‹ Histoire des Français des diverses états (volume 3)Chapitre 16 sur 23 · LE CONSEILLER D'ÉTAT · texte numérisé non relu

LE CONSEILLER D'ÉTAT

Histoire xxvi.

Un grand, un très grand personnage que le maire son parent a amené ce soir pour le divertir à la discussion qui, depuis quelques jours, a lieu aux veillées de l'Hôtel-de-Ville, a voulu y prendre part. Aussitôt, dans les divers rangs de l'assemblée, tout le monde s'étant respectueusement tu., il a parlé en ces termes : Messires, ceux-là qui souffrent, lorsque la France souffre, qui ne se réjouissent pas même lorsque la France se réjouit, qui sont dans une continuelle sollicitude sur ses destinées , qui en répondent aux âges présens , aux âges futurs , ne pouvent être heureux» Tels sont les hommes

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que la naissance, ou le rang , ou le choix du prince

appelle au conseil d'état ' ; je suis de ce nombre.

Ma famille me destinait à être clerc ; le sort m'a fait passer à la magistrature, ensuite au maniement des affaires publiques. Toujours plus élevé , toujours plus honoré , j'ai toujours été plus malheureux.

Jamais je n'ai eu le temps de goûter les douceurs de l'hymen, encore moins celles de l'amour. Durant mes jeunes années , Jehanne , Yolande, Mahault me guettaient inutilement. Leurs doux et brillans yeux avaient beau se mettre en campagne, ils revenaient toujours à vide. C'eût été bien convenable à moi, que mon oncle le chancelier de l'ordre de Saint-Lazare , par de nouvelles vues , avait retiré de la cléricature pour me faire passer dans la haute administration , de complimenter les dames sur leurs collerettes à papillottes, snr leurs gorgerettes brodées, ou sur le jeu de leurs templettes 2 , pendantes aux deux côtés de leur tête oisive. Déjà , dans ces temps , je lisais la politique d'Aristote, les lois de Fortescue3, les Lunettes des princes4; ces lectures faisaient un partie essentielle de la grave et savante éducation que je recevais de mon oncle.

Un jour qu'il me rencontra sur la porte de ma chambre où je rentrais , il passa le bras sous le mien et me fit prendre le chemin de son jardin , clos de hauts murs, ainsi que devait l'être le jardin d'un

homme d'état. Nous nous assîmes auprès d'un pommier dont les branches chargées de fruits qui ombrageaient ou couronnaient son front , offrait l'emblème de la maturité de son âge et de sa raison: Beau neveu, me dit- il, le roi, c'était Louis XI, n'a peut-être pas été un bon fils, un bon frère, n'est peut-être pas un bon père , un bon roi , mais il n'est pas un mauvais politique. 11 compare volontiers le roi et le royaume à l'ame et au corps5. Cette comparaison est à quelques égards juste : un royaume sans roi est un corps sans ame, un roi sans royaume est une ame sans corps. J'aime cependant mieux comparer le roi à un agriculteur et son royaume , surtout quand c'est le royaume de France , à une riche et belle terre que Dieu l'a chargé de cultiver, de fertiliser, défaire fleurir.

Trois genres de culture conviennent en même temps à la-France : la vigne qui représente le clergé, en ce que le vin qu'elle donne , semblable à la religion, soutient l'homme dans ses travaux, fortifie et réjouit son cœur ; la forêt qui représente la noblesse, en ce que, bien qu'elle ne produise pas, elle protège la terre contre les orages , la pare de ses verdoyans rameaux ; le blé qui représente le peuple, en ce qu'il vient nombreux, dru, serré, humble, à peu près égal, et qui le représente encore, en ce que durant les plus longs jours, il porte ces épis dorés, pesans, pleins d'une farine blanche ?. fine et nutritive.

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Dans les siècles anciens , l'agriculteur de la terre de France ne cultivait ou était obligé de ne cultiver guère que la vigne ; voyez l'ancien serment que le roi prononce encore à son sacre6.

