LE PENSIONNAIRE DE YÏLLEPREUX
Station lvii.
Se souvient-on aujourd'hui que, lorsque le jeune don Sébastien se fut fait enterrer avec sa jeune armée sur les bords de l'Afrique1 , les deux ou trois cents moines de Clairvaux 2 , prétendant à son royaume , en vertu d'une charte , voulurent mettre leurs deux ou trois cents tètes sous la couronne de PortugaF , c est tout au plus si on s'en souvient. C'est tout au plus encore si on se souvient que Varella était le général de l'armée de don Sébastien4. Pour moi, qu'il y ait gain ou perte, heur ou malheur , les célébrités n'en régnent pas moins sur mon imagination, et j'aime à les voir, à les approcher. Aussi ayant appris hier au soir que , depuis quelque temps, Varella habitait à Villcpreux5, j'y étais arrivé ce matin avant dix heures , bien qu'il y ait cinq ou six lieues de Paris a ce village. Dites-moi où demeure le seigneur Varella, ai-je dit à l'aubergiste dès que j'ai eu dîné : Monsieur, m'at— il répondu , allez au château ; mais attendez , je crois qu'il n'est peut-être pas dans ce moment à Villepreux ; parlez plutôt à maître Paui , et il s'est tourné vers un homme qui montait l'escalier. J'ai suivi cet homme ; il portait sous ie bras une botte
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d'ognons , et à la main une botte de ciboules. Il a ouvert la porle de son appartement ou plutôt de son grenier dont la fenêtre donnait sur la campagne. J'ai pensé , ou si l'on veut , j'ai deviné que c'était là aussi un savant, et je lui ai parlé avec politesse : Monsieur, m'a-t-il répondu, le seigneur Varella ne manque guère de me donner à dîner les jours qu'il est ici; et vous voyez, a-t-il ajouté en me montrant ses légumes, qu'il n'y est pas; je vous dirai encore que malheureusement pour mon dîné quotidien les affaires le forcent a s'absenter assez fréquemment , car il est intendant de l'évoque de Paris6. Quoi ! me suis- je écrié , un général d'armée intendant ! — Oui , certes , tout comme un autre ; Denis de Syracuse n'a-t-il donc pas été maître d'école à Corinthe ? Un roi est bien plus qu'un général , et au malheureux temps qui court et qui a toujours couru , un maître d'école est bien moins, a toujours été bien moins qu'un intendant ; et moi qui maintenant vous parle, nesuis-je pas réduit à manger de l'ognon pour pain et de la ciboule pour viande ?
La bonté.
Cet homme si naïf m'a donné envie de causer plus long-temps avec lui ; je me suis assis d'un côté de sa petite table , il s'est aussitôt assis de l'autre : Monsieur , m'a-t-il dit, ou je me trompe , ou vous avez l'envie de me connaître; je vais la satisfaire;
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mais il faut pour bien savoir ce que je suis que vous sachiez bien ce que je devrais èire. J'ai regardé fixement cet homme. — li faut qu'avant tout je vous expose quelques principes littéraires auxquels mon sort se trouve à jamais lié. Je l'ai regardé plus fixement encore.
Qu'est-ce que l'histoire? a-t-il continué d'une voix forte et solennelle, qu'est-ce que 1 histoire ? l'histoire delà nation? l'histoire nationale? qu'est-ce par exemple que l'histoire nationale de la France?
L'histoire, l'histoire de la nation, l'histoire nationale, est l'histoire de toutes les parties constitutives de la nation , de toutes les parties de son ordre social agissant au dedans sur elles-mêmes, ou au dehors sur les autres nations. L'histoire nationale de la France, par exemple, est l'histoire de toutes les parties constitutives de la nation française , l'histoire de toutes les parties de son ordre social agissant au dedans sur elles-mêmes , ou au dehors sur les autres nations.
L'histoire nationale de la France où il n'y a que la moitié, que le quart de toutes les parties constitutives de la nation , de toutes les parties de son ordre social , est donc incomplète, très incomplète.
L'histoire nationale de la France où il y en a encore moins est donc encore plus incomplète?
L'histoire nationale de la France où il n'y a que l'histoire des rois, des gens d'église , des gens de guerre, est donc encore plus incomplète et ne 6, n
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mérite pas plus déporter le nom d'histoire nation nale de la France que l'histoire des diamans, des rubis, de l'or ne mérite de porter le nom d'histoire naturelle des minéraux; que l'histoire du chêne, du hêtre, du palmier ne mérite de porter le nom d'histoire naturelle des végétaux; que l'histoire naturelle du lion > du renard, du cheval ne mérite de porter le nom d'histoire naturelle des animaux?
