et que chaque soldat ne peut tenir tout au plus qu'un seul domestique. — Mon capitaine, lui répondis-je, c'est assez, si ce n'est trop pour moi, car mon père n'est rien moins que riche. — Ah ! me dit-il, en jetant les yeux sur mes chausses rouges, qui, vous le savez, sont du costume de la noblesse, tu es comme moi gentilhomme pédescaux. — J'étais un peu embarrassé pour lui répondre. Il

faut vous dire, Monsieur, que dans mon pays, les jeunes gens d'une ancienne ou riche bourgeoisie se disent tous nobles à deux lieues de leur village; j'en étais à trois. Cependant, je ne voulus pas mentir tout à fait; je me contentai de rire. Mon capitaine continua, et me dit : — Va! Duguesclin était comme nous un pauvre pédescau, et il n'en fut pas moins connétable; cadet, j'aurai soin de toi. Il me tint parole.

Je fus, l'épée au côté, embrasser mon père et ma sœur. Avant mon départ, notre domaine fut exempté de vingt sous détaille.

Quand je fus arrivé au régiment, je tâchai de bien remplir mes devoirs, de me rendre agréable à tout le monde, surtout à mon capitaine. Lorsqu'il sortait, j'allais souvent causer, me promener avec lui; mais, au retour, je ne faisais pas comme plusieurs de mes camarades, je n'entrais pas dans la maison afin qu'il m'invitât à dîner ou bien à souper; aussitôt que nous en étions à quel que distance, je prenais congé de lui.

La première année, je fus d'abord piquier à pique simple, à pique sèche; ensuite je fus successivement fait piquier à corselet, arquebusier, mousquetaire.

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La seconde année, je fus faitlanspassade. Mon père tenait beaucoup à ce titre : véritablement il me donnait rang de cavalier, car lanspassade veut dire lance cassée; et ce mot nous est venu du Piémont, où, durant nos guerres, les cavaliers démontés servaient dans l'infanterie avec ce petit grade, qui les distinguait des gens de pied.

Ma paie de simple soldat se trouva un peu haussée; mais ce que j'estimais le plus de ce premier grade, c'est que le sergent n'avait plus le droit de me frapper avec la hampe de sa hallebarde. Dans les commencements, je faisais involontairement beaucoup de fautes; je ne pouvais m'accoutumer à ce genre de correction, et il m'arrivait toujours, lorsque j'étais frappé, de regarder la poignée de mon épée. Le sergent était brave et aimait les braves; il me dit un jour, en me voyant rougir de colère, que j'apprisse que le bâton de la hallebarde n'avait jamais déshonoré les épaules d'un homme de guerre, et cela était vrai. Il en est de même de la canne du tambour-général : car, lorsque les tambours des compagnies en ont reçu quelques coups, ils n'en portent pas moins haut la tête.

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A Coutras, je fus fait caporal ; ma paie de simple soldat était de huit sous par jour; elle fut portée à dix. En me recevant, le capitaine me dit : — Tu es, dès ce moment, un petit lieutenant du roi; tu le représentes dans ton escouade; ami Bataille, j'espère que tu te rendras digne de l'importance de ta charge. — Monsieur, mon nom n'est pas tout à fait Bataille; mais je ne suis pas fâché que, dans la prononciation, il soit confondu avec le mot qui plaît le plus aux militaires.

J'avançai assez rapidement de grade en grade.

A Saint- Cloud, lorsque l'armée reconnut Henri IV, je fus fait fourrier. On m'avertit que j'allais remplir des fonctions hasardeuses; je le savais. J'avais déjà vu donner le fouet à un fourrier pour n'avoir pas écrit sur la porte le nom des soldats qu'il avait logés dans la maison. J'en avais vu pendre un autre pour n'avoir pas logé les soldats dans des villages où on lui avait fait des présents, pour les avoir logés dans des villages où on ne lui en avait pas fait.

A Arques, je fus fait sergent. Entre autres charges, le fourrier a celle des détails de la solde; il esta moitié financier. Le sergent n'est

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chargé que de l'instruction militaire. Ce nouveau grade me plut davantage.

A Ivry, on me donna une enseigne. Je puis me vanter que je ne la fis jamais porter, comme bien d'autres, qui ne la prennent qu'à mille pas de la ville, et qui la rendent à leur valet lorsqu'ils en sont sortis. Ils sont d'autant plus inexcusables que l'enseigne, étant officier, a un cheval lorsque la compagnie est en route.

