‹ Histoire des Français des diverses états (volume 3)Chapitre 6 sur 23 · L'ARTISTE · texte numérisé non relu

L'ARTISTE

Histoire xxi.

Le peintre de la ville n'est pas très grand ; mais il n'est pas très petit : il n'est pas très jeune, mais il n'est pas très vieux; il est d'une taille raisonnable et d'un bon âge ; il a une belle figure qui ne lui coûte pas un sou ; et ce soir il portait un habit qui paraissait ne lui avoir coûté guère plus. Quelques autres personnes d'un état analogue au sien, qui étaient venues l'assister ; n'avaient de guère

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meilleurs habits. L'assemblée était, en général, assez disposée à lui donner et à leur donner gain de cause. Elle y a été encore plus disposée quand il a eu fini de parler. On l'a écouté tout le temps avec bienveillance , ou ce qui , dans cette occasion revenait au même, avec un profond et continuel silence.

Il s'est exprimé en ces termes :

Messires , on ne dit pas : gueux comme un chanoine, gueux comme un seigneur, gueux comme un avocat, gueux comme un financier, gueux comme un laboureur, gueux comme un artisan, gueux comme un marchand. Non, on ne ledit pas; mais sans cesse on dit et on entend dire : gueux comme un peintre. INotre pauvreté, notre misère , notre malheur sont passés en proverbe.

Vous savez tous ici que je suis peintre; vous allez savoir pourquoi et comment je le suis.

Le greffier delà justice de Rheims était mon père; il ne prenait pas plus que ce qui lui était du ; et il gagnait cependant beaucoup. Mon frère aîné avait naturellement le goût du greffe; moi, j'en avais une aversion qu'il cultivait avec soin. Après la mort de mon père, je m'appliquai uniquement à peindre. Mon frère disait de moi ce qu'à peine aujourd'hui je mériterais qu'il dît, que je faisais descendre sur la toile de mes tableaux les saints et les anges du ciel. Il me vanta tant et tant , qu'il acheva de m 'enflammer , je résolus d'aller en Italie. Pour un si

long voyage, il me fallait de l'argent; il m'en fallait beaucoup : je réglai mes droits avec mon frère qui me compta en or tout ce qui me revenait, m'embrassa et me ferma aux talons la porte du greffe.

Je pris mon chemin par Lyon ; j'y fus arrêté par un peintre italien avec lequel j'avais fait connaissance : Miocarofiglio, me dit-il, vous allez en Italie, c'est aujourd'hui inutile; Charles VIII a attiré en France assez de bons peintres italiens l. Il m'amena dans son atelier où je trouvai sa famille et ses élèves; il me fit peindre , il me blâma, me loua, m'enchanta, me débarrassa de tout mon or. Nos conventions furent simples; il s'engageait à m'enseigner à peindre comme lui, c'est-à-dire , comme les peintres italiens.

Mon application, mon travail ne pouvaient être plus grands ; mes progrès furent proportionnés ; mon genre devenait de plus en plus italien ; mon maître ne m'appelait plus Antoine, mais bien Antonio.

Antonio, me disait-il , tenez pour certain qu'il n'y a de peinture que depuis le commencement de notre siècle, depuis l'usage des couleurs à lhuile% qui fondent, unissent les teintes, qui en font une espèce de glace magique où les personnages se meuvent, agissent : non que je prétende que l'art ne puisse exister sans ce moyen ; mais le hasard a voulu que l'un nous vînt en même temps que J'au» tre : car voyez les peintures du dernier siècle , qui

encroûtent si ignominieusement les vieilles murailles; voyez les tableaux de ce temps pour ainsi dire divisés en compartimens comme des panneaux de vitre '. Mon ami, nos anciens peintres ignoraient l'unité de ces grandes compositions, où, sans être confondus, tous les objets sont en rapport 4; ils ignoraient l'art de la perspective r> ; ils ne se doutaient pas du clair-obscur6; ils ne connaissaient pas le coloris : enfin, si Ton excepte un peu de dessin, que quelques-uns, en assez petit nombre, savaient, ils ne savaient rien. Antonio , les peintres actuels n'ignorent plus ces belles parties de l'art ; ils ont étudié la géométrie, l'optique , l'anatomie l\ ils ont étudié l'antique 3 , cette merveilleuse et intarissable source des beautés qu'ils ont fait, passer dans l'école moderne.

Que si vous voulez, mon cher Antonio , vous illustrer dans votre état, étudiez les tableaux flamands , notamment ceux du maréchal d'Anvers 9; mais surtout étudiez les nôtres , qui ont été apportés en France, ceux des Bellins lo, de Yerrochio1*, de Montagna ,2, du Perousin13, surtout ceux de Léonard de Vinci, ce demi-dieu ou plutôt ce dieu de la peinture , dont les premiers essais ont fait tomber le pinceau des mains de son maître ,4 ; je vous préviens cependant que tous mes conseils vous seront inutiles, si vous ne vous défendez du goût français; il est à bien des égards celui du dernier siècle , et je crains bien qu'en votre pays et le pays

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<ùcs beaux arts, je veux dire entre; la France el l'Italie , les Alpes soient toujours également hautes.

Mais, mon cher maître, lui disais-je en toute humilité , il me semble pourtant que nous avons aussi desgens de mérite. Notre roi René, comte de Provence5, notre Bourdichon l(l , notre Jehan de Paris, qu'on nomme quelquefois Apelles17, sont, ce me semble , bien Français. Alors mon maître se mettait en fureur, m'injuriait, m'appelait cent fois Antoine, et je ne parvenais à faire la paix avec lui qu'en reconnaissant la supériorité de la peinture italienne, qu'en me rendant traître envers la France; aujourd'hui je courrais plutôt au martyre.

Messires, ce qui va maintenant vous étonner, c'est que ce peintre italien était Normand, du pays de Caux. Des Cauchois et des Cauchoises vinrent le voir avec le costume et la coiffure de leur pays, et l'appelèrent mon cousin. II ne se déconcerta pas : mes amis, nous dit-il, la Normandie touche au Vexin , qui touche à l'Ile-de-France, qui touche à la Champagne, qui touche à la Lorraine, qui touche à la Suisse, qui touche à l'Italie ; dans ce monde il faut voir les choses comme elles sont.

Peu de temps après il partit. Quelques instans avant de se mettre en route, il me prit à part et me dit : Antonio , des affaires qui exigent ailleurs impérieusement ma présence, me forcent à déloger cette nuit; je n'ai pas le temps d'arrêter mes comptes avec tout le monde ; mais je laisse dans mes ateliers 4- 10

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les tableaux les plus grands qui ont des valeurs inestimables. Quant à vous , ajouta-t-il, vous pouvez maintenant voler de vos propres ailes; prenez votre essor vers Paris, dites-vous hardiment Italien, et n'ayez pas de cousins cauchois.