Monsieur, a-t-il poursuivi en reprenant un peu haleine et en baissant un peu le ton, nous avions ici, à la terre de Villepreux, avant qu'elle eût passé à la maison de Gondi7 et au cardinal de ce nom, évoque de Paris8, un seigneur aussi bon, aussi aimable que seigneur de France; il voulut suivre la mode, avoir, ainsi que les autres seigneurs , sous le nom de son lecteur, un savant à sa table9. Je m'accordai à être le sien. Souvent , entre la poire et le fromage , lorsqu'il y avait compagnie, j'exposais la doctrine que vous venez d'entendre , à laquelle toujours ou presque toujours j'ajoutais :
L'histoire des différentes parties constitutives de la société, des différentes parties de l'ordre social , agissant au dedans ou au dehors, est-elle autre que l'histoire des différentes classes , des différens ordres10 , ou mieux, des différentes professions , des différens états ?
Et l'histoire den différentes classes , des différens ordres, des différentes professions , des différens états, est-elle autre que l'histoire des différentes
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parties constitutives de la société , des différentes parties de l'ordre social , agissant au dedans ou au dehors ?
Et les faits qui caractérisent les différentes parties constitutives de la société , les différentes parlies de l'ordre social de le nation agissant au dedans ou au dehors, font-ils , ou ne font-ils pas partie de son histoire ? Je dis plus , sont-ils, ou ne sont -ils pas son histoire, sa vraie histoire? Je dis plus, sont-ils , où ne sent-ils pas sa seule histoire ?
Et l'histoire composée d'autres faits que ceux-là , composée de faits qui ne caractérisent pas la société* la nation , agissant au dedans et au dehors , et notre histoire de France telle qu'on l'a faite, qu'on l'a fait, ne ressembîe-t-elle pas beaucoup ta l'histoire d'Assyrie , à l'histoire d'Egypte , et entièrement à l'histoire d'Angleterre , à l'histoire d'Espagne ?
Enfin, un jour qu'aucun des convives ne m'avait répondu ou n'avait pu me répondre, ce jour où tout ie monde avait gardé le silence , où je rayonnais de gloire et de joie, le seigneur de Yillepreux me prit à part et me dit : Maître Paul , je n'ai guère jamais pu saisir votre système d'histoire ; et toutes les fois que je l'écoute, il me fait venir , et aujourd'hui entre autres , il m'a fait venir la migraine. Je vous donnerai, tous les ans , en sus de vos appointemens , quarante francs de pension si vous me promettez de n'en point parler. Monseigneur, lui dis-je , il faut qu'alors je vous sacrifie provisoirement les progrès
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des lettres, que je vous sacrifie provisoirement mon nom ; vous me donnerez cent francs , et ce n'est pas cher. Après quelques débats > nous terminâmes à quatre-vingts francs. Toutefois il exigea en outre que je ne parlerais pas plus de mon système ailleurs qu'à Villepreux , tant il craignait qu'ailleurs je donnasse aussi la migraine , tant ce seigneur était bon !
L'ingratitude.
Vous le savez, monsieur , les hommes bons ne vivent pas assez, et les hommes méchans,les hommes ingrats surtout vivent trop. Le seigneur de Villepreux mourut et laissa un testament où il ordonna que ma pension me fût , après sa mort , aussi exactement payée que pendant sa vie : mais des héritiers ingrats , désobéissans , ne me payèrent que par un exploit où je fus assigné devant le juge aux fins de voir casser mon legs comme abusif , sauf à moi à reprendre , si bon me semblait , le droit de parler de mon système , le droit d'appeler , tant que je voudrais , histoire ce qu'on n'appelait pas histoire, et de ne pas appeler histoire ce qu'on appelait histoire , avec dépens.
La paresse.
Je comparus à l'audience. Les juges , qui sont des avocats et non des seigneurs, ne devraient pas avoir
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la migraine, quand on parle de l'auguste science de l'histoire : ceux-là cependant l'eurent avant même que mon système leur fût entièrement exposé ; et mon avocat s'en apercevant , au lieu d'insister sur les sacrifices que j'avais faits en gardant le silence pendant les temps où la France était agitée par les disputes de religion , où l'esprit public était si fortement secoué , où les innovations religieuses trouvaient tant de sectateurs , où mes innovations littéraires en auraient peut-être trouvé davantage , glissa maladroitement sur ce principal point, et il insista fortement sur le respect dû à la volonté du testateur, quelque absurde qu'elle pût être ; ensuite les deux avocats , de part et d'autre , citèrent force lois latines auxquelles , par la traduction française , ils faisaient dire ce qu'elles ne disaient pas ; enfin ils finirent. Alors le président , avant de se lever pour recueillir les opinions , demanda au procureur du roi s'il voulait prendre la parole , à quoi il répondit, en baillant et en riant , que cette affaire n'intéressait nullement le roi. Mon avocat m'avait jusqu'à ce moment empêché à plu- Sieurs reprises de parler , en me mettant chaque fois sa grande main sur la bouche; mais à ces mots je me dégageai et je devins mon défenseur : je dis en regardant le procureur du roi : On se trompe si l'on croit que la force des nations , qui fait la force des rois , ne tient pas beaucoup à l'opinion qu'elles ont de leur dignité , et que l'opinion qu'elles ont
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de leur dignité ne tient pas beaucoup à la manière d'écrire leur histoire , à celte manière qui leur oiïre dans un grand miroir historique , non pas seulement deux ou trois , mais sans exception d'aucun , tous les traits de leur grande face.