A l'entrée de Henri IV à Paris, je fus fait lieutenant.

Au siège de La Fère, j'obtins le commandement d'une bande, ou compagnie de gens de pied.

Au siège d'Amiens, j'obtins le commandement de deux, avec promesse d'être fait maîtrede-camp d'un régiment à une des premières vacances; et bien sûrement je le serai, pourvu qu'on n'impose pas à ce grade une grosse finance, à moi remboursable par mon successeur. Ensuite je ne puis monter plus haut sans sortir de l'infanterie : la charge de coronal ou colonelgénéral, lorsqu'elle n'est pas donnée à un seigneur favori, l'est toujours à un des premiers personnages de l'Etat; et nousne sommes plus

Armure de François Ie

au temps de la ligue, des troubles, des révolutions, où des hommes bien au-dessous de moi, où des laquais, sont devenus maréchaux de France.

Dès que je fus enseigne, le domaine de Chénevières devint entièrement franc d'impôt. Qu'il m'en tardait! et combien de fois, dans la chaleur du combat, ne m'avait-on pas entendu dire, en tirant mon arquebuse : — Voilà pour la taille de Chénevières! voilà pour le champ! voilà pour la vigne ! et voilà pour le pré !

Ce brave capitaine Bataille me charmait. Il était aussi bon frère que bon fils, car il tirait aussi des coups d'arquebuse pour les parures de sa sœur, pour ses colliers, pour ses anneaux, ses bracelets.

Je ne pouvais d'ailleurs me lasser de le voir : sa figure, naturellement martiale, avait été toute déchiquetée par le fer de l'ennemi; il ne restait plus de place pour y appuyer le bout du doigt sans toucher une cicatrice.

Je ne pouvais non plus me lasser de l'entendre.

— Le premier argent que j'eus, conlinua-t-il, quand je fus arrivé au régiment, je le mis à un

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habit de guerre galonné sur toutes les tailles, et je fus alors habillé comme les soldats de ma compagnie, une des plus belles.

Quant à l'armement, que le roi donne, et qu'en grande partie les financiers donnent au roi comme pot-de-vin des aides qu'ils afferment, il était fort bon; il est aujourd'hui meilleur. Les Français, quelquefois les plus prompts à inventer, sont toujours les plus prompts à adopter les inventions des autres.

En effet, combien de temps y a-t-il qu'on a remplacé les arquebuses en épaule de mouton par les arquebuses droites? Environ soixante ans. Eh bien ! il y a près de soixante ans que les Français en ont. Combien, depuis qu'on se sert de mousquets? Vingt ans, peut-être. Eh bien! il n'y a guère moins que les Français s'en servent. Au commencement de ce siècle, les Suisses croyaient rester les seuls en possession des longues piques; les Français les leur arrachèrent à Marignan, et depuis ils ne les ont plus quittées. Ces diverses armes deviennent de plus en plus magnifiques, riches.

Voyez maintenant marcher au son du tambour, que nulle nation ne bat aussi bien que la

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nation française, un bataillon d'infanterie; voyez les piquiers coiffés d'un brillant casque d'acier ou de cuivre ; voyez les arquebusiers avec leurs grands chapeaux, leurs grandes chausses bouffantes, leurs bandoulières garnies d'espace en espace par les charges ou les petits étuis de cuir qui les renferment; voyez les mousquetaires, tenant d'une main leur mousquet de six pieds, qu'ils portent sur l'épaule, et de l'autre la fourchette ou canne à fourche, sur laquelle ils appuient leur arme quand ils veulent faire feu; voyez les arquebusiers, avec l'ancien petit bâton à feu, qu'ils chargent et qu'ils tirent si vite: tous sont chaussés de bottines, tous ont la tête ombragée de plumes éclatantes, tous ont une longue épée. Qui dirait maintenant que cette belle et redoutable infanterie était dédaignée, méprisée, il y a peu d'années!

Monsieur, on nomme François Ier le Père des Lettres; je le veux bien, quoique avant lui il y eût un grand nombre de savants. On devrait plutôt le nommer le père de l'infanterie française. Avant lui, il n'y avait que des troupes misérables, des francs - taupins , des francsarchers, tels que ceux que nous voyons encore

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en Bretagne. C'est lui qui, par son ordonnance de Saint-Germain-en-Laye, institua sept légions de gens de pied de six mille hommes chacune.