Messires , ne blâmez pas légèrement les gens de l'état le plus malheureux : aujourd'hui on méconnaît en France les merveilles de l'art, quand elles appartiennent au pinceau français18; on nous force à mentir.

Je vous l'avoue ici franchement : àParis je mentis à mon tour; mais n'ayant pas le front normand , je ne pus jamais passer pour peindre italien. Bientôt je me bornai à dire que je faisais des tableaux façon d'Italie.

Dans les premiers jours de mon arrivée à Paris , un peintre voulut m'amener à une audience de la cour des aides. Je refusai d'abord; enfin je cédai, et j'en fus bien aise , j'y entendis honorer dignement la peinture. Les avocats dirent et la cour jugea que les peintres étaient francs et nobles , exempts de taxes et de subsides l9.

Mais le lendemain étant allé présenter mes respects au valet de chambre peintre du Roi °, et lui faire compliment sur le beau portrait du Dauphin que j'avais vu peiut sur le tabernacle de l'église de Chartres 21 , et qu'on lui attribuait, il m'apprit que ses appointemens étaient fort inexactement payés, qu'il dépensait en frais de représentation, en dômes-

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tiques et en chevaux, autant et plus qu'il gagnait; il m'invita cependant, mais il me donna un dîner de peintre , et non un dîner de valet de chambre.

J'attendis long-temps de l'ouvrage; enfin j'en eus. Il ne s agit à Paris que d'avoir un nom : je me le fis assez heureusement par deux tableaux.

L'un représentait une cérémonie que j'avais souvent vue à Rheims , le serment des évêques , des abbés et des abbesses à l'archevêque 2\

L'autre, les indulgences de Montrouge , accordées pour l'achat des livres23. On y voyait dans un site frais et bocager la jolie petite église de Montrouge près Paris , toute remplie de savans , de gens de lettres , qui venaient porter leur petite pièce d'argent ou d'or au tronc destiné à l'expansion des sciences et des connaissances.

Aussitôt et presque en même temps, on me proposa de m'employer dans les divers genres de peinture.

Je trouvai au-dessous de moi le travail des pavés de mosaïque encadrés de bordures de marbre blanc"4 : quoi qu'on fasse, les couleurs de ce genre de peinture seront toujours crues et dures.

Les couleurs sur émail sont assurément bien fondues : toutefois je ne voulus pas de ce genre de peinture, qu'on met aujourd'hui sur les ustensiles, sur la vaisselle25.

Il me tardait dem'exercerdans la noble peinture sur verre , qui, au siècle dernier, n'était qu'une

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grossière enluminure, qui de nos jours est devenue d'un si bon dessin, d'un si bon goût, surtout d'une si grande solidité par les progrès de l'alchimie et par les nouvelles méthodes de cuisson. Je peignis une grande galerie ; mon associé n'avait pas pris plus de peine que moi ; cependant une belle nuit, lorsque nous enfumes à la dernière vitre, il emporta tout l'argent; il était donc du pays de Caux ? non , il était delà Normandie du midi, de l'Armagnac ou de l'Astarat. Le plaisant de l'affaire, le plaisant pour les autres s'entend , c'est qu'on me força de terminer à mes frais cette dernière vitre , qu'on avait malheureusement payée d'avance.

Je répugnai à peindre des figures de cartes à jouer26.

Ma répugnance ne fut pas moins grande à peindre les personnages des coffres- tables 27 des divers jeux.

Je ne voulus pas entendre parler de peindre les prétoires , les auditoires *8. Je répondis que c'était bon pour les valets peintres 29.

Je voulus encore moins entendre parler de peindre les grands écussons des villes sur leurs piloris30.

Il me sembla aussi que c'était m'associer aux exécuteurs de la justice que de peindre le tableau des hommes condamnés au supplice en effigie : je refusai. Inutilement on me dit, dans cette occasion , qu'il s'agissait d'un prince , que j'aurais vingt sous

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par tableau ou drapelet31, que le roi était fort irrité, qu'il faudrait un grand nombre de drapelets.

Le tableau du crucifix placé au milieu de la grand'chambre du parlement, est fait ou renouvelé avec les amendes payées par les huissiers*2. On m'avait promis que j'en serais chargé , on en chargea un autre, et à mon grand regret ; car quelque longue que puisse être la vie d'un peintre, il est bien rare qu'il puisse dire de quelle couleur est l'argent des huissiers.

Maître Antoine, me dit un vieux seigneur, les vertus sont depuis long-temps dans notre famille; on ne peut en douter lorsque l'on connaît la clef symbolique des couleurs du blason :

Le blanc signifie l'innocence ; Le noir , l'humilité ; Le gris , l'espérance ; Le jaune, la patience; Le bleu , la loyauté.

On voit toutes ces couleurs dans notre blason ou dans celui de nos alliances , et l'on n'y voit pas Le vert qui signifie la joie immodérée; Le rouge qui signifie l'orgueil ; Le violet qui signifie la déloyauté33.

9 On n'y voit aucune couleur de vice. Je vous paierai bien, si vous me ravivez les couleurs de mes écussons, de manière qu'on puisse au premier coupd'œil voir tout ce que valaient mes aïeux : Monseigneur, lui répondis-je, volontiers je peindrai leurs

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faits d'armes, les batailles qu'ils ont gagnées; c'est à un teinturier à raviver leurs vertus.

Maintenant , voici ce que je répondis à un autre seigneur qui me proposait de dessiner sur papier, pour être mis derrière un rideau avec anneaux et tringle, une belle demoiselle habillée comme EveM : Monseigneur, adressez-vous aux peintres flamands^. «Je suis peintre champenois, fils de la greffière de Rheims j la plus chaste greffière de France.

Gomme fils de cette chaste greffière, je refusai aussi à ce même seigneur dépeindre, au fond d'une coupe à boire, une Madeleine pécheresse, à moitié nue6 : adressez-vous, lui dis-je encore, aux peintres flamands.

Je lui refusai aussi de peindre une petite Bible à miniatures, dans le genre des grandes Bibles-historiaux^7 : Monseigneur, adressez- vous aux peintres flamands.