Je continuai à parler malgré mon avocat; ma voix devenait de plus en plus sonore , et cependant l'attention des juges continuant à diminuer, je dirai même à sommeiller sur ces hautes matières littéraires , ils ne connurent pas le procès : par paresse d'attention , par paresse d'esprit , ils me condamnèrent.
La jalousie.
Ayant recouvré, par la cessation de ma pension , la liberté de reprendre et de faire valoir mon sys tème , la liberté d'imprimer et de publier le manuscrit qui en était l'application , j'emporte dans mes bras une bonne et belle histoire de France ; je prends le chemin de lloqucncourt, de Vaucrcsson , de Saint-Cloud , j'arrive à Paris, où je demande eu entrant l'adresse du meilleur libraire , le meilleur ne me paraissant pas trop bon pour un ouvrage tel que le mien. On me l'indique ; je me présente. Le libraire m'accueille gracieusement. Il m'écoute d'abord d'un air distrait , mais bientôt avec une attention qui toujours augmente. Enfin , ii croit sa fortune ainsi que la mienne faites, et il me propose de revenir dans un court délai. Je reviens 3
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c'était bien le même homme , mais ce n'était pas le même visage : Tenez, me dît-il, me rendant mon manuscrit qu'il prit des mains d'un savant assis à côté de lui, ou du moins d'un homme en ayant l'apparence, car il était sans fraise11, Monsieur vous en dira plus que moi. Maître Paul , me dit ce savant qui , certainement , était un auteur , et sans doute un auteur d'une histoire de France , vous avez , à mon avis, bien mal employé votre temps ; vos matériaux ne sont pas nobles et ne peuvent être historiques. Je lui demandai pourquoi mes matériaux n'étaient pas nobles et ne pouvaient être historiques. C'est, me dit-il , qu'Hérodote , Tive-Live ne les ont pas employés ; c'est que Bodin qui , dans son paradoxal livre de la méthode de l'histoire'3 veut qu'on les emploie x6 , ne les pas employés'4 et n'a pu les employer. Je lui demandai quelle histoire parmi nos histoires actuelles il fallait prendre pour modèle. Il m'en nomma une , et peut-être était-ce la sienne : Mais , lui dis-je, cette histoire est comme toutes les autres ; elle est entièrement remplie de combats et de batailles , de sièges et de prises de villes l5 ; fermez-la , fermez toutes les autres histoires et plantez-y une épingle , vous êtes sûr de la planter entre deux pages brillantes d'armes , ruisselantes de sang , semblables à ces tapisseries de nos grandes salles, où l'on ne voit queboucliers, que cuirasses, que hallebardes, que glaives, que mousquets" ; c'est bien l'histoire des
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guerres de la nation , mais ce n'est pas plus son histoire que l'histoire des querelles d'un homme n'est son histoire ; je le priai de me répondre 7 de me donner des raisons ; il ne me répondit pas ; il me tourna presque le dos.
U homme.
Maître Paul , lui ai-je alors demandé , avez-vous là votre manuscrit ? voudriez-vous bien me le laisser voir, afin que j'en prenne brièvement une idée? Avec grand , très grand plaisir , m'a-t-il répondu. Nous avons mis pr£s de trois heures à le feuilleter, à l'examiner. Quand j'ai été bien sûr de ce que j'allais dire à maître Paul, je lui ai parlé ainsi : Voulez-vous avoir mon avis ? — Oui , avec plaisir , très grand plaisir. — Voulez vous l'avoir sincère et franc? — Oui, avec plaisir, très grand plaisir, avec le plus grand plaisir. — Vous allez l'avoir.