Aux siècles suivans vinrent les troubles , les guerres. La forêt s'éleva , et en l'absence de l'agriculture, elle envahit tout. Je parle des temps qui précédèrent l'avènement de Hugues-Capet7.

Enfin l'agriculteur introduisit, pour ainsi dire clandestinement, la culture du blé qui auparavant n'était guère que de l'herbe foulée aux pieds. Cet agriculteur fut Louis VI , dit le Gros. Il donna la première existence aux communes8.

De nos jours Louis XI, comme un propriétaire absolu, s'irritant contre la forêt qui tenait, suivant lui, trop de place, lui résistait, le menaçait, a pris la hache, a frappé, ébranché, abattu, a fait trembler jusques aux plus petits arbres, et de ses mains, pour ainsi dire sanglantes , a semé le blé dans les clairières 9.

Beau neveu , reste à savoir si cette longue et épouvantable coupe est d'un bon agriculteur; si les vraies proportions des trois cultures ne sont pas interverties, si celle de la forêt n'a pas été trop restreinte, si celle du blé n'a pas été trop étendue. Vous médirez votre opinion; mais, auparavant vous y penserez.

O malheureux que j'ai toujours été ! A l'âge de vingt-six, vingt-huit ans , tandis que les autres s'oc-

cupaient tantôt de leurs affaires tantôt de celles de leur voisin , et tantôt plus agréablement de celles de leur voisine , tandis que les autres chantaient, dansaient , me voilà seul , isolé , à me creuser la tête des proportions rationnelles où doivent être la vigne, la forêt, le blé.

A force de réfléchir, d'examiner, j'arrêtai dans mon esprit que les respectables ceps de la vigne portaient entre leurs beaux rameaux pourprés bien des rameaux gourmands qui épuisaient infructueusement la terre; que du clergé il ne fallait laisser, ou à peu prés , que l'ordinaire10 : Diable î me dis-je, mais c'est ainsi que parle Jérôme u. Je fus d'abord effrayé; toutefois, je me rassurai bientôt et me fis ce raisonnement : Quand Jérôme dit : trois et deux font quatre, il a tort, et personne ne doit dire comme Jérôme; mais quand il dit : trois et deux font cinq, il a raison , et tout le monde doit dire comme Jérôme.

Je n'examinai pas long-temps si la forêt était trop étendue, parce que je pensai que dans la suite le blé , avec sa poudre à canon , sa géométrie , son imprimerie, son grec, finirait parla défricher, par l'extirper, de manière à ne laisser sur la terre que quelques noms de Noir-bois, Vieux-bois, Bellebranche, La chênaie, Du chêne, Grand chêne.

Par la même raison je n'examinai guère non plus si le blé avait encore la proportion d'étendue qui naturellement lui appartenait, parce que dans ma

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pensée il devait, à la longue, à la très longue, si vous voulez, tout envahir.

Je me résumai : vigne à protéger et à émonder; forêt à protéger et à conserver ; blé à protéger et à contenir. J'allai chez mon oncle.

Je lui exposai clairement, mais un peu crûment, mon opinion. A peine m'eut-il entendu que, sans me rien répondre § sans me rien dire , il me prend par la main et m'amène hors de son cabinet; je me disposai à m'excuser par une glose qui aurait été le contraire de mon texte; il m'impose silence ; et fermant à clef son cabinet, il continuée m'amener avec lui. Nons sortîmes , nous allâmes chez un des plus hauts dignitaires : Monseigneur, lui dit mon oncle, voilà ce petit bonhomme qui, à vingt et quelques années, s'avise d'avoir les mêmes idées que vous : Beau neveu, continua-t-il, en s'adressant à moi , redites mot pour mot ce que vous venez de me dire ; je n'y manquai. Le haut dignitaire se leva tout émerveillé et dit à l'oreille de mon oncle, à voix basse, mais cependant assez haute pour que je l'entendisse : Bientôt au parlement, aux Enquêtes , ensuite aux Requêtes de l'hôtel , ensuite au Conseil". Il nous congédia en embrassant mon oncle et en me frappant sur l'épaule.