Aux légions de François Ier succédèrent les légions de Henri II; à celles-ci, d'autres, sous le nom de régiments.

Le nombre de nos régiments n'a jamais été et n'est pas encore fixe. Les quatre vieux régiments : Piémont, Champagne, Picardie et Navarre, sont seuls immuables; quant aux autres, qui portent le nom de leur maître-de-camp, on les crée aujourd'hui, et demain on les casse.

Tous les vieux régiments sont de vingt compagnies, tous les autres sont de quinze.

Les compagnies sont tantôt de cent, tantôt de deux cents hommes. Suivant les gens de l'art, elles devraient être de soixante hommes en temps de paix, de deux cents en temps de guerre.

Monsieur, nous nous félicitons d'avoir à notre solde de l'infanterie suisse, dont chaque compagnie a toujours en tête un certain nombre de soldats français pour la guider, pour la nationaliser. Nous nous félicitons surtout d'avoir à notre solde de l'infanterie espagnole : elle a

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formé notre infanterie française. Nous vous devons bien des institutions.

Nous vous devons cette nouvelle discipline qui fait qu'un gentilhomme obéit sans réplique à son caporal comme à son capitaine. Quand nos officiers voient ceux de l'infanterie espagnole, réputée, hors de la France, la meilleure du monde, porter le corselet et la pique, ils ne font plus difficulté de les porter. Je voudrais bien que nous vous dussions plusieurs autres de vos institutions. Nos officiers, nos soldats, ont des camarades, mais ils n'ont pas vos amis d'armes, qui multiplient chez vous les actions généreuses et les actions d'éclat. Comme vos soldats, les nôtres baisent bien la terre avant de se battre, mais, comme les vôtres, ils n'attendent pas toujours la voix de leurs chefs pour commencer et pour cesser le combat.

Je vous le dis, Monsieur, j'en suis persuadé, il se prépare en France la même révolution militaire qui a eu lieu dans votre Espagne : l'infanterie deviendra la force de l'armée. Remarquez déjà la fixation de sa quotité, relativement à celle de la cavalerie. Sous François Ier, l'infanterie fut sur le pied de cinquante mille hommes, la cava-

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lerie sur le pied de quinze mille. Il en fut de même sous Charles IX, lorsque, toute la France étant en armes, on compta cent trente mille fantassins et trente-cinq mille cavaliers. La cavalerie n'était déjà alors que d'un quart des armées; aujourd'hui elle n'est que d'un cinquième. C'est le temps qui le veut : la force de l'état passe de la cavalerie, de la noblesse, à l'infanterie, au corps de la nation. Autrefois, on ne disait pas, on dit maintenant, le capitaine Colombet, le capitaine Jacques.

La cavalerie française. — Une manière de serviteur à livrée, ayant deux baguettes de tambour sous le bras, a paru, en ce moment, à la porte de la salle ; le capitaine l'a congédié d'un signe, et il a continué ainsi : Dans mon village, il y avait un jeune homme nommé Fulcrand de la Neuville, avec qui j'étais intimement lié. Il était entré dans la cavalerie vers le temps où je m'étais engagé dans l'infanterie. Nous nous revîmes; je le trouvai un peu froid, et même un peu honteux de moi. Je le laissai. Lorsque j'eus été fait sergent, il se trouva, par hasard, à la garde montante que je commandais, et, tout à coup, son amitié se réchauffa jusqu'à ne me lais-

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serni cesse ni repos que je ne fusse gend'arme. Il me disait que, d'après les ordonnances, mon grade de sergent me dispensait des preuves de noblesse; il me disait que je serais l'égal des enseignes, des lieutenants, même des capitaines d'infanterie, qui s'estimaient fort heureux d'entrer dans les rangs des simples gend'armes; il me disait que, lorsque je deviendrais sous-officier, officier, j'aurais et la paie de gend'arme et la paie de mon grade.

