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LE TRAVAIL DES MAINS

ÉpUre en.

Vous pensez que tous les frères de l'ordre indistinctement devraient exercer un art mécanique : je le pense comme vous. J'avoue que je n'ai pas été toujours de cette opinion. J'aimais trop les scien-

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ces. Mille fois j'ai médité sur les moyens de simplifier les signes de l'écriture , d'abréger les mots l , d'abréger les lettres; enfin , de perfectionner la seule manière possible de donner à tout le monde des livres et des bibliothèques. Je ne voyaisla splendeur de la religion et de l'état que dans le nombre des hommes savans. L'immense bibliothèque du Louvre, où il y a, dit-on, neuf cents volumes', me paraissait encore trop petite. Mais l'âge nous change; et il semble qu'en même temps qu'il courbe notre corps il redresse notre esprit. Si les Bénédictins, les Bernardins surpassent en quelque point les Gordeliers, c'est parle travail des mains, qui s'est encore maintenu dans plusieurs monastères , où , durant l'intervalle des offices , j'ai vu les moines conduire la charrue, essarter, planter , moissonner3. Le scapulaire , que portent aujourd'hui par honneur les religieux , n'était autrefois que l'habit de leur atelier4. C'est à mon regret, autant qu'au vôtre, qu'on n'a point voulu arrêter, au dernier chapitre, qu'à l'avenir les frères mineurs , en conformité de leur règle5, s'entretiendraient de leur travail.

Dans ce moment, nous faisons bâtir un nouveau cloître autour du grand préau; nous aidons tous chacun selon nos forces : rien de plus monastique et en même temps de plus agréable que ces arcades grillées par des barreaux , où se jouent ensemble la lumière du soleil et les ombres qu'elle projette : rien de plus artistement sculpté que les ornemens des

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chapiteaux, où Ton voit des tours, des forteresses, des griffons, des singes , des fleurs , des fruits, des personnages , dans les postures les plus bizarres et les plus propres à divertir un moment pendant la récréation ou a satisfaire le goût des connaisseurs et des étrangers.

Souvent , en voyant ces nouveaux portiques , je me dis : Combien de religieux y circuleront encore, après nous, avant que les siècles aient pu les entamer ! combien de mille ans resteront à la même place les assises que nous venons de poser ! Il me semble que ces piliers porteront tous les âges futurs, tant les diverses parties en sont bien liées, tant elles contribuent par leurs proportions à la solidité générale de l'ensemble. La seule chose qu'on puisse craindre, ou plutôt supposer, ce serait, dans la suite des temps, une invasion des Sarrasins ou des Turcs. Eh bien ! la France , toute conquise , ne laisserait pas toucher à ses cloîtres ; le sacrilège qui oserait y porter la main serait lapidé avec les premières pierres qu'il en aurait détachées*

Écrit à Tours, le dix-huitième jour du mois d'avril.

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