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LA CAPITALE DE LA FRANCE

Me voilà enfin à Paris, et depuis quelque temps.

Que de questions me seront faites à mon retour en Espagne ! Voyons si je pourrai y répondre.

Quelle est la grandeur de Paris? — Comparé à Madrid, à Tolède, Paris égale ces deux villes réunies; et tous les jour encore, luttant contre les bornes que lui a posées la main des rois, il les a plusieurs fois renversées.

Paris renferme environ quinze mille maisons;

il est divisé en croix par la longue rue Saint-

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Martin, prolongée par la longue rue Saint- Jacques, et par la longue rue Saint-Honoré, prolongée par la longue rue Saint-Antoine. Paris forme donc comme quatre villes : la ville des gens de cour, où sont le Louvre, les Tuileries; la ville des gens de guerre, où sont le château-fort de la Bastille, l'Arsenal, tout rempli d'armes, le Temple, tout rempli de poudre; la ville des gens de lettres, où sont les collèges de l'Université; enfin, la ville des gens d'églises, où sont les cordeliers, les jacobins, les chartreux et le plus grand nombre de couvents.

Quels sont les principaux édifices de Paris? — Tout le monde va d'abord, en arrivant, visiter Notre-Dame : cette basilique est grande, vaste, mais un peu massive, et même, aux yeux d'un Espagnol, un peu nue.

Un des clercs-portiers, ayant remarqué mon attention à tout voir, à tout examiner, se douta que j'étais étranger, et m'offrit de me montrer les diverses curiosités de cette église. J'acceptai .

Vous saurez d'abord, me dit-il, que les fondements sont bâtis sur pilotis.

Regardez maintenant les portes : elles sont superbes; elles sont couvertes de cuir, attaché

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avec des ornements et des clous de fer doré.

Il y a, dans cette église, vingt-deux autels. Celui-ci est l'autel des paresseux : on y dit, le dimanche, la dernière messe à onze heures.

Lorsque nous eûmes fait le tour de l'église, le clerc-portier, tout en me reconduisant, me fit arrêter auprès de la principale porte, devant un très grand lit de bois, scellé au pavé, sur lequel, me dit-il, les enfants trouvés et leurs nourrices se placent aux jours de solennités, pour solliciter la charité publique.

Il me reconduisit jusqu'à la grande porte, où il prit congé de moi, après m'avoir montré, avec sa longue baguette, une à une, les nombreuses effigies des rois qui ont gouverné la France, et qui, là, semblent maintenant se présenter au jugementdes peuples.

J'avoue que j'ai passé plusieurs jours sans aller voir ni le Louvre ni les Tuileries. J'ai trouvé que cela ne seyait pas mal à la fierté espagnole, à la gloire de notre Buen-Retiro et de notre Escurial.

Quels sont les principaux hôtels de Paris? — Dans cette ville, les hôtels des princes et des grands seigneurs paraissent être, par leurs vas-

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tes dimensions, les châteaux des rues où ils sont bâtis.

Suivant moi, l'hôtel de Carnavalet, rue de la Culture-Sainte-Catherine, élevé sur les plans de l'abbé de Clagny, décoré par les sculptures de. Goujon, est le plus beau, le plus élégant.

L'hôtel de Cluny, rue des Mathurins, malgré les dentelles en pierre de ses portes et de s«<» fenêtres, ne peut lui être comparé.

Il me tardait de voir le fameux hôtel d'Hercule, devant la porte duquel ce fou de Rabelais fit tant de folies divertissantes, afin d'attirer l'attention des gens du chancelier Duprat, afin d'être admis à son audience. Cet hôtel est sur le quai des Augustins, à côté de l'église de ces religieux, la rue entre.

A peu de distance, du même côté de la rivière, est le magnifique hôtel de Nevers, pour lequel Henri III fit bâtir le Pont-Neuf.

Je n'approchai pas sans un sentiment de respect de l'hôtel de Clisson ou de la Miséricorde, rue du Chaume ; il n'y a pas encore douze ans qu'il était habité par le duc de Guise.

Ma pensée fut de même profondément saisie, en approchant de l'hôtel qu'habita une femme

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d'un grand caractère, qui remua aussi le. monde, qui aiguisa pendant plusieurs années, et sans cesse, les ciseaux dont elle voulait faire une couronne de moine à Henri III : c'est l'hôtel de la fameuse duchesse de Montpensier, situé au coin des rues de Tournon et du Petit-Bourbon. Aujourd'hui il y a solitude comme à celui de son frère le duc de Guise.

Il en est encore aujourd'hui de même, dans la rue Coquillière, à l'hôtel de Soissons, bâti avec une dépense toute royale par Catherine de Médicis. La haute colonne astronomique, dont il est surmonté, a fait croire au peuple que dans ses vastes appartements avaient lieu des opérations et des scènes de magie. Le peuple a toujours aimé à croire aux magiciens, surtout aux magiciennes couronnées.