Mon capitaine fut informé des sollicitations de Fulcrand; il se contenta de me dire : — Sergent, si vous me quittez, vous ne tarderez pas à vous en repentir. — Quelle que fût ma confiance dans mon chef, le nom antique, noble et militaire d'hommes d'armes sonnait si bien à mon oreille, que je ne pus résister à l'envie d'aller passer quelques jours à la compagnie de mon ami : elle n'était pas éloignée de notre garnison. Je n'ai jamais vu tant d'orgueil. Je fus surtout indigné de la manière dont on parlait des troupes à pied. Plusieurs fois je fus tenté de me faire connaître, de demander jour et champ, et de tirer l'épée au nom de toute l'infanterie. Mais je craignais de nuire à Fulcrand. Cette seule

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considération me retint; je m'en retournai.

Maintenant que le temps a refroidi mon irritation, je parlerai plus impartialement.

La gend'armerie (1) est un beau, un superbe corps. Elle se croit toujours le rempart de la France. Au siècle dernier, cela était vrai; cela, aujourd'hui, l'est beaucoup moins; bientôt cela le sera beaucoup moins encore.

D'abord il n'est rien de plus brillant, et même, en apparence, de plus terrible, que la charge d'un escadron de gend'armes, tout composé de gentilshommes, nourris d'honneur et de bravoure, façonnés par les exercices de la guerre, couverts des armes les plus riches : vous ne voyez alors que choc, feu, argent et or; mais souvent' les reîtres, avec leur épaisse cuirasse de fer vernie, avec leur longue épée, ont l'avantage. Je sais bien qu'entre les mains de nos jeunes gend'armes, la lance brille, étonne; toutefois, j'ai souvent moi-même vu qu'elle n'est pas meurtrière comme la forte épée des reîtres, qui ont d'ailleurs la pistole. Les gend'armes français l'ont bien aussi, et même la pistole à pierre

(1) Ne pas confondre avec la gendarmerie d'aujourd'hui, qu'on appelait alors la maréchaussée.

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pour feu; malheureusement, ils la dédaignent, et rarement ils quittent la lance.

Je remarquai encore dans la gend'armerie un autre défaut notable : c'est qu'autant elle est leste un jour de bataille, autant elle est embarrassée un jour de marche. Aux termes des ordonnances, le capitaine est tenu d'avoir seize chevaux, le lieutenant huit chevaux, le guidon six chevaux, le maréchal-des-logis cinq chevaux, le gend'arme trois chevaux,, l'archer deux chevaux. C'est trop de chevaux.

On compte en France environ cent cinquante compagnies de gendarmerie, dix mille hommes d'armes, ce qui, au siècle dernier, où chaque lance fournie était d'un homme d'armes, deux archers, un page et deuxcoutilliers, aurait supposé soixante mille hommes de cavalerie; ce qui, au milieu de ce siècle, où la lance fournie n'était que d'un homme d'armes et d'un archer, aurait supposé vingt mille hommes; ce qui, au jour actuel, où le nombre des archers continuellement diminue, où il n'y en a guère plus, ne supposerait guère que dix mille hommes.

Le riche habillement, le riche équipement de la gend'armerie fera périr ce corps, je devrais

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dire va le faire périr. L'utilité ne balance pas la dépense. Un gend'arme coûte encore par jour vingt sous. Il coûte un quart de plus que le chirurgien-major, que le payeur de la compagnie, que le trompette, que le maréchal-ferrant, que le fourrier-sellier, que les autres officiers, pour parler comme dans la cavalerie.

Qui remplacera la gend'armerie? Qui? Le corps des chevau-légers, le corps des carabins, le corps des dragons.

Les chevau-légers, organisés par compagnies de cinquante, de cent, de cent cinquante maîtres, commandés par des chefs au même nombre que ceux de la gend'armerie, obéissant, comme l'infanterie, à un colonel-général, réunissent les avantages du gend'arme et de l'archer. Ces cavaliers, tous riches bourgeois, sont plus modestes et coûtent beaucoup moins que les gend'armes.

Les carabins, lestes, élégants, hardis, se font redouter par leur carabine; ce sont les mousquetaires de la cavalerie ; ce sont aussi les anciens estradiots : ils vont à la découverte et battent l'estrade.

Les drao-ons sont tantôt des cavaliers à pied,

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tantôt des fantassins à cheval. Cette nouvelle organisation, due au comte de Cossé-Brissac , est le dernier effort du génie de la guerre.