Il faut maintenant que vous sachiez, messires , qu'au temps passé la peinture, s'exerçant le plus souvent sur les murailles ou sur le verre des fenêtres, était moins licencieuse, au lieu que s'exerçant aujourd'hui sur les feuillets de vélin \ elle cache dans l'ombre des livres ses impudiques images , qui souillent la pensée, portent dans le monde tant c|p troubles, et en ôtent tant de sécurité, de paix, de bonheur. Nous avons passé le siècle dernier en habileté ; nous l'avons passé en licence; l'Europe, à cet égard , a passé les autres parties du monde, ta

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Flandre, les autres parties de l'Europe; et la ville de Bruges , les autres villes de la Flandre9. C'est de là que sont venus ces nombreux scandales de notre art, auxquels je n'ai jamais participé. Voulez-vous maintenant me dire qu'à aucune époque on n'a employé l'or avec autant de délicatesse, de légèreté? voulez-vous me dire que dans les mains des peintres de Bruges il rayonne, il pétille ? que leurs couleurs , si elles ne sont pas plus belles, sont aussi belles que celles de la nature? que leurs carnations disputent de fraîcheur au teint des jeunes personnes, que, de même que dans leurs arabesques , leurs cncadremens, on croit entendre chanter les cigales , voir voler les abeilles , les papillons , on croit aussi y voir mûrir les groseilles, les fraises, et y respirer le parfum des fleurs ? Voulez-vous me dire encore que lorsque ces bordures représentent des dentelles d'or ou d'argent, des rubans, des franges de satin ou de velours, jamais la dentelle , le ruban, le satin, le velours n'ont été aussi artistement tissus que par le pinceau10? je vous répondrai que c'est là ce que disent les hommes de l'art ou les hommes dignes de l'être.

Toutefois, comme dans ce temps les jeunes peintres tiraient leur plus clair revenu des miniatures sur vélin, je me décidais à ce genre de travail, quand je n'avais à peindre ni sur toile ni sur bois ; mais toujours tous mes personnages furent convenablement posés et drapés. Dans notre état comme

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dans tous les états , le chemin de l'honnête homme

est le plus glorieux, le plus court, Je plus sûr

chemin.

Depuis quelque temps je ne peignais que de petites figures d'un pouce, d'un demi-pouce; voilà qu'un matin on vient me donner à peindre des figures de cinq, six pieds, vêtues d'habits découpés à bandes de couleur tranchante; vous vous doutez que c'étaient des tableaux de gendarmes41 : bientôt on m'en donna de six , huit pieds , vous vous doutez que c'était des saints d'étendards de vaisseau48 , et vous ne vous trompez pas non plus : bientôt on m'en donna de plus grands encore; clans une ville voisine, l'on m'avait appelé avec des artistes de divers genres pour décorer les mystères d'une entrée solennelle.

Là je rencontrai un jeune sculpteur qui devait être dans la suite mon beau-frère; mais nous ne nous en doutions guère ni l'un ni 1 autre ; car nos relations ne furent pas d'abord très amicales.

Il y a la basse peinture; H y a aussi la basse sculpture, la sculpture en cire coloriée 43; il y en a une plus basse , la sculpture en figures de cuir bouilli et doré "; une plus basse, la sculpture en poterie, en figures de terre cuite vernie 4>. Ses oncles étaient sculpteurs en ces trois genres; son père, sculpteur en bois , n'était traité dans les comptes publics que de menuisier, de hucher 46, et lui-même ne l'était souvent que de maçon K bien qu'il fut sculpteur

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en pierre et en marbre. Du reste, ces dénominations , j'en conviens , sont comme le grossier alliage des anciennes locutions que l'usage a entraînées dans notre langue, aujourd'hui si polie : mais il n'y avait pas là, ce me semble, de quoi le rendre fier, ainsi qu'il Tétait en toute circonstance et à tout propos. Il modelait en relief la représentation de saint Louis, qui tenait un lys chargé de fleurs dont chacune avait dans son calice un petit roi, descendu de lui, portant le sceptre, la couronne avec son nom au-dessus 48 : je peignais la perspective d'une forêt ; elle devait servir de fonds. ÎNous nous étions rapprochés pour raccorder notre travail , où naturellement il ne devait pas être question des plus ou moins grands progrès qu'avaient faits en France la peinture et la sculpture : toutefois il lui plut d'entamer de prime-abord avec moi cette controverse ; je ne sais à quelle occasion et à quel propos il me dit que les peintres italiens étaient supérieurs aux peintres français , mais que la gloire de notre patrie était sauvée par la supériorité des sculpteurs français sur les sculpteurs italiens. Je lui prouvai le contraire, du moins pour la peinture française, dont je lui parlai comme j'aurais dû parler à mou maître : et, quant à la sculpture française, je lui en parlai comme mon maître m'en parlait; je vis avec plaisir que le jeune sculpteur défendait vigoureusement notre sculpture : Ah! lui disais-je . allez à Florence, voir le David de Verro-

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chio 49. Ah! me répondait-il, allez à Dijon , voir le tombeau de Philippe-le-Hardi 5o, et n'en revenez pas sans avoir vu la belle croix de pierre de la maison du Saint-Esprit 5l. — Allez à Padoue, voir la statue équestre du Donato 5 V — Allez à Nantes, voir le tombeau de François II, duc de Bretagne51. « — Allez à Faïence, voir le saint Savin du Benedetto 5'. — Allez à l'église de Loches, voir la magnifique statue d'Agnès Sorel; allez à Corbeil 55, voir le mausolée de Régnault, dont l'effigie de marbre est couverte de vers 6 ; à Paris , celui d'Yves, dont l'effigie, aussi de marbre et couverte aussi de vers57, est au-dessus d'une représentation de tombeau où il ressuscite, tout rayonnant de jeunesse et d'immortalité; allez à Saint-Denis ; allez dans les autres églises de France, voir les tombeaux des princes et des seigneurs; car si les grands ne vivent que pour la peinture, ils meurent pour la sculpture. Du reste, ajoutat-il, ce serait tant pis pour vous si vous ne saviez que nos bas-reliefs d'Amboise 5! égalent les plus belles sculptures de l'Europe; et je vous plaindrais si vous me contestiez que nos arabesques, si variées, si légères, si délicates59, les surpassent : elles sont la gloire de notre patrie, la gloire de l'art. Oui, certes les peintres, vous étudiez la nature, et les sculpteurs ne peuvent non plus que l'étudier. Mais, convenez-en , quelle manière de l'étudier que celle de Foncière 6o, de Jehan Juste % de Gentil62! quels ciseaux! quels ouvrages!

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J'étais déjà assez aigri sans qu'il ajoutât que les peintres nous étions plus heureux qu'à nous il appartenait ; je lui racontai mes aventures : est-ce là tout, me dit-il, que ne pouvez-vous essayer de mon sort! je manque souvent de travail, et je suis fort mal payé de celui que je fais. Je vous nommerai des héritiers qui me doivent le marbre, le bronze, l'ivoire 63 des mausolées que j'ai terminés. Dernièrement je fus obligé d'aller chez les difFérens légataires, le testament à la main : Messire, dis-je à l'un, je viens de sculpter le mausolée de votre bienfaiteur ; vous avez le quart de la succession, payez les deux bras de la statue : vous, messire, vous en avez près de la moitié, payez le corps : vous, messire, vous avez le château, payez la tête. Ce légataire y consentit; il me la doit encore. Dans un moment de détresse, la colère m'emporta au point que je voulais aller avec un marteau casser le nez à la statue ; Ah! le mort viendrait la nuit te tirer le tien, médit ma femme, qui in'ôta le marteau et m'empêcha de sortir.

