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IV. — LES CHEMINS DE LA FRANCE

J'ai dit, en arrivant en France : Les bonnes auberges! aujourd'hui, je dis : Les beaux chemins! Ils sont plainiers, larges, roulants : que ne puis-je les faire entrer dans l'Espagne, la leur faire traverser et retraverser dans tous les sens !

La construction. — Aussi écrirai-je à mon parrain du Pérou, qui veut que je lui fasse connaître tout ce que dans mon voyage je trouverai de bon et de beau, comment ils sont faits.

On trace d'abord l'aire ; ensuite on la borde de quartiers de roc ; quelquefois on la pave, quand

c'est sur les côtes; mais, dans les plaines, on la

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remplit de cailloux, de gravier, et, dans les plaines basses, boueuses, de pierres. On fossoie les bords, et de vingt-quatre en vingt-quatre pieds, on les plante d'arbres forestiers ou d'arbres fruitiers, que le peuple aujourd'hui n'arrache plus; et puis, fouette cocher! autrefois, fouette charretier !

Je lui écrirai aussi comment on fait les chemins pavés, les chemins ferrés, qui rayonnent autour des grandes villes, surtout autour de Paris. On élève, sur une largeur de deux toises, avec des cailloux, du gravier, du sable, l'aire en dos d'âne; on la pave de gros quartiers degrés ou d'autre pierre de quatre, cinq, six pouces en carré ; on remplit de bon ciment les joints.

Je lui écrirai encore comment on fait les turcies ou turgies, ou levées, qui, ainsi que de magnifiques terrasses, couronnent les bords des fleuves, qui servent en même temps de digue et de chemin. On les élève en terre battue comme les remparts, on les revêt de gazon ou de pierre.

Les dépenses de construction. — Mais je ne lui écrirai pas comment, en France, on fait faire les chemins.

Vous voyez sur ceux qui sont en construction

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de grandes troupes de villageois, d'artisans, porter, mettre en œuvre les matériaux, et, par derrière, des huissiers en robe qui les ont amenés ou requis, au nom du seigneur si c'est un chemin de châtellenie, au nom du maire si c'est pour un chemin allant d'une ville à une autre, au nom du roi si c'est pour un chemin royal, un chemin passant par les principales villes, allant d'une extrémité du royaume à l'autre.

Il faut, cependant, convenir que tous les chemins ne sont pas faits par corvée; que souvent les ouvriers sont salariés, et qu'alors on prend l'argent, ou, comme en Bretagne, sur les consommations de vin, ou, comme dans les provinces des turcies, sur les gabelles, sur les tailles, ou, comme dans la plus grande partie de la France, sur les péages perçus aux travers, aux barrages, aux lieux où l'on établit, sur deux poteaux, en travers du chemin, une longue barre, qu'on lève, qu'on baisse à volonté, qu'on baisse quand on veut arrêter les chevaux ou les voitures de ceux qui refusent de payer les droits. De là, sans doute, cette expression métaphorique, si fréquente dans la langue française : barrer le chemin à quelqu'un, barrer quelqu'un.

Les dépenses d'entretien. — Lorsque les fermiers de ces perceptions, appelés maîtres des chaussées, ne se chargent pas de la réparation des chemins, la dépense en est prise sur les impôts; d'autres fois la réparation des chemins est,, comme la construction, faite par corvées.

Les itinéraires. — J'ai acheté tous les Guides des chemins imprimés depuis un demi-siècle : les Guides des chemins sont aujourd'hui indispensables aux voyageurs.

Ils vous avertissent : Que, sur tel chemin, le pavé commence là, finit là; — Qu'entre telle ville et telle autre il n'y a pas de grand chemin, et alors ils sont vraiment vos guides : « Prends » à main droite, prends à main gauche; passe » au haut, au bas du village; monte, descends » la montagne; suis les prez, va selon les » fossez. »

Ils vous avertissent : qu'aux limites de telle province, les lieues de deux mille cinq cents toises, les petites lieues de France, finissent, et que les lieues de quatre mille toises, les grandes lieues de France, commencent; — qu'aux limites de telle autre province est, sur un grand chêne, l'étendard de séparation; — qu'à cette ville

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frontière, il faut aller au change des monnaies.

Ils vous apprennent : quels sont les mauvais chemins : Chemin du diable, rue d'Enfer ; — quels sont les endroits dangereux, et ils les écrivent pour ainsi dire avec de l'encre rouge : Briganderie ; ancienne brigauderie ; passage périlleux; bois de deux lieues : passe vite !

Ils vous font connaître : l'agriculture française : pays cultivé; prés, vignes, champs, vergers; pays d'ours ; pays de loups; forêts, landes, friches; — les productions agricoles et industrielles : bons marrons, bons melons, bons chapons, bonnes épées, bons hautbois, bonnes quenouilles; — les meilleures auberges : maison rouge, maison blanche : bon vin, bon lit, bon hôte; — les étymologies des noms des villes et des villages : Dreux, ville des Druides; Chevreuse, dans le pays des chèvres; — l'histoire traditionnelle des lieux : château bâti par Ganes, château bâti par Griffon : Voi le sault du cheval de Régnault de Montauban.

Il me semble que la réunion de ces divers rubans de chemin formerait une belle carte agricole, industrielle, commerciale, historique, un vrai tableau, un vrai portrait de la France.

Il fut surpris, (page 43)

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