Le ban et V arrière-ban de France. — Monsieur, ai-je dit au brave capitaine, vos anciennes histoires parlent souvent du ban et arrière-ban : se rassemble-t-il encore? — Oui, m'a-t-il répondu, mais assez rarement. J'y ai été une fois, et quand je m'en souviens je ne puis m'empêcher de rire.

Les guerres civiles de notre temps ont tellement appauvri la noblesse, qu'aujourd'hui elle ne possède guère que la moitié des fiefs, et tous les jours encore elle vend ceux qui lui restent. Les bourgeois, par vanité, par désir d'allonger leur nom, donnent la préférence à ce genre de biens. Mon père possédait le fief de Petitmont, et prenait, comme les autres, le titre d'écuyer sieur de Petitmont. Un de nos voisins avait acheté celui de Beauval, et ne manquait pas non plus de prendre le titre d'écuyer sieur de Beauval.

Tout à coup, les ennemis se montrent en armes dans les provinces voisines ; la trompette du ban sonne dans les villes et dans les villages. Le fief

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de Petitmont devait fournir la moitié d'un archer, et celui de Beau val l'autre moitié. Mon père, afin de ne pas payer le droit de franc-fief, avait fait passer la propriété du fief de Petitmont sur ma tête. Je servais à l'armée; je n'étais légalement tenu qu'à payer la moitié de l'équipement, suivant l'assiette faite par les commissaires. C'était au sieur Beauvalà marcher; mais il n'en avait nulle envie. Mon père lui conseilla d'alléguer qu'il n'était pas noble; il ne voulut jamais y entendre. Il prétendait que la possession des fiefs anoblissait, ce qui était vrai autrefois, ce qui maintenant ne l'est plus, ou ne l'est plus que des baronies. Enfin, il s'avisa de dire qu'il avait mauvaise vue; l'excuse de la mauvaise vue n'ayant pas été reçue, il pratiqua si bien mon père, qu'il lui fit entendre que, notre province étant un pays d'infanterie, le ban marcherait à pied, que j'y aurais un grade supérieur au mien; enfin il parla tant et tant, que mon père m'écrivit qu'il désirait me voir au ban desservir les deux fiefs. Les désirs de mon père étaient pour moi des ordres : je demandai et j'obtins un congé.

Arrivé au lieu du rassemblement, je vis, non

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un bataillon de seigneurs, mais une troupe de gros valets, de gardes-chasse, ou de gentilshommes trop pauvres pour mettre un homme à leur place ou pour payer cinq sous par livre du revenu de leurs fiefs.

Nous fûmes passés en revue par des gens de justice en robe longue, en bonnet carré. L'un d'eux fit une longue harangue où il parla de Marathon et des Thermopyles. Un autre en fit aussi une, mais ilconnaissait mieux son auditoire. — Braves salades ! dit-il, si vous n'arrêtez les ennemis, ils vont manger vos châtaignes, vos raves, et gare les fèves ! Ces mots enflammèrent tous les courages.

On se mit en marche. Je n'avais jamais rien vu de plus plaisant que ces gens de village, représentant les brillants seigneurs des anciens temps, et sans doute portant plusieurs de leurs vieilles épées ou de leurs vieilles hallebardes. Vous avez remarqué sans doute que si, comme les Anglais, tous vêtus d'habits rouges bordés de jaune, nous ne nous piquons pas d'une aussi rigoureuse uniformité de couleur, nous sommes, cependant, assez uniformément habillés de bleu, de rouge; eh bien! ces bonnes gens portaient

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leurs habits de dimanche de toute sorte de couleurs. Mais enfin, tels quels, je les commandais en qualité de capitaine, et j'avais dans ma compagnie, comme dans toutes celles de l'infanterie, un tambour et un fifre.

Nous joignîmes bientôt les troupes à cheval; elles étaient encore plus plaisantes à voir : grands, petits chevaux et armes aussi inégales. Un vieux sénéchal, qui n'entendait que la chasse du renard, nous commandait. Plus nous approchions du lieu où l'on disait qu'était l'ennemi, plus nous perdions de monde, car chacun se disait ou boiteux ou malade. Heureusement, les ennemis ayant disparu, on congédia le ban, et aussitôt hommes et animaux reprirent fièrement et gaillardement le chemin de leur maison.