Le même jour, à souper, un graveur qui se rencontrait à notre hôtellerie, ayant été par l'un et par l'autre pris pour juge, nous dit: qu'il connaissait l'état de peintre et l'état de sculpteur; que les sculpteurs étaient à la vérité malheureux, mais que les peintres l'étaient bien plus.

Maintenant, pour qu'à cet égard je puisse être ici à mon tour juste envers les malheureux graveurs,

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il faut nécessairement qu'avant tout je parle de la gravure.

Les philosophes platoniciens, aujourd'hui les philosophes à la mode, n'ignorent rien , dit-on ; je voudrais bien qu'ils m'expliquassent comment les hommes ont eu plus de deux mille ans continuellement sous la main ce qu'ils n'ont trouvé que de notre temps ; comment ils ont gravé et imprimé depuis et avant Platon , et comment ce n'est qu'à notre glorieux siècle qu'ils ont inventé presque en même temps l'imprimerie et la gravure 6'; l'une a dû nécessairement conduire à l'autre, car l'imprimerie n'est que la gravure de l'écriture, de même que la gravure n'est que l'imprimerie de la peinture et de la sculpture. Depuis la plus haute antiquité,^ hommes gravaient des sceaux avec des lettres , des figures , scellaient sur parchemin , sur papier, étaient sur la porte de ces deux arts.

Ainsi que Minerve est sortie toute armée du cerveau de Jupiter, ainsi la gravure est sortie du génie de ses inventeurs , ou Allemands 65 ou Italiens 66, car l'histoire n'en dit rien , et je voudrais bien être aussi savant que nos grands savans , pour trouver comme eux qu'elle ne manque ni de raison ni de sens commun. Quoi qu'il en soit, Sandro Botticello67, Hugues de Carpi 6" et leurs élèves ont porté à la perfection la gravure des planches en bois ('9 , en étain 7° et surtout en cuivre 7l. Regardez les images sur papier et sur vélin, dont aujourd'hui

nos livres sont remplis 7\ Vous demandez la fermeté du dessin, elle y est; la finesse , la délicatesse, la pureté du trait , elle y est; les jours croissans et décroissans , les ombres croissantes et décroissantes, tout cela y est ; la vivacité , le feu , la grâce , le mouvement, la vie, tout cela y est aussi 7'; qu'appelez-vous donc la perfection ? n'est-ce pas là donc la perfection ?

Et les graveurs, ces nouveaux artistes , qui n'ont pas eu de prédécesseurs , qui auront des successeurs jusqu'à la fin du monde, sont-ils dignement salariés de leurs peines et de leurs talens; sont-ils heureux ? Us ne peuvent l'être. Autrefois le sort des peintres enlumineurs dépendait des libraires écrivains. Aujourd'hui celui des graveurs est à la discrétion des imprimeurs-libraires 74.

Messires, je ne l'oublie pas, j'ai dit que j'étais dans la suite devenu le beau-frère du jeune sculpteur, l'antagoniste de la peinture française : voici de quelle manière fut amené cet événement de ma vie. Un jeune homme, bon Français s'il y en a, ne cessait de me dire qu'en tout les Français , lorsqu'ils n'étaient pas supérieurs , étaient du moins égaux aux nations les plus illustres. En architecture ils étaient, suivant lui, supérieurs. Il s'y connaissait, car il était architecte. Vous jugerez ses raisons, vous allez les entendre. Il me disait : L'architecture italienne, delà nôtre la seule rivale , a un esprit de parti qui nuit à ses progrès : elle s'est faite romaine

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ou grecque. Leglise de Sainte-Marie- du -Peuple, le palais du vieux bourg semblent bâtis par les architectes des édiles du siècle d'Auguste et non de notre temps, par Baccio Pintelli 7Ù : il en est de même du palais du pape Paul II, bâti par Julien Maiano ?6. Le palais ducal de Florence semble avoir été fait pour Périclès ; on ne croit pas que ce soit Brunel i leschi qui ait élevé cet édifice 77 ; on croit qu'on Ta fait venir par mer , du Péloponèse ou de l'Attique : Brunelleschi n'est vraiment grand que lorsque, à Sainte- Marie- del-Fiore 7% déposant la timidité des anciens, portant dans les airs cette vaste coupole en pierre , il étonne et charme l'œil. Cependant combien à cet égard et à tous égards, est supérieure l'architecture française qui, dominant les goûts des nations, les âges des arts, s'est créé un caractère distinctif , en prenant des édifices antiques la régularité, et des édifices modernes la hardiesse : elle s'est bien gardée de proscrire l'arc aigu de l'ogive ; elle l'a aplati 79; elle Ta combiné avec le plein cintre des Romains. Elle a encore combiné avec la colonne romaine ou grecque notre ancien faisceau de piliers qui, naissant de la terre et allant se perdre dans les voûtes , semble ne faire de l'édifice qu'un seul jet , grand, très grand , le plus grand genre de beauté. Elle a adopté les volutes, l'acanthe des chapiteaux antiques; mais elle les a enrichis des têtes d'animaux, des marmousets, des divertissantes figures qu'elle a pris aux siècles passés 8o ; et s'étant ainsi fait, si je

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puis m'exprin^er de la sorte, un florilegium , un bouquet des fleurs de l'architecture des différens temps, elle a, d'après cette ingénieuse poétique, élevé ses nouveaux temples; c'est à Paris l'église Saint-Paul 3' qui porte si haut et si légèrement ses murs et ses voûtes : à Arras l'église de Saint- Wast8% d'une richesse pour la première fois simple et naturelle ; à Albi la cathédrale de Sainte-Cécile, avec tant de goût sculptée en dehors, peinte en dedans83 : ses nouveaux palais, c'est à Rouen, le palais "4 ou plutôt, par sa majesté, ses grandes proportions, le temple de la justice : ses nouveaux châteaux; c'est au Plessis le château Louis XI ', dont les murailles de brique rouge , les fenêtres et cordons de pierre blanche, les légers pavillons à pans c", se trouvent si gracieusement assortis à un des paysages les plus frais de la Touraine; à Amboise le château de Charles Y1JI 8? , dont les murs, qui descendant le long des flancs de la montagne et se l'incorporent, sont flanqués de hautes tours rondes, où tournent, autour d'une lanterne de pierre grillée , d'ingénieux escaliers par lesquels des hommes à cheval montent et descendent 8!î : ses nouvelles décorations des villes ; ce sont à/Bordeaux la porte du Caillau 8;, à Moulins la porte Neuve 9% avec leurs couronnemens 9' ; à Paris le portique de Saint-Germain avec ses plates-formes, qui n'a coûté que neuf cents livres92, qui devrait en avoir coûté neuf mille : ses nouveaux édifices destinés à l'habi-

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tation des particuliers ; ce sont à Paris et dans fonte la France, les nouvelles maisons, les nouveaux hôtels avec terrasses, promenoirs intérieurs, avec sculptures 9% grandes fenêtres entourées de larges dentelles de pierre percées a jour 94, avec flèches , toitures en plomb doré <;5, dont les faîtes ornés d'animaux, pourtralcts au naturel96, s'élèvent au milieu des nouveaux jardins, variés par les gazons, lescompartimens, les menuiseries peintes97, les bosquets, les eaux courantes, les eaux jaillissantes *8 : Mon ami , ajouta-t-il, à un des plus beaux édifices de Paris, il y a un loup en pierre destiné à jeter les eaux pluviales, dont la direction est droite et sans mouvement comme celle des loups en pierre des anciens édifices; à quelques pas il en est un autre dont le torse est admirable. Ce sont les images de notre ancienne et de notre nouvelle architecture.

