‹ Histoire des Français des diverses états (volume 4)Chapitre 7 sur 36 · LE CHEVALIER DE MELUN · texte numérisé non relu

LE CHEVALIER DE MELUN

Slation lu.

Mon notaire, qui demeure rue et porte Saint-Honoré , est grand , bien fait , et aussi droit d'esprit que de corps; j'ajoute qu'il a un excellent caractère, qu'il se laisse aimer, que je l'aime de tout mon cœur.

Je vais quelquefois le voir ; je rencontrai , il n'y a pas long- temps , à son dîné , un homme affable comme lui , bon comme lui : Messire , me dit-il , jesuisdeMelun, j'y habite; pourquoi, dans le cours de votre voyage en France , n'iriez-vous pas à Melun ? Pourquoi ne voudriez-vous pas voir aussi notre ville ? Ce matin , avant de me lever , je me suis rappelé ces pourquoi , et n'ayant rien à y répondre ou pour dire la vérité n'ayant rien à faire , je suis parti.

A mon arrivée j'ai été me promener dans la ville. Lorsque j'ai été sur la place, j'ai demandé la maison de monsieur le chevalier Lamouche. Tenez , m'at-on répondu , cet homme qui est devant sa boutique, qui nous tourne le dos, c'est le sire Lamouche, marchand droguiste , que vous cherchez. J'ai dit que je ne connaissais que monsieur le chevalier Lamouche. 11 y avait là plusieurs personnes : Allez le voir par-devant, m'a-ton répliqué, et peut-être

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ce sera votre homme. J'y suis allé; c'était lui-même; il s'est mis à rire quand je lui ai raconté avec quelle difficulté j'étais parvenu à le trouver : Messire , m'a-t-il dit, je fais depuis plusieurs années le commerce des drogues : dans un de mes voyages maritimes j'allai à Saint-Jean-d'Acre. La dévotion ne me permit pas de passer si près de Jérusalem sans aller visiter cette ville sainte.

La chevalerie.

J'étais recommandé par un de mes amis au gardien des cordeliers , à qui les clefs du Saint-Sépulcre sont confiées ; ce bon père voulut me recevoir chevalier hospitalier du Saint-Sépulcre. Je m'agenouillai ; il me fit plusieurs questions en latin , auxquelles un autre cordelier répondit aussi en latin pour moi. Après la cérémonie on me les traduisit. Demande : Que veux- tu : on me fit répondre : L'ordre de chevalerie. Demande : Quel est ton état ? on me fit répondre : Je suis né de parens nobles et chrétiens. Demande: As-tu de quoi vivre honnêtement ? on me fit répondre : Oui , grâce à Dieu.

L'amour de la vérité.

Quand on me traduisit ces réponses , je dis que j'étais bien aise de ne pas entendre le latin , afin de ne pas avoir de mensonge sur la conscience. Alors

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on me répondit que les droguistes faisaient partie du corps des apothicaires , qui faisaient partie de la faculté de médecine , qui faisait partie de l'université dont tous les membres étaient reconnus nobles par le roi et par l'église \

La réception*

Ensuite , après quelques oraisons , le gardien , revêtu de ses habits pontificaux , la mitre en tète , me chaussa les éperons dores, tira mon épée hors du fourreau , m'en frappa du plat trois ooups sur la nuque , et me dit , toujours en latin , qu'il m'armait chevalier hospitalier du Saint-Sépulcre \ Il termina la cérémonie en me passant au cou une chaîne d'or d'où pendait une croix de Jérusalem3.

Je porte cette croix à Paris où elle n'offusque personne ; mais je ne la porte pas ici , où elle offusquerait mes pratiques et me les ferait perdre ; j'aime mieux être riche marchand que pauvre chevalier.

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