Alors le ban et arrière-ban, déjà affaibli à la fin du siècle dernier, était, cependant, encore évalué à dix mille chevaux. Aujourd'hui, il ne l'est pas à trois mille; il n'est plus d'aucune utilité; il n'est que ridicule.

De retour à mon régiment, je cachai avec le plus grand soin que j'y eusse servi.

L artillerie. — J'ai vu le tambour reparaître; cette fois, il avait sa caisse sur la hanche et les

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deux baguettes en l'air. — Vous ne pouvez demeurer plus longtemps, ai-je dit au capitaine. — Il n'a pas répondu, il a souri; aussitôt nous nous sommes levés et nous nous sommes amicalement salués, nous penchant l'un vers l'autre, étant sur le point, ou du moins, si j'en juge par moi, ayant le désir mutuel de nous embrasser.

Je croyais m'en aller seul. Un homme, marchant précipitamment sur mes talons, m'a fait regarder derrière moi : c'était un artilleur. Je l'ai reconnu à son pourpoint serré, à son grand collet et à son petit chapeau sans ailes. — Monsieur, m'a-t-il dit, je suis un ami du capitaine Bataille; si vous désirez voir l'arsenal, ce sera pour moi un bien grand plaisir de vous y conduire. — Je lui ai répondu par une profonde révérence. L'excellent homme que cet artilleur! Il se nomme Julien; il s'est montré, autant par son intelligence que par sa politesse, le digne ami du capitaine. Il m'a tout fait voir, il m'a parlé de tout.

Je vais joindre à ses documents ceux que j'avais déjà.

En France, il y a treize grands arsenaux. Celui de Paris est le principal.

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La fonte du plus grand nombre de pièces d'artillerie se fait sous les hangars de cet arsenal.

En France, la dimension de l'artillerie a été réduite de moitié. Le canon avait, au commencement du siècle, environ vingt-quatre pieds; il en a à peine douze. Le poids du boulet a été réduit des deux tiers; il était de cent; il n'est plus que de trente-trois livres. Maintenant le canon ne pèse qu'environ six mille livres ; l'ouverture iïqïi est que de six pouces de diamètre.

Les pièces d'artillerie moindres que le canon sont la couleuvrine, la bâtarde, la moyenne, le faucon, le fauconneau. Jamais je n'ai pu faire entendre à l'artilleur Julien que le décaissement devrait en être arithmétiquement régulier, par trois quarts, par moitié, par quart, par huitième et par seizième; il en revenait toujours à ses cartons figurant des cercles de décaissements irréguliers.

Je sais et je savais même avant mon arrivée en France, que la charge de poudre du canon est réglée par le poids du boulet, qu'elle est des deux tiers.

Le service d'un canon veut au moins quarantesept chevaux, vingt-trois pour le traîner, et

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vingt-quatre pour les six charrettes de ses munitions. On emploie souvent des chevaux de louage.

Pour manœuvrer un canon, il faut trente pionniers. Pour le charger, le pointer, le tirer, il faut trois chargeurs et deux canonniers.

On estime qu'un canon porte, au blanc, jusqu'à huit cents pas. J'ai été fort content de la manière leste et adroite dont les canonniers français haussent, baissent leur canon, ou par le moyen des leviers, ou par le moyen des coins ajoutés, ôtés. J'ai été encore plus content de leur ingénieux usage du bâton de Jacob, du quart de cercle et de l'équerre garnie du fil à plomb qu'ils placent dans la bouche du canon, pour en déterminer l'inclinaison à l'instant de la visée.

Il n'y a que les canonniers allemands qui puissent disputer de science avec les canonniers français; il n'y a pas de canonniers au monde qui, avec eux, puissent disputer d'adresse.

Chargez! criait avec action à ses canonniers, l'artilleur Julien.

Le sachet !

Le fourrage!

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Refoulez!

Pointez!

Haut la mèche!

Haut le bras!

Depuis qu'au lieu du chargeoir, ou lanterne de cuivre emmanchée d'un bâton qui allait porter au fond du canon la charge de poudre; on se sert d'un sachet de toile enveloppant la poudre et le boulet, le canon, pourvu qu'il soit de temps en temps rafraîchi avec de l'eau et du vinaigre, peut tirer en batterie jusqu'à cent vingt coups par jour. L'invention de la charge toute prête de l'arquebuse a dû mener à l'invention de la charge toute prête du canon ou du sachet de toile que le chargeur, après avoir poussé dans le canon, déchire en y enfonçant un instrument tranchant au-dessous de la lumière; et l'invention du sachet de toile a dû mener à celle du sachet de ferblanc rempli de morceaux de métal ou de mitraille, mis dans le sachet du canon au lieu de boulet.

