‹ Histoire des Français des diverses états (volume 2)Chapitre 66 sur 96 · TISSERANDS EN COTON · texte numérisé non relu

TISSERANDS EN COTON

Tandis que les Levantins font une si grande consommation des toiles de coton , nous en avons une espèce d'aversion , ou du moins , à cause de la cherté, nous en faisons bien peu d'usage. Aussi je ne mentionne cette fabrication que pour mémoire367.

T1SSEKANDS EN SOIE.

Il n'en est pas de même des étoffes de soie ; les chevaliers , les écuyers , les gentilshommes, les ma-

no XIVe SIECLE,

gistrats, sont tous vêtus de velours ou de satin r,n ; les grandes dames n'épargnent rien pour avoir du taffetas569, du damas, du cendai , du samit. Les tentures des maisons riches , les ornemens d'église, ajoutent encore à la consommation. i\ous n'avons en France aucune fabrique de soie370; c'est aux Gordeliers d'Italie à décrire cet art, qui nous fait tant de mal, qui nous ruine. Nos oliviers, nos vignes, ne font pas à beaucoup près rentrer en France le numéraire que les mûriers en font sortir. Les marchands italiens, avec leurs paroles douces comme leurssoieries,avec leurssoieries douces comme leurs paroles, nous soutirent jusqu'au dernier écu ; car ce n'est qu'avec des écus , et avec beaucoup d'écus, qu'on peut les payer.

La livre de soie se vend trois francs, il n est pas étonnant que faune de velours se vende six37'.

Tisserands , tisser , texere.

TOMBIEKS.

Tousles jours les tombiers deviennent plus nombreux, et à peine peuvent-ils encore suffire, bien qu'ils aient des magasins ?3 de tombes de métal 7l, de marbre, de pierre, de pierre incrustée de métal374, de pierre incrustée d'émail375 , de pierre incrustée de marbre'76, toutes prêtes à l'avance, où il ne manque guère que les noms et les armes.

Tous les jourw le prix des tombes augmente ; yous n'avez pas une très belle , même une belle

XIVe SIÈCLE. mi

tombe pour cinq, même pour six francs377. L'ordonnance n'a pu les remettre à l'ancien taux3'8.'

Maintenant, qui a de quoi acheter une tombe Tacheté; n'importe le prix : Eh! mes amis, ne croyez donc pas que ces pesantes dalles empêchent que dans la suite des siècles les ailes des vents ou les ailes du temps dispersent vos cendres.

A son grand regret , un bourgeois pauvre se contente du cimetière commun : il lègue une petite somme pour se faire enterrer dans celui des clercs, et s'il le peut dans celui des chanoines379.

Outre ces deux cimetières de gens d'église, nous avons :

Les cimetières des adultes; Les cimetières des enfans; Les cimetières des hôpitaux; Les cimetières des maladreries; Les cimetières des lépreux ; Les cimetières des juifs380.

Je m'étonne que les lois aient oublié d'établir les peines de3 cimetières; elles auraient été d'un grand effet. Souvent c'est moins la crainte du supplice que la crainte de ne pas être enterré 33! qui arrête le scélérat. De même tel homme redouterait plus que toute autre punition celle de reposer dans le cimetière des juifs.

Chose singulière , tous les tombiers savent parfaitement écrire sur le cuivre, le marbre ou la

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pierre , et ne savent écrire ni sur le parchemin ni

sur le papier.

Je trouve que les grandes tombes parlent comme les notaires : Ci-gît haut et puissant seigneur ; ci-gît honorable et discrète personne, messire. .. Dans le royaume des morts il faudrait lire : Ci-gît Pierre; ci-gît Paul; ces mots suffisent. Les tombes sont les portes de l'autre monde , par où ne passent pas les qualifications de celui-ci.

Tombier, tombe, tomber. Nous marchons plus ou moins longtemps sur la terre ; mais a la fin , tous sans exception nous tombons. Dieu veuille que nous tombions entre ses mains et que nous n'en sortions plus !

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