Je vous dirai d'abord que dans votre histoire de France vous n'avez parlé , ni de théâtre , ni de peinture , ni d'architecture , ni de danse , ni de musique, et queBodin veut qu'on en parle17. — Oh! c'est bien futile. — Que vous n'avez parlé ni d'hôpitaux, ni de prisons, et que Bodin aurait dû vouloir qu'on en parlât. — - Oh ! c'est bien triste. — N'importe, à peine d'omission, vous êtes forcé d'en parler. Convenez aussi que les femmes, auxquelles Bodin n'a pas non plus pensé, tiennent matériellement dans le monde au moins la moitié de la place ,
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et qu'elles devraient en tenir un peu dans votre histoire. Mais , ai-je ajouté , vous allez avoir mon avis encore plus sincère , encore plus franc : au fait , votre histoire n'est qu'une encyclopédie , qu'un dictionnaire d'articles. Il a impétueusement fait retentir le nom de Bodin qu'il a plusieurs fois répété. Je sais , lui ai-je répondu , que Bodin ne vous demande pas davantage , et que les dixsept autres auteurs à la tète desquels il se trouve dans lePenus artis historicœ'8 , ou Recueil des trailés sur l'art d'écrire l'histoire , vous en demandent encore moins ; mais Bodin , qui a la gloire d'avoir attesté la réforme de l'histoire qu'a voulue la hardie raison de tous les temps , que veut impérieusement la hardie raison du nôtre , et que voudra plus impérieusement encore la raison plus hardie du temps à venir , n'a vu qu'une partie de la réforme à faire.
Il n a vu que la réforme des matériaux de l'histoire.
Il n'a pas vu celle de sa forme.
Il a même rendu impraticable sa partie de réforme , en ce qu'il a donné pour matériaux à l'histoire réformée les matériaux de l'histoire à réformer'9 , où il n'y a rien , presque rien à prendre ; en ce quïl n'a pas donné pour matériaux à l'histoire réformée tous les livres, n'importe de quoi qu'ils traitent , tous les chartriers , toutes les archives , toutes les histoires orales , toutes les tradi-
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lions , tous les proverbes , tous les dictons populaires, tous les m on u mens, toutes les vieilles reliques, tous les vieux vestiges , toutes les vieilles traces des siècles.
Mais la partie de la réforme de l'histoire voulue par Bodin, la réforme des matériaux n'eût-ellc pas eu ce défaut , elle ne pouvait avoir lieu sans celle de la forme.
En effet , l'histoire a toujours eu jusqu'ici une forme narrative , bonne peut-être pour l'histoire des tueries , des batailles , où l'attention se trouve toujours en haleine , mais sans force et sans vie pour presque tous les matériaux de l'histoire réformée , de la vraie histoire. O maître Paul ! cherchez cette forme de force , cette forme de vie ; cherchez-la trente, quarante ans, s'il le faut ; cherchez-la partout , cherchez-la même dans le conte , même dans le roman , car la forme de l'histoire mensongère , ou appelée mensongère , n'est pas plus essentiellement la naturelle forme de ce genre d'histoire que la forme de l'histoire vraie ou appelée vraie , n'est essentiellement la naturelle forme de cet autre genre d'histoire. O maître Paul ! la raison a voulu, veut, voudra, ne cessera de vouloir et une nouvelle forme et de nouveaux matériaux , et de nouveaux matériaux et une nouvelle forme , autant l'un que l'autre. O maître Paul, nous sommes au seizième siècle , au siècle de l'ébranlement des vieilles habitudes , où l'on examine ce qui est
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dit, et non depuis combien de temps c'est dit, et non qui l'a dit ; où Ton vous jugera comme si vous portiez un grand nom, où l'on jugera ceux qui portent un grand nom, comme s'ils portaient le vôtre; où tous les maître Paul sont ou peuvent être des personnages, où tous les personnages sont ou peuvent être des maître Paul. 0 maître Paul ! travaillez, travaillez î voyez le bel oeuvre qui sort de vos mains. Toutes les histoires jusqu'à aujourd'hui faites , sont refaites sur ce modèle et viennent rejoindre la vôtre. Toutes les histoires qui seront faites la continuent jusqu'à la fin de la raison humaine. Les différentes Frances de votre nouvelle histoire renferment toutes les parties de ces différentes Frances qui ont péri ; elles s'offrent à nous de même qu'elles s'offrent à l'Eternel, pour qui le passé, tout le passé est toujours présent comme le futur , tout le futur ; elles vivent , elles se meuvent ; on y vit, on s'y meut. Travaillez, maître Paul, si vous ne voulez pas vous laisser enlever votre gloire par cent auteurs du siècle qui vient, par mille des siècles qui viendront. Travaillez, maître Paul, si vous voulez qu'à l'apparition de sa première histoire nationale la nation soit toute en émoi , si vous voulez qu'ainsi qu'autrefois devant Hérodote elle se leva tout entière à Olympie, elle se lève maintenant aussi tout entière devant vous.
Maître Paul, de plus en plus irrité, a repris brusquement son manuscrit de mes mains. Je lui ai
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long-temps parlé ; je l'ai prié de me donner des raisons. Il avait aussi chez le libraire long-temps parlé ; il avait prié aussi qu'on lui donnât des raisons ; on avait gardé , il a gardé le silence ; on lui avait presque , il m'a presque tourné le dos.
Tel est l'homme en Espagne , en Angleterre , en France , à Madrid , à Londres , à Paris , à Yillepreux.