‹ Histoire des Français des diverses états (volume 2)Chapitre 93 sur 96 · LES APPARITIONS · texte numérisé non relu

LES APPARITIONS

Épître cm.

Nos prédécesseurs ont-ils bien ou mal fait de conserver et de copier les anciens ouvrages dangereux pour la religion? Et nous, qui sommes plus avancés en raison, et qui continuons à les conserver et à les copier, ne serons-nous pas accusés d'impiété ou du moins d'imprudence par les siècles futurs?Cette question fut agitée ici il n'y a pas longtemps. JNos frères dirent que Dieu était assez fort pour défendre la religion contre ses ennemis, ce qui, à mon avis, ne prouvait pas que nous dussions conserver l'ivraie dans le champ du père de famille; ils dirent aussi que les lettres se trouvaient exclusivement entre les mains du clergé; ils dirent enfin que dans tous les autres couvens des Cordeliers , dans tous les couvens des autres ordres, on conserve et on copie tous les anciens livres1. Cette dernière raison qui est la plus mauvaise est cependant celle qui nous a décidés dans cette occasion, et qui en général décide les hommes dans toutes. 11 fut donc délibéré que les six plus jeunes profès continueraient, suivant l'usage, à copier les divers livres de la bibliothèque.

Depuis quelques jours, le jeune frère qui copie

35o XIVe SIÈCLE.

Flavien Joseph a plusieurs fois vu et entendu dans les airs , comme aux années qui précédèrent les malheurs de Jérusalem , des soldats s'entre-tuer, de grandes bières s'entre-choquer dans des nuages couleur de sang2. Certains de nos religieux croient aussi voir et entendre la même chose. Quant à moi, on m'a mené dans le jardin; j'avoue que je n'ai rien vu ni entendu ; mais aujourd'hui mes sens deviennent de plus en plus débiles et de plusen plus se refusent à remplir leurs fonctions.

Dieu veuille avoir pitié de nous, et se contenter de nous menacer.

Ecrit à Tours, le vmgt-unième jour du mois de novembre.

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