C'est le chemin que m'a ouvert le bras tout puissant de cet illustre ami.

Mon fils, me dit-il, en me remettant ma commission de conseiller au conseil du roi , donnez-

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moi votre attention. Il est pour vous indispensable de bien connaître l'origine et l'organisation du corps dont vous faites maintenant partie.

Le conseil du roi, ou conseil detat, a pris successivement le nom de conseil secret, de conseil étroit, de grand conseil, de conseil privé l3.

Il était autrefois composé des plus hauts prélats, des plus hauts barons14, des princes, même des princes non feudataircs ; l'histoire fait mention des temps où le comte de Savoie y a pris séance15.

Philippe-le-Long voulut que le conseil tînt un registre de ses délibérations ,6.

Les lumières commençaient alors à percer . Q uand elles eurent percé davantage , la connaissance des lois devint de plus en plus nécessaire, et il fallut appeler ceux qui l'avaient. Le parlement tantôt en corps, tantôt en partie, fut souvent adjoint au conseil '7.

La chambre des comptes y fut aussi quelquefois adjointe l8.

Yous trouvez déjà beaucoup de confusion dans cette agrégation de divers corps.

La confusion devint encore plus grande , lorsqu'à la guerre du bien public, en i/j65 , Paris força le roi à faire entrer dans son conseil ordinaire dixhuit autres conseillers, six bourgeois de la ville, six régens de l'Université, six conseillers au parlement19.

Aujourd'hui le conseil se trouve raisonnablement

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composé des gens de tous les états, du moins de

tous les hauts états20.

11 est raisonnablement divisé en trois sections, celle des affaires politiques, celle des finances, celle de la justice l.

Différens jours sont assignés à ces différentes sections22.

En l'absence du roi, les princes du sang président suivant leur rang23.

Mon fils, ajouta-t-il, j'avais eu d'abord intention de vous faire entrer au conseil en qualité de maître de requêtes, de rapporteur34 : depuis j'ai espéré que je parviendrais à vous y faire entrer comme conseiller, et j'y suis parvenu. Vous aurez voix délibéralive; mais souvenez-vous que lorsque nous voulons faire recevoir de nouvelles opinions , il faut habilement les mélanger d'opinions reçues. Ainsi agit ce grand semeur de nouvelles opinions quia tant de science, tant d'expérience, le temps.

J'avais un peu plus de quarante ans lorsque j'entrai au conseil.

Nous étions au château d'Amboise ; je me rappellerai toujours la première séance et ce qui la précéda. Je traversais la cour à la suite des autres conseillers. Les anciens veneurs se prirent à dire à voix haute , en nous regardant de travers : Quel beau jour de vol et de courre ! n'aurait-on pu renvoyer le conseil ! Autrefois il n'en était pas ainsi ; aujourd'hui, on n'a souvent pas le sens commun.

J'entendais ; les autres conseillers entendaient aussi bien que moi : nous fîmes tous semblant de ne pas entendre. Vous voyez comme les épines étaient déjà semées jusque sur le seuil de la porte. Nous entrâmes dans une longue , large et haute salle , pour ainsi dire taillée aux grandes affaires qu'on devait y traiter. Le roi vient , s'assied, nous nous asseyons sur nos escabelles *5 , et la séance commence. Plusieurs affaires sont expédiées. Il s'en présente une où quelques conseillers proposent de supprimer cette ancienne formule : la présente ordonnance sera exécutée dans nostre royaume et Dauphiné*6 ; quelques autres s'y opposent. La proposition est mise aux voix. Quand ce fut mon tour d'opiner , je dis qu'une pareille formule n'était point politique, qe'elle rendait cette province étrangère au royaume, qu'il fallait enfin effacer cette vieille délimitation de France royale et de France impériale'7 : Messire, me dit d'une voix haute et dure , un conseiller ennemi de mon ami , on le voit bien ; vous êtes Dauphinois ! Je sentis mon sang s'allumer : Oui, lui répondis-je, rien n'est plus vrai; ici je suis le plus ancien sujet du roi; car avant d'être roi , le roi a été dauphin8.