Je trouve écrit dans une de mes notes qu'aux batailles du siècle actuel, la France n'avait eu que vingt, quinze, dix, quelquefois seulement six canons. Cependant, l'artilleur Julien m'a

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dit qu'en cette année 1600, l'armée qui marchait contre le duc de Savoie traînait quarante canons à sa suite. Est-ce forfanterie nationale? est-ce la vérité? me suis-je demandé. L'artilleur Julien, s'apercevant de mon étonnement et peut-être de mes doutes, a offert de me faire voir les états contrôlés : c'est donc probablement et très probablement la vérité. — Aujourd'hui, m'a-t-il dit, on ne veut, par mille hommes, ni moinsniplus d'un canon.

Autrefois le boulet ne frappait qu'en renversant, aujourd'hui il frappe en tombant. Le boulet lancé parle canon, après avoir parcouru le dixième de l'espace qu'il doit parcourir, tend graduellement à se rapprocher de la terre, où enfin il tombe. Quelle est la cause qui affaiblit graduellement la force du boulet pendant les neuf derniers dixièmes du temps qu'il est en l'air? On l'ignore. Mais on a remarqué cet affaiblissement progressif, et l'on en a déduit l'invention des boulets tombants, au moyen de laquelle on dirige sur une ville ou une pluie de gros boulets qui l'écrasent, ou une pluie de boulets d'artifice, faits avec des pots de grès, des

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écuelles de bois, des globes de cuivre, qui l'incendient.

L'artilleur Julien se moque des boulets rames; il se moque des batteries mouvantes, des platesformes à roues chargées de canons; il se moque des orgues de mousquets et d'arquebuses que, par le moyen d'une ficelle attachée aux détentes, un seul homme peut tirer; il ne se moque pas moins de l'invention des hottes, des charrettes, chargées de faisceaux de mousquets, d'arquebuses, qui, dès qu'on les touche, tirent sur ceux qui sont à l'entour.

Mais il ne se moque pas de l'invention des pétards ou petites boîtes de métal attachées, par leur ouverture, aux portes des villes, qu'ils déchirent, qu'ils mettent en éclats ou qu'ils font sauter. Il se moque seulement de ceux qui les appliquent aux murailles des villes, aux piles des ponts.

Quant aux feux d'artifice ou compositions de poudre combinée avec le napthe, le pétrole, le soufre, l'eau-de-vie, le mercure, il fait seulement cas de la lance à feu et de la fusée. — Avec l'une, dit-il, on peut porter le désordre dans les

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rangs des ennemis ; avec l'autre, on peut incendier leurs camps.

Tous les différents arsenaux de France rassortissent au bailliage de l'arsenal de Paris, où sont des avocats, des procureurs, et un bailli aux appointements de cent écus. L'artilleur Julien m'a parlé en détail de cette juridiction, et encore plus en détail des privilèges des officiers, des médecins, des chirurgiens d'artillerie et des maîtres-canonniers des principales villes. — Les officiers, m'a-t-il dit, nous sommes tous réputés commensaux de la maison du roi; cependant, j'ai été plusieurs fois à la cour 'jamais on ne m'a offert ni pain, ni vin, ni un verre d'eau. Il est vrai, a-t-il ajouté par manière de plaisanterie, qu'il faudrait une table plus longue que de Paris à Metz pour inviter tous les commensaux de cette maison, ou du moins tous ceux qui en ont le titre.

Le code militaire de France. — J'écrirai d'abord que le brave capitaine Bataille admire les ordonnances pénales. Il n'en excepte que celle du morion, qui, suivant lui, avilit le militaire, l'homme.

