VITRIERS
J'ai souvent envié au riche le plaisir de voir tomber la neige, les frimats, à travers les fleurs, les moissons, les fêtes de l'été, peintes sur leurs vitres.
C'est un bel artqueceluidu vitrier: voyez comme avec ses rubans de plomb il unit les divers mor-
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ccaux de verre; il rassemble, il fixe dans ses panneaux les diverses parties des belles scènes qu'a dessinés le peintre3"; et voyez comme il lie à des barres de ferio° ses panneaux destinés à braver les saisons et les tempêtes.
Les vitres peintes sont un objet d'apparat et de magnificence qui n'appartient guère qu'aux temples, aux palais, tout au plus aux maisons des grands seigneurs40'. Les vitres en verre blanc, à carreaux losanges siéent bien aux bourgeois'03; mais qu'ils n'y mettent ni médaillon , ni chiffres, ni bordures, car j'aimerais autant les voir attacher des éperons d'or à leurs souliers cloutés.
Le pied carré de verre blanc se vend trois sous*°\
Vitrier, vitre, vitra.
Frère André, ici finit le travail de notre frère Aubin, ici finit aussi le mien.
Ce petit écrit du frère Aubin a été , dans cette maison , l'objet des jugemens les plus opposés. Plusieurs de nos frères ont dit qu'il y manquait bien des choses, entre autres, qu'il n'y avait rien sur la vente des métiers, ou taxe qu'à leur réception les maîtres paient au roitc|; rien sur le hautban, ou taxe que dans certaines villes les maîtres paient annuellement au roi pour le rachat des tailles et des coutumes4 8S; rien sur les juridictions des grands officiers de la couronne*06, des rois des métiers407, des doyens, des syndics, des jurés des gardes408;
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rien sur les matières de fabrication légale07, sur les matières de fabrication prohibée f,c, sur les heures où il est permis, où il est défendu de travailler'11 , sur cette admirable police qui force les arts à marcher par les voies de la perfection41; rien sur ces artisans d'élite, ces artisans valets de chambre du roi pris dans les divers métiers4'3, dont ils deviennent les hauts et constans protecteurs ; rien sur l'accroissement progressif de l'importance politique de certains métiers , notamment des bouchers, aujourd'hui de fait les chefs, les maîtres du bas peuple4'4 ; rien enfin sur les confréries, les solennels repas, les réjouissances, les joies annuelles en l'honneur du saint*1'. Ils auraient voulu enfin que ce traité, commençant ou finissant par les annales chronologiques des inventions, des perfectionnemens, avec les noms de leurs auteurs, eût été en même temps et l'histoire des arts et l'histoire des artisans. Plusieurs autres de nos frères, et c'est le grand, le très-grand nombre, auraient voulu au contraire qu'il n'y eût eu que la simple description de l'art ; tout le reste, suivant eux, étant d'une curiosité futile et même un peu bourgeoise.
Quant à moi, je n'ai point eu d'avis, et je n'en aurai que pour vous seul ; mais j'oserai vous le donner tout entier ; le voici. Par la raison que l'histoire des arts doit faire partie de l'histoire des artisans, l'histoire des artisans doit faire partie de l'histoire des arts; mais, il y a plus, je ne marre-
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terai pas là. Cette idée en a amené d'autres. Je ne pense pas seulement, avec certains de nos frères, qu'il devrait y avoir une histoire des artisans , je pense encore qu'il devrait y avoir une histoire des laboureurs, une histoire des bergers, une histoire de chaque état. Je pense que l'histoire de tous les états devrait être l'histoire. En vérité, je ne sais comment, dans un siècle tel que le nôtre, l'histoire n'a pas, comme l'assemblée des états-généraux, admis, avec le clergé et la noblesse, la bourgeoisie ? Comment se fait-il donc que l'histoire, toute écrite par des plumes ecclésiastiques, ne soit pas chrétienne et que , pour m'exprimer ainsi que sur la chaire, elle ne fasse point également cas des petits et des grands ? Comment se fait-il qu'elle ne daigne parler que d'un ou deux états ; qu'elle dédaigne les autres? Vous m'objecterez, et je m'objecte bien , Hérodote, Thucydide, Tite-Live, Tacite; je m'objecte bien encore, sans que vous me les objectiez , nos grands historiens français. Aussi, j'humilie ma pensée, et je larefrène quand je la vois en opposition avec tous les noms d'esprit anciens et modernes. Pourtant, frère André, je ne puis, sauf correction, m'empêcherde croire qu'on pourrait faire l'histoire des artisans au moins dans l'histoire des arts.
Écrit à Tours, le deuxième jour du mois de janvier.
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