Plusieurs autres séances ne m'ont été guère moins pénibles.

Vous saurez que le secrétaire lit successivement le travail dont le conseil doit s'occuper ou l'état des affaires à expédier.

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Nous nous trouvions un jour dans des circonstances difficiles, et l'on commença par celle des rubriques marginales du travail9, qui portait : Assemblée de trois états à convoquer.

Les uns étaient de l'avis de la convocation ; ils disaient que le peuple avait de l'argent ou n'en avait pas, suivant que c'était ou la voix des trois états ou la voix du gouvernement qui lui en demandait.

Les autres s'y opposaient; ils disaient que les états assemblés suspendaient l'autorité royale, témoin les derniers états de Tours où les députés, commençant doucement leurs harangues par Jesus- Maria , mais bientôt invoquant l'autorité des apôtres, de la Bible, des Pères, des auteurs latins , grecs, de Virgile , d'Àristote 3o , voulaient que leur convocation se fît, de droit, tous les deux ans, et que sans leur consentement, il ne pût y avoir de levée de subsides31. Souvenez-vous, d'ailleurs, ajoutaient les conseillers opposés à la convocation ,. que ce qui nous rend les plus malheureux , que ce qui nous est le plus difficile, c'est de satisfaire les trois états sur leurs semble bon, semble raisonnable , semble convenable de leurs cahiers32.

Les conseillers qui au contraire désiraient la convocation des trois états insistaient et proposaient d'en agir à leur égard comme envers les trois états de certaines provinces, de pensionner les présidens, les chefs33 , ou mieux , comme envers les trois états de la Normandie, où l'assemblée, la convention est

tous les jours bien disposée, où tous les jours on la fait manger et boire 34.

Je me rangeai à l'avis le plus avantageux : aussitôt tous les avis opposés , je veux dire tous les conseillers qui avaient un avis opposé, m'en voulurent et me suspectèrent , ou de ne pas avoir un esprit droit , ou de ne pas avoir des intentions droites.

Il en fut de même un autre jour , qu'une partie du conseil était d'avis de soutenir le grand conseil dont le procureur général venait d'être mandé par le parlement35 : Le grand conseil, disaient-ils, a été institué sous le prétexte plausible de juger les procès relatifs aux bénéfices de nomination royale ; mais avec son titre de cour souveraine, avec son droit d'évocation, avec ses continuels conflits de juridiction b6, il lasse ou il lassera, il refrène ou il refrénera le parlement aujourd'hui hérissé de gens de loi , de gens de plume.

Voici ce que leur répondaient ceux qui étaient pour le parlement contre le grand conseil : Le parlement, à la vérité, gêne quelquefois l'action du gouvernement, il a le droit d'enregistrer les lois et celui de faire des remontrances , quand il ne les juge pas avantageuses; mais il obtempère et enregistre sinon au premier ordre , du moins à l'ordre réitéré du roi , ex iterativo régis mandate*7 ; il s'immisce bien quelquefois , c'est encore la vérité, dans les affaires d'état; mais pourquoi aussi le roi le faitil consulter'"? Il faut, continuaient-ils, ne pas aigrir,

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il faut gagner le parlement dont les pairs , les princes du sang, le roi et quelquefois même le conseil du roi fait partie \ Le parlement est le pot de fer. Le grand conseil, composé de gens de cour, est le le pot de terre, si l'on veut, le pot de terre vernissé.