Quand un soldat, m'a-t-il dit, est condamné

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aux honneurs du morion, il est d'abord obligé de se choisir, parmi ses camarades, un parrain; aussitôt le parrain le désarme, lui place le chapeau sur la pointe d'une pique, qu'il lui donne à tenir, et le fait mettre dans la position de quelqu'un à qui l'on va donner le fouet sur les chausses, et, véritablement, le parrain le lui donne avec le bois d'une arquebuse. On compte les coups de cette manière : on lui demande s'il est gentilhomme; il doit répondre qu'il l'est, puisqu'il est soldat; on lui dit alors qu'un gentilhomme doit avoir tant de pages, tant de valets, tant de chiens, tant de faucons : et autant de pages, autant de valets, autant de chiens, autant de faucons, autant de coups. On lui demande combien de tours il y a à son château; s'il répond qu'il ne s'en souvient pas, on répond pour lui qu'il y en a tant : autant de tours, autant de coups. On. lui demande ensuite quels sont les princes de la famille royale; il les nomme ou on les nomme pour lui : autant de princes, autant de coups. On passe aux maréchaux de France, aux officiers du régiment; il les nomme ou on les nomme : autant de maréchaux, autant d'officiers, autant de coups. De temps en temps le parrain ajoute :

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Honneur à Dieu! — Service an roi! — Tout pour toi ! — Rien pour moi!

Le tambour avait battu un ban au commencement, il en avait battu un autre à la fin.

Quant à moi, je trouve bien sévère aussi la punition, ou plutôt la peine de l'estrapade, que j'ai déjà vu donner plusieurs fois depuis mon arrivée en France, et qu'on donne fort souvent à Paris, sur la place de ce nom, hors la porte Saint-Jacques. Le soldat, lié par les pieds et par les mains, est suspendu au haut d'un mât, d'où on le laisse tomber à peu de distance de terre.

Les règlements veulent que, lorsqu'un soldat a donné un souffleta un de ses camarades, il en reçoive un autre de sa main, en présence de la compagnie assemblée. Les règlements veulent aussi que, lorsqu'il a donné un démenti à un autre soldat, il lui en demande publiquement pardon.

Dans certains cas, les règlements permettent le duel pour injures graves; mais ils exigent qu'il ait lieu en public. Les règlements punissent de la dégradation d'armes le duel qui a lieu sans autorisation. Je n'ose ni approuver ni blâmer.

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Soldat qui déserte est puni de mort.

Soldat qui s'enrôle dans deux bandes est puni de mort.

Soldat qui fait violence à une femme est puni de mort.

Soldat qui frappe son hôte est puni de mort. La loi n'est que juste, en se montrant rigoureuse envers l'homme armé auquel l'homme désarmé est obligé d'ouvrir ses foyers.

Soldat qui emporte de force quelque chose à son hôte est encore puni de mort. Le délit est moindre, la peine devrait l'être.

Le bon Louis XII portait dans son cœur la paix et la sûreté des chaumières : il voulait que les troupes ne fussent logées que dans les villes closes. Comment son ordonnance est-elle tombée en désuétude?

J'ai lu avec plaisir les nouvelles ordonnances où Henri IV prend sous sa sauvegarde les villageois et leurs bestiaux. Il y menace les soldats des peines les plus sévères; on croit l'entendre parler.

Les prévôts, assistés de six notables avocats du plus prochain siège, peuvent condamner à mort sans appel. Quant au connétable, il suffit

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cîe son ordre. « Pendez-moi celui-ci! branchezmoi celui-là ! faites-moi passer cet autre par les piques ! disait, tout en se promenant ou tout en récitant son chapelet, le vieil Anne de Montmorency». La mémoire de cette police expéditivene s'est pas encore perdue parmi les soldats : Dieu nous garde des patenôtres de monsieur le connétable! est passé en proverbe.

En France, quand on dégrade un soldat, on le fait promener publiquement avec une pioche sur l'épaule. La pioche, instrument nourricier et respectable, ne peut dégrader; c'est un contresens social que la vieille France a transmis à la France actuelle.

François Ier donna des anneaux d'or, des marques d'honneur; il institua des prix permanents; cette conception si heureuse, si follement abandonnée, aurait peuplé de héros tous les rangs de l'armée.

Le noble cœur du soldat est vivement ému aux funérailles militaires, où, dans les rangs des prêtres chantant les dernières prières des morts, les homicides piques sont traînées sur la terre, où le drapeau, porté sur l'épaule, reste enroulé, où le tambour, porté sur l'épaule, reste muet.

Le pont de l'île Notre-Dame.

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