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saient en riant des signes pour nous encourager et peut-être pour nous enseigner.
Sur les places publiques, devant les pauvres gens, nous ne fûmes pas timides ; mais ils ne le furent pas devant nous. Ils contrefaisaient mon chant, ma vielle; leurs petits garçons contrefaisaient le chant, la danse, de mes petits garçons.
Jamais je n'oserai repasser par Issoire; je ne sais comment s'appelle la place de cette ville, mais je sais qu'elle est plus longue que large. Je la vois encore, je la verrai toujours, tant on s y moqua de nous. Ce fut à ce point qu'un ancien soldat, que les Pères de la Merci avaient racheté des galères turques, dit en nous voyant si bafoués, si honnis, qu'il aimerait mieux ramer que vieller. Que je dise toutefois aussi que le bourreau fut plus humain ; car, tout content d'avoir ce jour-là gagné ses quarante sous à fouetter un homme coupable d'avoir, à une fête, coupé un arbre pour en faire un mai, il nous donna un hardi, que je laissai tomber, mais que mes petits garçons ramassèrent.
Nous nous enfuîmes d'Issoire, et ne nous arrêtâmes qu'à Ussel.
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En chemin, nous vîmes que nous n'étions pas, il s'en fallait bien, les plus malheureux. Nous passâmes près de la prairie d'un château, où un chien enragé était entré pour mordre deux demoiselles et un page. Tous les trois étaient devenus enragés. On voulait, suivant l'usage, leur ouvrir les veines ou les arquebuser. Le page avait demandé à être arquebuse, les demoiselettes, à être étouffées entre deux matelas. On leur avait promis de contenter leurs fantaisies, et dans le jour même on devait leur tenir parole. Mes petits garçons voulaient attendre, s'imaginant que dans une aussi grande réunion il y aurait à vieller; je marchai et je les fis marcher devant moi.
Comment Guillaume viella dans le Limousin. — Monsieur, ne perdez pas de vue que nous jouions, que nous chantions, que nous dansions en particulier, tout le temps que nous n'étions pas à jouer, à danser, à chanter en public ; les progrès de mes petits garçons étaient surtout admirables, et, un dimanche, devant le peuple, ils surprirent tous les connaisseurs, ils me surprirent moi-même. C'était à voir avec quelle dextérité, dans le branle du balai, ils se
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faisaient passer de main en main le long balai de genêt, avec quelle précision, dans la sabotière, ils marquaient la mesure avec leurs sabots. Malheureusement, nous étions passés dans le Limousin, où, comme tout le monde sait, les beaux talents ne sont guère accueillis. J'offrais à de presque aussi pauvres diables que moi de leur jouer et de leur danser la Frisque, les Pauvres Gend'armes, le Frère Pierre, le Beurre frais, la Mercière, la Tripière, pour une jointée de châtaignes; la Rouërgasse, la Mal Maridado, pour autant.
Et pour une rave •.
Cothorino ! Cothorino !
Pourto de civado aux buaus.
Et de fé o los golinos.
Tu beiras qu'anren force uaus.
Mais ils se retiraient; toutefois, il faut dire que leurs raves sont fort grosses, et que les jointées des mains limousines ne sont pas petites. Quel pauvre pays d'ailleurs! Je n'ai jamais vu là, comme ailleurs, de ces coupe-pains, de ces lames de couteau fixées par une extrémité au couvercle d'une caisse ou d'un panier carré, où, dans certaines maisons, chaque année, on coupe
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par morceaux d'une ou deux livres, les pains de deux ou trois cents setiers de blé qu'on y a boulangés; et le plus magnifique banquet où j'aie vielle fut celui où l'on servit un petit porc farci de châtaignes, rôti à une broche tournée par une roue creuse, en planche, où était renfermé un chien. J'ajoute : quel triste pays ! il est tout couvert de châtaigniers. Je voulais en sortir par les belles campagnes bleues du Quercy, par ses champs de safran ; mais, sur ce qu'on me dit des merveilles de Limoges, je me décidai à prendre de ce coté.