Même solitude, et depuis bien plus longtemps, sur le quai du Louvre, à l'hôtel du connétable de Bourbon. Tout le monde sait qu'il prit les armes contre son roi, et qu'il le fit prisonnier à Pavie. Les portes et les fenêtres de son hôtel furent barbouillées de jaune par la main du bourreau. Encore les pluies de plus de soixante hivers ne les ont pas lavées.

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J'allai, rue Saint-Antoine, visiter l'hôtel de Brissac. Celui-là est fort fréquenté, fort animé; j'espérais y voir ce fameux duc qui, à la journée des Barricades, avec quelques barriques placées à l'extrémité de chaque rue, fit sortir de Paris Henri III; qui, sept ans après, au moyen des bas de chausse blancs que portèrent, comme signe de ralliement, les bons Français, y fit entrer Henri IV.

Quels sont les plus beaux ponts de Paris? — Il n'y en a qu'un de beau, c'est le Pont-Neuf, vraiment neuf : car depuis vingt grandes années, deux architectes, Androuet, Marchand, n'ont encore pu le finir.

Tous les autres ponts en pierre sont bordés de maisons, et ne paraissent être que la continuation des rues aboutissantes.

Le Pont-au-Change, le pont de l'île Notre- Dame, le pont des Tuileries, sont surmontés d'une grande croix dans leur milieu. On les a faits en bois, comme des ponts de village.

Quelles sont les principales rues de Paris? — De même que dans toutes les villes du monde chrétien, à Paris, un fort grand nombre de rues, surtout les principales, portent le nom des

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apôtres ou des patrons du royaume : Saint-Jacques, Saint-Antoine, Saint-Honoré, Saint-Denis, Saint-Martin, Saint-Germain, Saint-Marcel, Saint-Louis.

En y entrant, on remarque d'abord une merveilleuse propreté; tous les jours les pavés sont nettoyés, et ils sont lavés à grands seaux d'eau plusieurs fois le jour.

On remarque encore que chaque maison, ou par dévotion, ou par esprit de parti, a sur la porte son saint dans une niche.

Vous êtes frappé aussi, dans les riches quartiers, de ce grand nombre de hautes et larges portes nouvellement bâties, appelées portes cochères, portes carrossières, du nom des coches, des carrosses, auxquels elles s'ouvrent.

Vous ne l'êtes pas moins de la richesse et de la magnificence des enseignes. Parmi les Parisiens, c'est à qui se ruinera en enseignes, à qui aura les plus belles, surtout à qui aura les plus grandes. Les nuits où le vent, mêlé de pluie, agite les nombreuses enseignes d'une longue rue, vous diriez d'un ouragan déchaîné à travers une forêt. Ordinairement, les plus grandes enseignes sont portées sur des piliers. Toutes

Atelier d'armurier.

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sont peintes, ou des images des saints, ou des croix de tous les métaux et de toutes les couleurs. Avant le siège et pendant le siège de Paris, les enseignes de la croix de Lorraine étaient les plus multipliées. Un marchand, fort économe, qui voulait bien vivre avec tout le monde, avait fait peindre d'un côté de son enseigne : « Vive le roi ! » et de l'autre : « Vive la ligue ! » Suivant le temps, il tournait et retournait son enseigne.

Quelles sont les places de Paris? — Dans les différentes villes de l'Europe, on nomme places les grands espaces carrés ou circulaires, environnés de maisons. A Paris, il n'y a pas de place.

Quels sont les marchés de Paris? — Les Parisiens sont habitués, cependant, à nommer places de petits ou de grands carrefours où se tiennent de petits ou de grands marchés au pain, à la viande, au poisson, aux œufs, aux fruits, aux légumes.

Le marché le plus spacieux est celui de la grande halle, qu'on nomme simplement la halle; quatre des plus grandes rues y aboutissent comme quatre grands canaux qui viennent

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y décharger les plus belles productions des quatre régions de la France.

La grande halle est entourée de piliers; elle tient à la halle au blé, bâtiment circulaire bien aéré, bien fermé; à la halle aux œufs, à la halle au beurre.

Je ne dois pas omettre la fameuse halle des Mathurins, où, aussitôt que les marchands ont déployé leurs rouleaux de parchemin, écoliers, régents, procureurs, notaires, greffiers, accourent. Autrefois, ils y accouraient en bien plus grand nombre, et quoique la halle des Mathurins reste depuis longtemps la même, elle devient tous les jours plus grande.

