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XIII. — LE TOUR DE FRANCE D'UN AUVERGNAT

J'aime beaucoup les habitants de l'Auvergne. J'aime leur taille élevée, leurs vives couleurs, leurs yeux brillants, spirituels; j'aime surtout leur continuelle gaieté.

La population active et industrieuse de l'Auvergne déborde dans toutes les autres provinces. Je me souviens que, lorsque j'arrivai en France, je demandais d'où étaient ces hommes îorts qui, dans les villes, portent des seaux pleins d'eau; on me répondit : De l'Auvergne. Et ces jeunes garçons qui montent si hardiment

dans les cheminées pour les désengorger de la

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suie? De l'Auvergne. Et tous ces chaudronniers ambulants, tous ces fondeurs ambulants? De l'Auvergne. Et ces troupes de scieurs de long qu'on rencontre au bord des forêts? et ces troupes de faucheurs, de moissonneurs, qui vont faire les récoltes des riches provinces? De l'Auvergne, de l'Auvergne.

Ce n'est pas tout : ces braves Auvergnats se chargent encore des plaisirs de la France; j'ai dëjà dit ou je dirai que les meilleurs comédiens sont de leur pays. Il en est sans doute de même des musiciens et des danseurs, si l'on en juge par ce grand nombre d'Auvergnats chantant et dansant sur le pavé de toutes les villes.

Ce matin, aux heures où je partais d'Amiens, il faisait un jour des plus froids, il gelait à pierre fendre; une neige fine blanchissait la terre, les arbres, les hommes, les animaux, et était poussée à la figure par un vent glacial. En traversant un village, où tout le monde, renfermé dans les maisons, ne se montrait que derrière les vitres, j'ai trouvé sur la place un vielleur jouant de sa vielle devant quatre petits garçons dansant, sautant, se réjouissant, faisant éclater leur joie par leurs gestes et leurs cris répétés.

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J'ai regardé un moment; j'ai continué ma route. A peine suis-je entré dans un endroit creux, dominé à droite et à gauche par un tertre, que j'ai vu mon vielleur, suivi de ses quatre petits garçons, tous vêtus de toile, tous marchant fort vite. J'étais monté sur ma grande mule; la tête du vielleur se trouvait à la hauteur de la mienne. — Monsieur, m'a-t-il dit, comme si je l'interrogeais, et sur le même ton que s'il * m'eût répondu, il n'y a rien à faire dans ce village; les gens y sont aussi pauvres que dans notre Mont-d'Or. — Eh! lui ai-je dit, vous êtes donc de l'Auvergne? — Oui, Monsieur, j'en suis. — C'est un si beau pays! et cependant vous l'avez quitté ! — Oui, par force.

Comment la maison de Guillaume tomba. — Nous étions trois familles dans la même maison : l'une possédait le rez-de-chaussée, l'autre le second étage, je possédais l'étage du milieu. Un matin que nous étions tous aux champs, la maison prit ce temps pour crouler de fond en comble ; à notre retour, nous ne trouvâmes que des pierres, du bois pourri et de la poussière.

Je n'avais plus rien. Je ne savais plus où me retirer, où vivre. Je ne voyais pas de remède à

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mon malheur. J'allai chez un homme d'expérience, le conseil du village. Nous examinâmes longuement ensemble ma situation et mes ressources. — Guillaume, me dit-il, tout bien vu et bien considéré, il me semble que tu ne peux être ni sabotier, ni galochier, ni allumettier, ni fagotier, ni ramasseur de champignons, ni cressonnier, ni pêcheur de grenouilles, ni preneur de rats, ni vendeur de chiffons, ni ramasseur de clous, ni graisseur de bottes, ni marchand de peaux de lapins; tu ne peux que jouer, chanter et danser; j'ai une vieille vielle depuis longtemps couverte de poussière ; la voilà.

J'allai rejoindre ma femme; elle m'attendait avec impatience. Quelle nuit nous passâmes! Ma femme ne fit que pleurer; moi, je pleurais, je chantais, je dansais, je m'exerçais à jouer de la vieille vielle ; il me fallait à l'aube du jour en gagner ma vie.

J'avais deux petits garçons et deux petites filles déjà assez grandelettes ; je troquai avec un de mes parents mes deux petites filles contre ses deux petits garçons, dont, en compensation, je me chargeai. Mon beau-père, tout pauvre qu'il était, consentit à recevoir ma femme avec un

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petit enfant qu'elle allaitait. Je vendis mon droit de rebâtir entre le rez-de-chaussée et le deuxième étage; j'eus à peine de quoi payer mes dettes. Je partis.

Comment Guillaume vieil a dans V Auvergne. — Monsieur, bien que vous soyez d'une autre condition que la mienne, vous avez sans doute, ainsi que moi, éprouvé qu'en tout les commencements sont difficiles; toutefois, nous réussîmes d'abord assez bien, et ce fut aux boades, aux vinades, aux rassemblements des charrettes à bœufs, des charrettes chargées de vin; mais, ensuite, la timidité nous prit devant ces beaux messieurs, dont les uns étaient vêtus de jupons ou soubre-vestes, à travers lesquels passaient leurs manches à soufflet, étaient chaussés de bottes à découpures, laissant voir avec leurs bas de soie leurs jarretières tressées d'or; dont les autres portaient sur leur court manteau de parade leur long manteau de pluie : je ne pus jamais chanter, je ne pus que vieller. Je ne pus ni chanter ni vieller devant ces beaux chanoines auvergnats coiffés d'un grand capuce d'hermine, qui tenaient en souriant une petite pièce d'argent pour nous la donner, qui nous fai-

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