On me dit que cette ville avait été brûlée par les Anglais; que, depuis, l'empereur avait aussi tenté de la faire brûler, ainsi que les plus belles villes de France; on me fit voir les signes des brûleurs : c'étaient de petites branches d'arbres, comme des mesures de cordonnier, hérissées de plusieurs pointes signifiant les lettres ou les mots du secret langage de ces scélérats. On aurait plutôt dû me dire que les maisons de Limoges, en partie bâties de bois, n'avaient rien moins qu'un aspect riche Monsieur, si vou* y allez, ne faites pas comme mo> : je pris l'hôtel de-ville pour l'hôpital, et l'hôpital pour le châ-
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teau ou palais. Au demeurant, cette ville n'est pas mauvaise pour la vielle. Il y a de l'argent, qui lui vient moins de son hôtel des monnaies que de son commerce.
Comment Guillaume viella dans le Poitou. — Je ne me rappelle pas trop ce qui put m'attirer à Poitiers, où je ne comptais point passer.
Poitiers n'est pas bon pour la vielle : beaucoup de maisons, peu d'habitants. Poitiers est si grand qu'on y trouve des fermes où l'on fauche, où l'on moissonne. J'allai inutilement sur leur porte vieller en l'honneur des fermiers, en termes de vielleur, vieller les fermiers; comme s'il n'y eût eu que des bêtes, personne jamais ne sortit, même ne mit la tête à la fenêtre.
A Niort, le maire est maire-aumônier. Je le viellai lorsqu'il était en grande pompe au milieu de ses trompettes et de ses gardes; sa main s'ouvrit, ou au son de mon instrument, ou à l'aspect de ma misère.
Fontenay, qu'on pourrait appeler la ville aux belles foires, est bon, excellent pour la vielle.
Un soufflet donné à une princesse par le seigneur de Parthenay renversa les fortes murailles de la ville, car, pour punir cette inso-
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lence, le roi les fit raser. Les habitants, après une pareille leçon, ne peuvent être que polis : je les viellai avec plaisir, et j'y trouvai mon compte.
Comment Guillaume viella dans le Berry. — Quand on est forgeron, tisserand, on ne peut pas dire que le Berry est un mauvais pays; on peut le dire quand on vit de la vielle.
Les fermiers royaux fourmillent dans les villes, mettent la main à tout, prennent de l'argent de tout; lorsqu'on les voyait venir, on me disait: — Ah! voici bien une autre chanson, vielleur; bonjour! bonjour!
Dans les campagnes, ils ne fourmillent pas moins.
Et de même que, lorsque je viellais dans les villes, on me disait : Allez vieller devant les riches bourgeois de dix sous, devant les riches bourgeois de vingt sous; de même, lorsque je viellais dans les campagnes, on me disait : Allez vieller devant les riches bourgeois de l'avoine, devant les riches bourgeois de l'orge. Je ne comprenais rien à cela, j'ouvrais de grands yeux. J'appris que, dans les villes, les bourgeois étaient classés par leurs différentes taxes
d'argent, et que, dans les campagnes, ils l'étaient par leurs différentes taxes de différentes espèces de blés.
Je me souviens, cependant, qu'à certaines heures mes petits garçons prenaient grand plaisir à voir les vignes bordées de feux allumés, et de vignerons se chauffant ou faisant cuire leurs aliments ; mais ils furent tout attrapés de ne pas entendre le tintamarre dont je leur avais tant parlé : les gens âgés nous dirent que, depuis un demi-siècle, on ne frappait plus, à l'ouverture ni à la clôture des travaux de chaque jour, les marres l'une contre l'autre.
En passant à Bourges, on avertit mes petits garçons de prendre garde, le jour, aux méchants pauvres de la rue des Miracles, et, la nuit, aux fenêtres qu'ils entendraient ouvrir : car, dans cette ville, on n'est pas aussi exact qu'ailleurs, lorsqu'on est près de jeter quelque chose dans la rue, à crier trois fois, ou en français, Gare î ou, comme dans le Midi, Passe rés? Nous n'eûmes cependant pas de mésaventure; au contraire, nous gagnâmes de l'argent.