Je cherchai assez longtemps la halle au vin; je ne pouvais facilement la trouver : il n'y en a pas. On ne vend le vin que sur les bateaux, où les marchands parisiens ont des banderolles de couleurs éclatantes, où les marchands forains n'en ont d'aucune couleur.

Le marché aux chevaux est devant le Châtelet. Je ne l'ai pas cherché, je ne l'ai que trop souvent rencontré : car, lorsqu'il se tient, il ne faut point passer au bas delà rue Saint-Denis, ou il faut y passer entre les coups de pied des

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chevaux et les coups de fouet de ceux qui les vendent.

Quelle est la population de Paris? — Il y a environ quatre cent mille hommes à Paris; c'est un peu plus qu'à Londres, c'est un peu moins qu'à Constantinople.

Dans une des dernières montres de la garde bourgeoise, on compta cent mille hommes. .

L'armée de la Ligue, qui, dans tant de provinces a livré tant de batailles, était en grande partie composée de cette garde.

On dit qu'ordinairement il y a mille malades à l'Hôtel-Dieu.

On dit qu'il meurt à Paris, chaque jour, huit personnes. Il serait peut-être plus vrai de dire trente-cinq, quarante.

On porte le nombre des pauvres à dix-sept mille.

On porte le nombre des marchands en gros, ayant plus de cinq cents mille livres, à deux cents.

Et le nombre des autres marchands ayant une fortune médiocre, à vingt mille.

On croit qu'il y a au moins douze cents boulangers.

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On évaluait, il y a plus de soixante ans, le prix des loyers à trois ou quatre cent mille livres.

On évalue aujourd'hui la consommation du vin à trois cent mille muids.

On a calculé ce que Paris boit: on n'a pas calculé ce qu'il mange.

Quelles sont les diverses conditions du peuple de Paris? — J'ai dit qu'à Paris il y avait quatre villes ; j'aurais dû dire qu'il y en avait cinq, que la cinquième, celle du commerce, était située au centre, s'étendant vers le nord; j'aurais même dû dire qu'il y en avait six, que la sixième, celle des fabriques, était située à l'orient. A certains égards, les lois municipales semblent maintenir cette fixité de ces diverses villes, cette fixité de domicile des Parisiens, car plusieurs professions ne peuvent passer d'une rive à l'autre. Par exemple, il est défendu aux libraires d'aller s'établir en delà des ponts sur la rive droite, et il est défendu aux maîtres d'armes d'aller s'établir en deçà sur la rive gauche.

Le petit peuple, avec lequel se confondent les Irlandais et les gens pauvres logés chez les logeurs à un liard, se trouve partout, mais en

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plus grand nombre dans les quartiers orientaux, où il appartient aux fabricants qui lui donnent du travail, et dans les quartiers méridionaux, où il appartient aux moines qui remplissent son écuelle.

Quels sont les délits les plus fréquents à Paris? — Sous un gouvernement faible, où il y a des émeutes, des séditions, des révolutions, il n'y a guère, à Paris, de voleurs, de malfaiteurs; mais sous un gouvernement fort il y en a en grand nombre, et ils s'y organisent par grandes compagnies, appelées compagnies des guilleris, compagnies des plumets, compagnies des rougets, compagnies des grisons, compagnies des tire-laine ou voleurs pauvres diables, détroussant les bourgeois, compagnies des tiresoie ou voleurs de bonne famille, n'attaquant jamais que les gens de qualité.

Il y a aussi la compagnie des barbets, qui prennent les divers habits des divers états pour s'introduire dans les maisons.

Il y a aussi la compagnie de la Mate, qui a ses membres, ses affidés, ses fins matois, qui est publiquement connue, qui n'est guère in- ' quiétée.

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Il y a aussi des compagnies de meurtriers, entre autres celle des mauvais garçons, qui se louent publiquement au plus offrant et qui gagnent impunément leur argent.

Aux voleurs, aux coupeurs de bourse, aux aflronteurs, aux mauvais garçons, joignez, d'un côté, les nombreux et turbulents écoliers de l'Université, et, de l'autre, les nombreux et turbulents compagnons ouvriers, les nombreux et turbulents laquais ou valets, qui souvent, au milieu des rues, se livrent de petites batailles; joignez toute cette jeune noblesse indisciplinée qui, la nuit, fait gloire de charger le guet et de le mettre en fuite.

Quelle est la police de Paris? — Tous les ans on compte dans cette ville un plus ou moins grand nombre et toujours un très grand nombre de meurtres; on y en compterait toutefois un bien plus grand nombre sans son excellente police.

D'abord, il n'est permis à personne d'avoir plus d'une porte à sa maison; s'il en a plus d'une, le magistrat fait aussitôt maçonner l'autre ou les autres.