Nous n'avons pas fait commeles Italiens, nous n'avons pas brisé le torse, nous lui avons fait prendre «ne nouvelle direction, une inflexion nouvelle qui lui donne la vie.

De mauvaises raisons m'eussent persuadé, tant j'aimais le jeune architecte : pensez, je vous prie, si je dus l'être par de bonnes. L'amitié de mon ami s'en accrut au point qu'il parla de moi à son beaupère, auquel il restait encore une jeune fille à marier, comme je parlais de la nouvelle architecture française; il me présenta à lui et à sa famille qui bientôt après accepta ma proposition delà peindre,

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suivant l'usage , sur les premiers feuillets des grandes heures de vélin". Je m'y peignis moi-même menant à l'autel la jeune personne à laquelle je désirais être uni : C'est bien là vraiment la demande d'un peintre, se prit à dire son frère ; puis, s'adressant à son père, il ajouta : Mon père, ne lui accordez Phiîippote que lorsqu'il demeurera d'accord que les sculpteurs sont plus malheureux que les peintres. Je n'ai guère besoin d'avertir que ce frère était le jeune sculpteur avec lequel j'avais travaillé à la décoration des Mystères, et que nos opinions s'étaient graduellement réconciliées : Mon père, se prit aussi à dire le jeune architecte à son beaupère , ne lui accordez Phiîippote que lorsqu'il demeurera d'accord que les architectes sont les plus malheureux; car ceux qui ont du goût n'ont pas d'argent , ceux qui ont de l'argent n'ont pas de goût: nous bâtissons presque toujours pour les plus bêtes , et il n'y paraît que trop aux fautes qu'on nous fait faire.

Mon mariage n'éprouva pas d'autre retard. Dans la même année mon beau-frère alla demeurer à Rheims en qualité de statuaire de la cathédrale, ce qui n'est pas un vain titre , car il y a tant de statues, qu'en supposant que la vie d'un homme de pierre soit dix fois plus longue que celle d'un homme vivant , c'est au moins tous les ans douze statues grandes ou petites à faire100. On aime d'ailleurs, à Rheims, la statuaire dans les divers édifices; j'y ai

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vu, à la façade extérieure de l'ancien palais des comtes de Champagne , des statues , autrefois les merveilles de Fart; elles sont du XIIIe ou XIVe siècle0', et le style n'en est pas excessivement barbare.

Pour moi , je préférai la capitale de la province ; je vins à Troyes. J'y amenai Philippote, qui était si belle que les traits de sa figure se trouvaient toujours au bout de mon pinceau , quand je voulais peindre une sainte. Mes tableaux en devinrent fort beaux et en peu de temps je fus dans toute la Champagne le peintre des saintes.

Eh bien ! quoique j'aie peint presque toutes les patrones de paroisse , je ne suis pas plus riche que lorsque j'arrivai; et si j'ai conservé la dot de ma femme, c'est qu'elle ne m'a pas encore été payée.

J'ai deux grands garçons nés dans les premières années de mon mariage. Un jour de cet hiver, où toutes les denrées de première nécessité ont été si chères, je disais à mon jeune aîné : Va! tu ne seras jamais peintre; je sais un peu la musique, je te l'apprendrai : Vous ne pourriez plus mal faire, me dit alors le chef de nos musiciens, qui, dans ce moment , se trouvait chez moi. Ne donnez pas votre état à ce garçon , puisqu'il y a tant de mal ; mais ne lui donnez pas non plus le mien.

J'ai été, continua-t-il , musicien ambulant; j'ai été musicien sédentaire : votre fils ne peut être que l'un ou l'autre.

Dans mon collège, où j'avais obtenu une bourse,

xv siècle. m

nous entendions dire que Louis Xi avait fait faire par l'abbé de Baigne un ingénieux orgue de pourceaux de divers âges10 qu'on piquait comme les touches d'un clavier ; bientôt qu'il avait fait rassembler cent musiciens pour se divertir et se guérir101; ensuite, quand i! fut mort, que le nouveau roi, dans ses voyages ou ses promenades, avait donné une bourse d'ccus à des bergers qui avaient chanté et dansé devant lui °4; une autre bourse à une femme qui lui avait chanté nue ronde ,oJ en s'accompagnani du rebec ; ensuite qu'il avait donné une bourse d'or à des ménétriers ambulans106, une plus grande bourse à des écoliers qui avaient exécuté une petite symphonie en sa présence °7. Je ne pus alors me tenir plus long-temps renfermé; je m'associai avec un ancien musicien qui avait reçu de Louis Xï trois écus pour avoir chanté devant lut, avec roulades et fusées, une simple antienne ,oH. Nous eûmes quelques succès. Notre troupe se grossit de deux autres musiciens et de leurs sœurs. Nous courûmes le pays, poursuivant le petit Charles VIII, qui toujours venait de partir de tous les lieux où nous arrivions.

Cependant si nous ne rencontrions pas le roi , nous rencontrions des gens qui nous payaient quelquefois bien, quelquefois mal, et en dînant , en soupant quelquefois bien quelquefois mal , nous pouvions absolument vivre; mais enfin une aventure me dégoûta de cette vie. La voici :

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Un jour que Je vent avait abattu l'enseigne d'une hôtellerie , l'hôtelier qui était à la fenêtre fit de la main toute sorte d'invitations à notre troupe qui suivait le grand chemin et qui se crut obligée d'entrer chez un bourgeois aussi poîi. Nous voulions chanter, jouer; il voulait nous faire manger, nous faire boire. Nous chantâmes , nous jouâmes, nous mangeâmes, nous bûmes, ensuite nous nous levâmes et nous demandâmes notre salaire à celui qui nous avait paru un bourgeois , qui s'était montré si poli; mais il nous dit qu'il était hôtelier, que nous eussions à lui payer notre écot et à continuer notre chemin; qu'en bonne justice, nous devrions lui payer aussi l'impatience et l'ennui que lui avait donnés notre musique. Les esprits s'échaufFent;toute l'auberge, les valets, les chiens, les chats se tournaient contre nous , lorsqu'arrive un étranger , qui s'informe du sujet de la querelle ; c'était un grand seigneur breton ; il rit long- temps de cette mutuelle méprise, il nous fait de nouveau chanter, jouer, de nouveau manger et boire ; il paie l'hôtelier ; il nous paie , nous dit qui il est , et il ajoute : Je suis fort content de vos talens; je vous ferai placer à la cour, vous comme tabourin du roi09 , vous comme joueur deluth,io,vous comme harpeuf "', vous comme musette du Poitou113, vous comme corneur ou comme trompette de la chambre13, vous comme organiste valet de chambre114, et ayant aperçu un petit garçon de notre troupe qui n'avait cessé de se hausser, il

