FOURREURS
Je me suis laissé faire une petite histoire , que
tout le inonde aujourd'hui eroira vraie, que personne autrefois n'aurait crue vraisemblable.
Un fourreur de Paris avait deux filles. 11 assigna leur dot sur le prix d'un habillement fourré complet que lui devait un brillant et riche seigneur. Ces deux filles se sont très bien mariées, et elles ont été très bien dotées, quoique le seigneur doive encore le chaperon , car rarement les seigneurs paient tout.
Il y a un prédicateur célèbre , mon grand ami , qui, dans le cours de ses sermons, a échoué contre les fourrures. Je ne dis pas que notre siècle en a le goût, je dis qu'il en a la fureur l5r' : aussi l'art s'estil élevé à un très haut degré, et s'élève-t-il encore.
Celui-là seul qui a payé des habillemens fourrés complets sait aussi bien que le fourreur qu'il faut pour le grand manteau trois cents martres , dos ou côtés, et six cents petits gris fins ; qu'il faut pour la grande robe de cérémonie deux mille sept cents ventres de menu vair ; qu'il faut pour une robe à relever de nuit deux mille sept cents dos de menu vair; qu'il faut pour la cloche jusqu'à neuf cents , jusqu'à mille ventres; enfin qu'il faut pour le surcot clos, le surcot ouvert , le chaperon , six cents ventres, cinq cents ventres , quatre-vingt-dix ventres ,56. Mais comment un homme peut-il porter ou traîner tant de peaux de bêtes? Ah! l'orgueil, l'habitude, les devoirs de rang, de dignités sont bien forts
7o XIVe SIÈCLE.
Mettre, mettre avec art, mettre beaucoup, en grande quantité , en grand nombre, fourrer, fourrure , fourreur , fourare , fourura : ici le latin est évidemment venu du français l5?.