Il n'est pas non plus permis de laisser sa mai-

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son inhabitée. Le magistrat fait placer un gardien à celle où les propriétaires absents n'en laissent pas. C'est que, dans les temps où les délits nocturnes se multiplient, toutes les maisons sont obligées de faire à leur tour le guet de la rue; et, dans ces temps, il y a successivement à chaque maison un homme qui, derrière la vitre, regarde ou écoute, qui, au premier bruit, au premier cri, ouvre la fenêtre, sonne sa clochette jusqu'à ce que les clochettes voisines l'aient entendue : alors et à l'instant toutes les clochettes de Paris sonnent, toutes les fenêtres s'illuminent, tout le monde sort en armes, et les malfaiteurs sont poursuivis, environnés, arrêtés.

Il ne faut pas, d'ailleurs, croire qu'aussitôt que les barres qui assujettissent les portes sont poussées, avec un retentissement général et presque simultané, Paris soit dans les ténèbres : tout le monde sort, une lanterne à la main, ainsi que l'ordonnent les règlements, et ce mouvement de milliers de lanternes, aux sombre* soirées de l'hiver, fait spectacle.

J'ajouterai que la police force les habitants de la ville à suspendre, pendant certains mois de

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l'année, devant leur porte, une lanterne allumée»

Il est à regretter que, depuis environ quarante ans, on ait renoncé aux grandes lanternes publiques, appelées falots, suspendues à de hautes potences. On a eu sans doute de bonnes raisons; je désirerais bien, cependant, les savoir.

Je ne veux rien omettre, et je dirai aussi que, dans tous les quartiers, il 7 a un grand nombre de seaux de cuir pour assurer des secours dans les cas d'incendie.

La police de Paris a pour chefs les dizeniers, les cinquanteniers, les quarteniers.

C'est dans les dizeniers que les étrangers } à leur arrivée, se font enregistrer.

Quelle est la garde de Paris? — Ainsi que Paris est formé de maisons très vieilles, vieilles, neuves, la garde soldée de cette ville est formée des anciens archers, au nombre de cent vingt, tous décorés de l'ancien ordre de l'Etoile; des arbalétriers de Charles VI, au nombre de soixante; des arquebusiers de Charles IX, au nombre de cent.

Quant à la garde non soldée qu'on nomme le guet, elle est formée des corps de métier.

Quels sont les magistrats de Paris? — Depuis qu'il y a des prévôts, il y en a sans doute à Paris; aujourd'hui il y en a deux : l'un, le prévôt chef de la justice civile, le prévôt du roi; l'autre, le chef de la justice commerciale, le prévôt des marchands. D'abord insensiblement, ensuite plus sensiblement, et surtout aux derniers siècles, l'autorité municipale a passé des mains de l'un dans celles de l'autre, et si, à cet égard, l'un, aujourd'hui, n'aguère plus à gagner, c'est que l'autre n'a guère plus à perdre.

Quel était hier Paris? — Je soupais, il n'y a pas longtemps, avec un de mes voisins. Quand nous fûmes entre la poire et le fromage, entre une bouteille de vin de Mâcon et une bouteille de vin de Bordeaux, il revint sur sa vie passée, m'avoua qu'il avait été aussi franchement bon ligueur qu'il était aujourd'hui franchement bon Français, bon serviteur du roi ; et, tout en disant son mea culpa, il m'amena pour ainsi dire au milieu du terrible Paris de la Ligue.

Quelles années, me dit-il, que les années 1592, 1593 et 1594 ! il n'en sortira jamais de pareilles du sein des siècles. Paris était changé en un camp muré, les maisons en tentes, les bour-

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geois en soldats, parmi lesquels les marguilliers, les sacristains, les clercs, les chantres, étaient colonels, capitaines, sergents, enseignes.

Continuellement tambours, cloches; et silence au palais du roi , et silence au palais de justice; et silence aux collèges; et silence aux halles, aux marchés. Pour les plus riches comme pour les plus pauvres, de la viande de chien, de chat, de cheval, du pain d'avoine.

Vers la fin, des racines, des herbes cueillies sous les canons des assiégeants et des assiégés.

Bientôt les rues se remplissent de mourants et de morts. Les vautours descendent du ciel; la terre vomit des serpents.

Quel est aujourd'hui Paris? — Lorsque je me souviens des narrations de cet ancien ligueur, je suis encore plus émerveillé de la face actuelle de ce grand Paris. Comme les corps vigoureux, tout aussitôt qu'on Ta rendu à lui-même, il redevient ce qu'il était.

Paris a maintenant repris toute sa vie, tout son embonpoint, toutes ses couleurs.

On me dira que je n'ai pas vu Paris avant la ligue : sans doute, mais j'ai vu ceux qui l'ont vu.

Auvergnat, porteur cTeau. (page 195)

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