XVe SIÈCLE. Mfô

lui dit : Je ne puis te placer comme saquebute de la chambre , car tu sais que cet instrument a jusqu'à quatorze pieds de long15; mais comme il me paraît que tu n'as pas de trop bonnes chausses , tu seras petit chantre de la musique du roi, qui t'en donnera une belle paire en drap noir1'6. Mes amis, ajouta-t-il encore en nous congédiant, venez tous me voir à Amboise. Tous mes camarades en prirent la route , pleins de confiance en ces belles paroles; moi je me séparai deux et revins à Troyes, où j'entrai la nuit, à cause que mon habit n'était pas trop beau. Je l'avais sali et taché dans les grands pâtés, remplis de musiciens, qu'on sert sur la table des grands seigneurs aux solennelles fêtes qu'ils donnent1'7.

Ma famille répara un peu mon petit équipage, et je pus aller plus décemment me présenter au vice-roi ou lieutenant du roi des ménétriers ll8; je lui dis que je voulais être musicien à Troyes. Il me dit qu'il fallait, en bonne règle, prouver six ans d'études l'9 ; qu'il devait être sévère dans les examens , afin de ne pas avoir sur la conscience les faux tons que je pouvais faire, ou, ajouta-t-il, faire faire, quand je lui eus déclaré que j'entendais aussi tenir école de musique : Mettez-vous à ma place , ]t représente notre roi qui demeure à Paris, rue Saint- Julien ,2°, et qui compte sur ses lieutenans pour maintenir en France le bon enseignement et la bonne pralique de la musique,

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Je l'écoutais très attentivement. Il crut qu'il m'avait intimidé, et m'ayant aussitôt encouragé, il m'interrogea avec douceur, et commença par la main d'harmonie, par le mode du premier, du second doigt; quand il vit que je connaissais plus que mes cinq doigts ,31, que j'avais étudié avec quelque profit la théorie de Gafforio ,a et le traité d'Adam de Fulde 12\ il me demanda si je lirais cette musique allemande qui était sous mes yeux. La notation, lui répondis-je, n'est différente de la nôtre, qu'en ce qu'elle tient des caractères d'écriture et d'imprimerie de la nation 124. Je lui fis en même temps l'observation qu'il en était de même de la notation italienne plus lisible, plus claire à l'œil, plus rapprochée de la nôtre l%

Ensuite le vice-roi me dit : Mon ami, vous voyez mes cheveux blancs ; eh bien ! ne les voyez pas , car je n'ai, ou ne veux avoir que seize, dix-sept ans, et vous allez me donner une leçon de musique. Il se fit ignorant avec beaucoup d'habileté, et gradua de même ses progrès; enfin il vint à toute sa force. J'eus le courage de ne pas taire quelques observations; il eut le courage bien plus grand de les entendre et de les trouver justes. Mon examen , vous le sentez . finit là ; je prêtai entre ses mains le serment de jouer toute la fête pour laquelle je me serais engagé, de ne m'engager que pour une seule fête, de ne pas solliciter d'être chargé de la musique des fêtes, de ne pas aller jouer chez des personnes qui

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auraient déjà arrêté d'autres musiciens ,a6. Je lui remis un certificat de bonnes mœurs ; je lui payai vingt sous; il me reçut maître l27.

Quelques temps après, il vint prendre congé de moi et me dit qu'il allait demeurer à Paris , qu'il me donnerait de ses nouvelles.

En effet quelques semaines après son arrivée à Paris , je reçus de lui un petit billet, auquel étaient jointes de grandes lettres en parchemin avec la suscription, imitée de la forme royale : A maître Gervais, lieutenant pour le roi 128, à ïroyes ; j'ouvre la lettre scellée en double queue avec des lacs de soie verte I29. J'y lus ma nomination de vice-roi ou lieutenant du roi des ménétriers.

Je cours aussitôt chez mon oncle, sous-chantre de Saint-Etienne l3°, qui ne m'avait pas encore pardonné ma fuite du collège. Je lui déployai mes lettres. Ce fut, comme aux mystères, un coup de théâtre l3'; il m'embrassa , me dit que j'honorais la famille par la vice-royauté, comme il l'honorait par la sous-chantrerie. Je réserve, ajouta -Nil, mon bénéfice pour ton fils cadet ; mais comme il n'est pas encore né , que tu u'es pas même encore marié , il faut que je me conserve longues années, que je me ménage. Je buvais sec, et souvent de plus d'un vin; par amitié pour ton fils cadet, je ne boirai que peu ou point du blanc, car je ne pourrais vivre sans le rouge.

Je fis ensuite rassembler tous les musiciens, et

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je me fis reconnaître : mon roi, me dit alors un clairon l8a qui ne jouait pas toujours juste, mais qui raisonnait toujours bien, pour célébrer votre avènement, donnons une petite fête, dont les seuls frais seront un discours que vous prononcerez devant le public; cela nous attirera du monde, des pratiques ; nous avons tous besoin de gagner quelque chose; tous, nous sommes si pauvres, si malheureux. J'y consentis.

La ville de Troyes renferme beaucoup de. cours ou grands carrés de bitimens, sous-divisés en maisons, maisonnées, familles. Vous connaissez tous dans la rue du Bœuf, la cour des Ménétriers l33. Il n'y avait pas de salles spacieuses, mais il y avait un vaste cellier. En quelques heures il fut approprié, paré et mis en état de recevoir le public, *|ui le lendemain s'y rendit en foule.

