LES ÉTATS-GÉNÉRAUX
Épître lxxxviii.
Bien qu'un grand nombre de moines ou de religieux occupent des places publiques fort importantes ; bien que plusieurs d'entre eux manient les affaires de l'état, il est cependant vrai de dire que les ordres monastiques se trouvent placés hors du monde : nos couvens sont comme de hautes loges grillées , autour de ce grand théâtre , dont nous jugeons quelquefois assez bien les différentes scènes qui s'y jouent.
Dans ce moment, il s'en prépare une à laquelle toute la nation va prendre part.
i5o XIVe SIÈCLE.
On parle d'une convocation des états-généraux.
Frère André, c'est une chose à remarquer : lorsque les rois de France ont peur, ou des papes qui veulent les excommunier, ou des rois d'Angleterre qui veulent être rois de France, ou des grands vassaux qui veulent être rois d'une partie de la France, [ils convoquent aussitôt les états-généraux. C'est encore aux états-généraux qu'ils s'adressent dans leurs besoins, leurs nécessités, leur détresse, et je pense que c'est à la dernière cause qu'il faut attribuer cette convocation'.
Nous connaissons tous l'esprit de l'assemblée qui va se réunir.
Les nobles ont toujours demandé, ou du moins désiré une république; et bien que le commandeur de Montbason soit mort, je l'entends souvent parler dans leurs réunions quand il sagit de la forme du gouvernement.
Les communes, au contraire, ont toujours voté pour la royauté, pour le maintien de l'autorité royale, pour son extension^ peut-être pour sa trop grande extension.
Les gens d'église, c'est-à-dire les sages, les savans, les philosophes, tiennent entre deux la balance.
A la chambre des nobles, qui sont les riches, les forts, les puissans, les seigneurs, le roi n'est que le roi de Pologne. A la chambre des communes il «est là vraiment le roi de France.
XIVe SIÈCLE. i5i
Mais., frère, dites-moi donc, les bons et loyaux députés pourront-ils enfin sans danger dire hautement leur avis, ou faudra- t-il que le roi leur accorde toujours une escorte de six hommes armés, qu'il ordonne toujours à tout le peuple de les conserver, de les garder; que toujours contre la malivolence il les prenne spécialement lui-même sous sa royale sauve-garde3?
Écrit à Tours, le trente-unième jour du mois d'octobre.