Alors, nous eûme^ ^e quoi faire carreler nos souliers-, nous y fîmes me1<re un quartier neuf,
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et, à la première vil le, un autre: vous savez qu'en France les lois ne permettent pas de mettre tout à la fois aux vieux souliers deux quartiers neufs.
Comment Guillaume vieil a dans la Touraine. — J'avais fait une excursion dans l'Orléanais, et, plus loin, une autre dans le Bourbonnais ; j'étais venu dans la Touraine.
Malgré tout ce qu'on put me dire, je voulus aller à Tours. D'abord je m'en repentis : je ne gagnai rien le premier jour ; mais le lendemain, ayant avisé un maçon appliqué à façonner une grosse pierre carrée, je voulus un peu le récréer; je le viellai, et je lui dis que je le viellais pour rien. — Ce ne sera pas vrai, me répondit-il, si vous m'écoutez : tel jour, telle heure, tel autre jour, telle autre heure, trouvez-vous devant l'hôtel-de-ville.
Je n'y manquai pas.
A l'un de ces jours, ce fut une assemblée de tous les divers états formant la commune ; je ne sais pas de quoi on y traita :moi, jen'y vis qu'une file de fournées de pain et de brocs de vin. Les sergents, les clercs de l'hôtel-de-ville, couverts de leurs robes brunes, enrichies de broderie et
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d'orfèvrerie, en distribuèrent à tout le monde, jusqu'aux vielleurs.
A l'autre, ce fut une fête du maire. On posa dans la grande salle ses armoiries sculptées et peintes. Je dansai, je me tournai, je me retournai ; je fus remarqué. On m'envoya une pièce d'argent si belle, si grande, que le plus content de la salle ne fut plus le maire.
Comment Guillaume viella dans la Bretagne, — J'entrai dans la Bretagne. Une partie de la ville de Nantes est espagnole, je veux dire peuplée de marchands espagnols. Ces bonnes gens ne se montrèrent pas très curieux de nous voir danser ni de nous entendre chanter. Il y a tant d'Auvergnats en Espagne 1
Nous fîmes mieux nos affaires en avançant dans le plat pays. Dès que je commençais à vieller, j'étais sûr d'avoir bientôt un cercle de villageois; mais, souvent, mal leur en prenait : ils n'entendaient pas crier : Au feu! ils n'y allaient pas ; ils étaient mis à l'amende. On leur criait de la maison voisine, où l'on assemblait une charpente : A l'aide! à l'aide! Ils n'entendaient pas non plus, ou, pour écouter notre chanson jusqu'à la fin, ils faisaient semblant de
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ne pas entendre; ils étaient encore mis à l'amende. Vous trouvez cela trop sévère; je le trouvai de même, et je manifestai tout haut mon sentiment.
En traversant l'évêché de Léon, je rencontrai un propriétaire qui, la veille, possédait une grande ferme, mais une ferme congéable, dont l'intendant de l'évêque venait de le congédier en l'indemnisant de toutes ses améliorations. 11 tenait une grosse bourse à la main. Je devais le vieller, je le viellai; il me paya en malédictions; il voulait briser ma vielle.
Mais, au prochain village, un homme fort bien habillé, qu'avait fait arrêter là un homme qui l'était fort mal, ayant été mis en liberté sur mon attestation que je n'y avais trouvé ni pain ni vin, ce qui alors, dans ce singulier pays empêchait qu'on pût arrêter personne, me paya, sans être vielle, mieux que si je l'avais vielle.
En avançant toujours dans la Bretagne, on me dit qu'au moment présent les états de la province étaient assemblés; on ne me conseilla pas d'y aller, parce que le temps était mauvais, et que, d'ailleurs, chaque année les états s'assemblaient. Je partis à l'instant, et je ne cessai de