J'avais été secrètement averti que les pédans grecs et latins devaient venir dans l'intention de rire de mes solécismes et de mes barbarismes ; mais je les mattai, je me bornai à parler d'une chose qu'ils ont toujours ou dédaignée ou détestée; je ne parlai que de la musique et de ses progrès :

Messires, dis-je, ressuscitez un des musiciens du temps passé, ressuscitez le plus habile ; donnez-lui à exécuter notre musique, il n'y entendra rien, tant l'art a changé, s'est perfectionné; il s'est perfectionné à ce point , qu'on ne voit plus au-delà d'autres innovations raisonnables, ni même possi-

bles. Chargée de ces lourdes et longues notes qui tenaient plusieurs mesures l34, la musique du quatorzième siècle, quelque rapidité que voulut lui imprimer le compositeur, était comme un grand cheval attelé à une pesante charrette qu'on a beau presser, qu'on ne peut jamais faire courir, galoper. Qu'ont fait les musiciens de notre âge! ils ont brisé ces longues, ces brèves, qui elles-mêmes étaient fort longues, en fractions, en véritables brèves , en semi-brèves, en minimes, en semi-minimes l35, à figures vides ou blanches ,36; en croches , en semi-croches , à figures pleines ou noires l3?. Ils ont adopté des silences d'une valeur correspondante, qu'ils n'ont plus appelés hocquets, demihocquets lS8, mais qu'ils ont galamment ou tendrement appelés soupirs, demi-suiïpirs l3ç ; ils ont encore fait bien mieux : ils ont nettoyé la musique de ses honteuses successions de quartes, de quintes et d'octaves '4° , en même temps qu'ils l'ont enrichie de dissonnances ou nouveaux accords, jusqu'ici jugés impraticables'41; mais qu'est-ce que ces immenses services qu'ils ont rendus à l'art, ces incommensurables progrès qu'ils lui ont fait faire ? qu'est-ce? presque rien, ou plutôt rien, en comparaison de leurs nouveaux systèmes de canon de fugues où, vous le savez, les divers chanteurs, les divers musiciens entrant successivement l'un après l'autre, ensuite chautant ou jouant tous ensemble, produisent de si beaux et de si merveilleux effets,

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par la rencontre calculée de leurs notes : ce n'est pas, comme vous vous en doutez bien, sans dessein que j'ai dit la rencontre calculée de leurs notes; car aujourd'hui , plus que dans aucun temps, la composition de la musique procède véritablement par calculs 4% et la science la plus populaire et la science la plus ardue, la science de la musique, la science des mathématiques , n'ont jamais été dans une liaison plus étroite.

Enfin de nos jours , où la lumière a apparu , 01 tout a été distingué, classé , la musique s'est séparée en deux genres'45 : le genre sacré , qui est rest^ le premier, la plus noble part à Dieu , et le genre erotique qui, sous le nom de cantilène'44 , est destiné à rendre les tendres affections , les doux mouvemens du cœur , à servir d'accent et de voix à l'amour.

C'est avec les mathématiques, avec ce levier que l'art remue si fortement votre ame , vous élève dans le ciel, lorsque vous entendez ces grandes pièces de musique sacrée, ces messes consistant tout entières dans une simple phrase de chant , dans un simple seul air le plus vulgaire, le plus chanté dans les rues ou les tavernes'45; mais qui successivement porté par la toute-puissante harmonie dans les diverses parties de la messe1*", y peint les diverses passions; au Kirie , le besoin , la plainte; au Gloria in exeelsis, l'admiration; au Passas, la souffrance; au Rcsurrrxit, l'allégresse; à YAgnus

Del ^ la reconnaissance. Qu'un môme morceau , qu'une même phrase, qu'un même motif , différemment modulé, caractérisé par le mode, la mesure, ou l'accompagnement, vous émeuve de si diverses manières, n'est-ce pas le plus grand miracle de l'art et des arts ? Treizième , quatorzième siècle ! où en étiez-vous : et où en serez-vous seizième, dix-septième, dix-huitième, dix-neuvième, vingtième, centième, millième siècle ? ferez-vous mieux que de vous passer du chant, de la mélodie147, que les plus ignorans , même les bergers des champs, peuvent trouver comme les maîtres? ferez-vous mieux que de tirer de l'harmonie tous vos effets pour donner les plus nobles, les plus vifs plaisirs à lame, dans ces momens, où suspendant l'action des autres sens, n'existant que dans le sens de l'ouïe, elle vient s'y enivrer de ravissemens célestes ?

Mais à qui devons-nous tous ces progrès , toutes ces merveilles ?

Je m'incline profondément, et je nomme Dufai de Chimai14' , Binchois de Paris'49.

Je m'incline plus profondément encore, et je nomme Ockeghem de Bavai ,5% Leteinturier de Nivelle15'.

Je m'incline plus profondément encore, et je nomme Josquin de Cambrai1''"*.

Ces grands musiciens de cette grande école de Cambrai ' ,H o»nt endoctriné la France septentrio-

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nale'5'; la France septentrionale a endoctriné la France méridionale; la France a endoctriné l'Allemagne'55, l'Italie56, qui ont endoctriné l'Europe, qui endoctrine maintenant le monde. Bientôt dans toutes les parties de l'univers il en sera peut-être comme en France, où le roi a sa musique'57, les princes ont leur musique'58, les grands seigneurs ont leur musique'59, les villes ont leur musique'6'. Bientôt notre planète sera retentissante de chants , d'instrumens; et les habitans de la terre, forcés alors de s'accorder, vivront dans la concorde, la paix; et cette régénération morale, universelle, sera opérée par les bienfaits de la nouvelle musique.

Après ce solennel discours, il n'en fallut pas moins, le lendemain, qui était un jour gras du carnaval, aller au marché aux trapans'6', acheter du goujon , des noix et des noisettes.

Mais, les musiciens, nous n'aurions pas été assez malheureux, si quelques gens d'un mauvais esprit qui avaient entendu mon discours , ne l'eussent envenimé, au point que je fus averti que de jeunes clercs du bas-cîergé m'en voulaient, parce que j'avais dit que la nouvelle musique avait banni des églises l'ancien horrible cri qu'on faisait au chant du mot Gommorrliœ'6'; qu'elle avait aussi demandé au roi de défendre le plain-chant anglais l6i , et comme chant de vainqueur, comme chant antinational , et comme chant lugubre, comme chant "ili-musicil; On avait vu le soir, au coin des rues,

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des gens avec de gros bâtons ; on me conseilla de prendre mes précautions ; je n'en pris d'autres que de mettre tous les jours les habits de ma dignité : qui porte la main sur quelqu'un vêtu d'habits royaux ? Mais, mon ami, ajouta le musicien , il ne peut y avoir dans chaque ville qu'un vice-roi. Pensez à ce qui me serait arrivé, si je ne l'avais été; pensez que votre fils ne sera, comme les autres, que simple musicien ; pensez à ses côtes.

Je vois> dis-jc alors à mon ami , qu'il y a bien de la misère et bien des dangers dans votre état ; mais il faut cependant que mon fils en apprenne un , et je pense qu'il pourrait apprendre celui de maître de danse: Oh ! me répondit le musicien, en secouant la tête, si les maîtres de musique n'ont pas envie de chanter, les maîtres de danse n'ont guère plus envie de danser : ils sont presque aussi malheureux. Toutefois, puisque vous voulez faire apprendre cet état à votre fils, venez, que je vous amène chez un de mes amis qui passe pour le plus habile de son art.