Je vous le demande , messires , comment faitesvous ici, à Troyes, comment faire, pour être de l'avis de tout le monde , lorsque les avis sont partagés? Je me rangeai encore à l'avis qui me sembla le meilleur : celte fois , il m'en arriva pire , car c'était l'avis de la minorité, et je m'attirai la malveillance du plus grand nombre.

A beaucoup d'autres séances , il en fut de même.

Car peut-on adopter ou rejeter indistinctement toutes les opinions suivantes que j'ai entendu mettre en avant au conseil?

La forme du gouvernement doit être caractérisée par le genre de sa force. Jusqu'au siècle actuel, l'armée a été composée du ban et arrière-ban des vassaux et arrière-vassaux, jusqu'au siècle actuel la monarchie a été féodale. Au siècle actuel , l'ar*mée est composée de troupes permanentes, au siècle actuel la monarchie est militaire , ou si l'on ne veut pas l'appeler militaire , on sera obligé de l'appeler absolue ; et elle le sera toujours , car avec la permanence des troupes on aura la permanence des subsides, et avec la permanence des subsides on aura la permanence des troupes.

Aujourd'hui le roi est devenu tout-puissant, il dispense qui il veut, même du droit commun40.

Aujourd'hui, sans trop s'embarrasser si le clergé , surtout si la noblesse se réjouit, c'est au tiers-état à se réjouir.

On a vu , on ne voit pas et on ne verra plus dix mille chevaliers ou écuyers la main sur la garde de l'épée, tout près de la tirer, de s'égorger pour la querelle des princes41. On a vu , on ne verra plus les princes faire, par le ministère des officiers publics, plusieurs traités d'alliance avec les nations étrangères4', faire, parle ministère des officiers publics, des traités de ligue et d'association avec la reine43.

Si les parlemens sont trop indociles , on rebrisera encore l'étendue de leurs ressorts44, ou l'on fera descendre la souverainté de la justice aux bailliages.

Si les trois états regimbent , on ne convoquera que des assemblées de notables 45.

Mais voici qui , pour notre malheur, me semble et sans doute vous semblera incontestable : La nouvelle forme de notre gouvernement va en amener encore une plus nouvelle. Nos petits-fils, peutêtre nos fils, verront disparaître ces antiques ministères du connétable, de l'amiral, du grand aumônier, du chancelier, des généraux des aides46. Au lieu de cent bras qui se croisent , qui s'affaiblissent , le roi aura quatre ou cinq bras forts qui le serviront

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mieux, qui le serviront d'ailleurs plus discrètement ainsi qu'il le désire ; car vous lisez dans les comptes une infinité d'articles dont le roy nostre seigneur veult quil ne soit fait mention*1. Quels seront ces quatre ou cinq bras ? Les chambellans ? je ne le crois pas. Les écuyers? je ne le crois pas non plus; je crois plutôt que ce seront les clercs-wotaires-secrétaires du roi48. Les clercs , les notaires sont très souvent les plus instruits et toujours les plus fins. Les secrétaires sont toujours les plus souples : vous les voyez, dès que le roi veut leur dicter quelque chose, se mettre aussitôt devant lui un genou en terre, leur papier, leur plume sur l'autre49. Au moment où je parle , il en est à la cour qui ont le plus grand crédit50. Les clercs-notaires-secrétaires déposeront le nom de clerc , pour ne pas être confondus avec les gens d'église ; le nom de notaire pour ne pas être confondus avec les gens de robe; ils conserveront bien sûrement le nom de secrétaires, de gardiens du secret de l'État. Il y aura un secrétaire de la guerre, un secrétaire delà marine, un secrétaire des affaires ecclésiastiques , un secrétaire de la justice, un secrétaire des finances5 . Sous le plus grand nombre de règnes, ces secrétaires du roi seront rois ; et nous , messires , que deviendronsnous alors? Nous sommes les conseillers du roi, nous serons les conseillers des secrétaires du roi. Aujourd'hui il est vrai, alors il sera encore plus vrai que notre état est les plus malheureux.

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