Nous allons chez le maître de danse ; nous ne le trouvons pas : Je m'en doutais , dit le musicien , il sera au cabaret; il fallait commencer par là. Nous allons au cabaret; nous le trouvons.

Dès que le maître de danse aperçut le maître de musique, il courut l'embrasser, en s'élançant pardessus les bancs et les sièges , avec une légèreté que tout le monde admira.

i74 XVe SIECLE.

Nous nous asseyons; je fais apporter du vin t Maître Maurice, lui dis-je , j'ai un jeune fils, bien taillé, bien fait, bien leste , qu'en ferai-je? Vous en ferez, me répondit-il, un procureur, un apothicaire, que sais-je? Fort bien, lui répliquai-je , si dans l'état de procureur ou d'apothicaire il ne fallait pas savoir un peu de latin , pour entendre les termes de pratique ou les noms des plantes : Il en faut savoir aussi un peu dans le nôtre, me dit-il; et le premier principe de notre art est en langue latine.

« Bragnrdi certant , et adhuc sub judice lis es, » De quali gamba sit facienda salus ,r,4. »

Je vous accorde tout ce qu'il vous plaira , lui répondisse; mais toujours est-il vrai qu'il faut moins de temps pour être maître de danse que pour être procureur ou apothicaire : C'est, me dit îe maître de danse, une erreur qui tous les jours est répétée, qui tous les jours me fait enrager, qui tous les jours ajoute à mon malheur. L'art de la danse est un art long, difficile. Combien de temps ne faut-il pas pour assouplir les pieds , les jarrets, le corps ! combien de temps pour danser passablement les menuets, les basses-danses'6! combien de temps ensuite pour la danse de trois à trois ; combien de temps pour la danse du chapelet166, pour concilier les gaillardes exigences de cette danse avec les délicates lois de la pudeur publique ! La danse du

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flambeau67 n'est pas moins difficile; elle demande autant de légèreté que de grâce ; elle demande surtout beaucoup de temps à l'élève. La morisque en demande encore davantage; il sera facile à votre jeune fils de se noircir le visage , de ceindre le front d'un bandeau de taffetas jaune , de mettre des jambières garnies de sonnettes; il lui sera facile de prendre le costume de la danse des Maures; il ne lui sera pas aussi facile d'exécuter les pas et les voltes par lesquels il doit , comme seul danseur, occuper la salle autour de laquelle se trouve rangée la compagnie'8. Mais enfin je veux qu'il soit parvenu à savoir toutes les nombreuses danses graves, vives, légères, toutes les danses de la France, des pays étrangers, jusques aux dernières qu'on danse quand on est près de se retirer, jusques aux rondes, aux branles, au congé 6;; il a beaucoup travaillé , beaucoup dépensé, il ne saura guère que ce que savaient les anciens maîtres, il y a cinquante ans, où la belle jeunesse portait les ridicules chapeaux à haute forme l7° , où le roi dansait entre deux flambeaux que tenaient deux chevaliers171 ; mais depuis ont commencé les grandes difficultés. Je vous ai dit que le latin nous serait quelquefois nécessaire, j'aurais dû ajouter le grec , ne fût-ce que pour nous passer des sa vans et faire partager à notre art la considération que leur donne cette langue. De nos jours, nous avons pris les diverses danses des anciens peuples; et quand nous dansons, le casque en tête,

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portant une épée à la main, dont nous tenons tous ensemble la pointe tantôt en haut , tantôt en bas , dont nous nous escrimons d'estoc et de taille en faisant des passes et des évolutions guerrières , les bourgeois croient ne voir danser que la danse des Matassins7% ils voient danser la pyrrhique 7% cette fameuse danse des anciens Sparliates. Et ne pensez pas que ce soit le plus haut point de notre art ; il y a des danses encore bien plus difficiles. C'est dans les ballets surtout que notre âge montre sa supériorité. Qui voudrait comparer les ballets des sauvages , où Charles VI manqua d'être brûlé174 , avec nos ballets d'aujourd'hui, voudrait comparer le quatorzième siècle , dans toute sa barbarie , avec le quinzième siècle, dans tout son éclat. Depuis les ballets de Bergonce de Botta175 , notre art a changé de face. Vous voyez que nous ne sommes pas ingrats envers les Italiens ; nous convenons assez volontiers qu'ils nous ont mis sur le chemin de notre supériorité et de notre gloire.

Je vous l'assure, votre fils devînt-il un des beaux danseurs de France , un de nos grands maîtres , jouant de deux instrumens à la fois et en même temps conduisant les danseurs76 ; eût-il son tambourin couvert de glorieuses plaques d'argent , empreintes des écussons de ses nobles élèves77 , il sera toujours pauvre , car il sera toujours obligé d'être élégamment vêtu et d'une manière assortie au beau plumet qui le distingue7' : il ne pourra faire aucune économie.

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Il sera surtout malheureux dans l'exercice de son état; les grandes dames voudront toujours danser avec leurs longues robes retroussées derrière par un crochet d'argent ou par un bouton d'ivoire'79 ; et ce qui le contrariera bien autrement, les personnes graves s'opposeront aux déveîoppemens de son art en ne permettant pas que les femmes donnent la main aux hommes18*. En même temps il entendra , dans les églises , les prédicateurs maudire ses talens81. En même temps le livre du blason des malheurs de la dansel8zet les images funèbres de la danse macabre ,8^ qu'on voit dans toutes les heures'84, lui ôteront ses écoliers. Enfin, la considération qu'on aura pour lui, aux jours de joie durant le carnaval, finira au jour des cendres. Mon père , sans trop me consulter, m avait aussi donné son malheureux état : Ah ! lui disais-je souvent , peut-être trop souvent, mon père, nous étions à Rheims quand vous m'avez enseigné l'art de la danse, pourquoi ne me jetiez-vous pas du haut du clocher de Saint-Nicaise185 ? Craignez que votre fils ne vous dise aussi un jour : Mon père, nous étions à Troyes, quand vous m'avez fait apprendre l'art de la danse ; pourquoi ne me jetiez-vous pas du haut du clocher de Saint-Loup86?

Messires, a dit à l'assemblée maître Antoine en finissant, attristés parle spectacle de notre sort mutuel, les peintres, nous dîmes, dans une réunion, aux sculpteurs, que sinous avions à peindre les hommes 4- 12

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de l'état le plus malheureux , nous les peindrions sous les habits des sculpteurs ou des peintres : les sculpteurs nous répondirent que s'ils avaient à sculpter les hommes de l'état le plus malheureux, ils les sculpteraient sousles habits des peintres ou des sculpteurs : Nous les peindrions aussi , ajoutâmesnous , sous les habits des graveurs , sous les habits des architectes: Nous les sculpterions aussi, ajoutèrent-ils , sous les habits des maîtres de musique , sous les habits des maîtres de danse ; et alors peintres et sculpteurs , nous aurions inoins que jamais à craindre de juste censures , de justes critiques.

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