‹ Histoire des Français des diverses états (volume 4)Chapitre 8 sur 36 · LES AUMONES FRANÇAISES · texte numérisé non relu

LES AUMONES FRANÇAISES

Station lui.

Que je suis aise de n'avoir eu hier rien à faire à Paris et d'être venu à Melun , où sans le savoir j'avais tant à faire : le sire Lamouche n'est-il donc pas k marchand droguiste de l'hôpital de cette ville?

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n'a-t-il donc pas un peu comme moi étudié l'histoire des institutions charitables ? C'est tantôt dans sa belle salle du rez-de-chaussée, tantôt dans sa riante allée de nouveaux maronniers d'Inde ' qui vient en ombrager la porte , que nons nous sommes longuement entretenus de la pauvreté , de la misère.

Le sire Lamouche m'a dit qu'en France on appelait aumônes et les dons d'argent , de comestibles ou de vôtemens qui étaient faits de la main à la main aux pauvres , et l'administration de ces dons qui n'étaient pas faits de la main à la main ° ; je le savais.

V aumône de Lyon.

Mais je ne savais pas , il m'a appris qu'à Lyon cette grande administration avait commencé en i 53 1 3 , au temps de la grande famine , temps qu'illustra dans celte ville la bienfaisance historique du bon Allemand Gleberge4.

Tous les pauvres furent alors enregistrés , classés : l'aumône leur fit donner à chacun , par semaine, un sou d'argent et douze livres de pain. Dès ce moment il fut défendu , sous les plus grièves peines , de mendier. Les quatre bedeaux de l'aumône enlevèrent tous les mendians , et les conduisirent à la maison de force de la Tour5.

Pour subvenir aux dépenses , partout des troncs furent établis à l'entrée des ponts , des églises .

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des édifices publics , des riches boutiques ; les notaires eurent ordre de recommander aux testateurs l'aumône générale6. On fît des collectes, on ouvrit un registre des dons de toute espèce7.

On crut aussi avec raison qu'annuellement , pendant la tenue de la grandcjjfoire , une procession de tous les pauvres , de tous les enfans des pauvres, de tous les maîtres des enfans des pauvres, de tous les administrateurs , de tous les recteurs , de tous les officiers , de tous les agens , de tous les serviteurs de l'aumône , précédés des clochettes de la ville , suivis des corps de la magistrature judiciaire , municipale , passant lentement et en chantant au milieu des richesses étalées3 , attendrirait irrésistiblement le cœur de ceux qui les possèdent.

L'aumône de Paris.

Sans doute le sire Lamouche avait lu un traité de l'aumône établie à Lyon , imprimé chez Griphe 9 , dont je connais le titre et dont je n'ai jamais pu me procurer un exemplaire ; il s'en est fait honneur ; mais je connais de même un traité de l'aumône établie à Paris en ^78, par l'apothicaire Houel, imprimé en i58o'°. Je l'ai lu , et à mon tour je m'en suis aussi fait honneur: Sire, ai-je dit, si tous les arts n'ont pas été inventés à Paris, tous , à commencer par le plus beau , le plus noble , celui de faire le bien , y ont élé agrandis ;

l'aumône de Lyon n'est que celle de Paris , plus les défauts qu'on a corriges , moins les améliorations qu'on a faites et que je vais rappeler.

A Paris, on a mis tous les pauvres sous la juridiction d'un bailli , et on a donné à ce bailli un greffier , des huissiers et des sergens ".

On a fourni du travail aux pauvres valides, soit en leur faisant nettoyer la ville , soit en la leur fai* sant fortifier l2.

On a donné des secours et des médicamens à domicile l3.

On a défendu durant les quêtes, aux bateleurs, aux farceurs, aux comédiens, de jouer14, afin que l'argent du peuple ne fût pas détourné d'une meilleure destination.

Et quand les dons n'ont pas suffi , on a eu recours aux taxes que les propriétaires des maisons ont été obligés d'acquitter pour les locataires l5.

Et quand les percepteurs de ces taxes ont refusé d'en faire la levée , on les a cotisés à un prêt forcé de cinq cents écus l6.

Enfin on a composé la complainte de l'aumône17 qu'on entend chanter, qu'on chante en ouvrant sa bourse.

L'aumône de Metz.

Messire, m'a dit le sire Lamouche qui sans doute savait aussi bien que moi ce que je venais de lui dire , qui n'écoutait pas , qui avait la bou-

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che ouverte , qui témoignait l'impatience de parler, avez-vous été à Metz? Je n'osais dire que j'y avais été , parce qu'à mon passage dans cette ville je ne m'enquérais guère encore des établissemens de charité ; à Metz , a-t-il repris , les réglemens de l'aumône font partie des lois du pays. Les trois états ont défendu de demander l'aumône, delà faire. Us ont voulu que les châtelains des portes ne permissent aux pauvres passant dans cette ville d'y séjourner qu'un seul jour , durant lequel il doit leur être donné le couvert et la passade ; ils ont voulu que les quinze administrateurs ou maîtres de l'aumône enrôlassent tous les pauvres, et que tous les pauvres fussent vêtus d'habits uniformes ; ils ont voulu que les secours leur fussent distribués chaque semaine; ils ont voulu que leurs enfans fussent mis à l'école de lecture et ensuite chez un maître de métier *\ L'évêque , ajoutant à ces réglemens, a voulu qu'il y eût aussi une aumône de malades pauvres; qu'on en fît le rôle devant le peuple9.

L'aumône de Lille.

Sire , lui ai-jedit en imitant la forme de la question qu'il m'avait faite : Avez-vous été à Lille ? Et comme il n'avait pas trop attendu ma réponse , j'ai continué, sans trop attendre la sienne. J'en suis fâché , mais c'est l'aumône de cette ville qui , sous le nom de bourse générale des pauvres, est, en

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vous acccordant ou en accordant au roi de France que Lille soit dans la mouvance de sa couronne30 , là plus ancienne de ces pieuses aumônes françaises que l'Europe a adoptées21 , car le placard ou ordonnance de son institution est de 1527". Cette aumône est gouvernée par des ministres généraux ayant sous eux les ministres des paroisses23; elle a maintenant , comme les autres aumônes des différentes villes de la France2', son rôle , sa police , ses sergens, ses distributions hebdomadaires "\

La cessation de la mendicité.

Il faut cependant convenir, ai-je poursuivi, que ce grand mouvement général européen qui pour ainsi dire a nettoyé l'espèce humaine des plaies , (ies bosses, des guenilles, des lamentations des mendians , a été donné en France parla Sorbonne. Consultée en i53o par les magistrats de Lille, elle décida qu'on pouvait forcer les pauvres à ne recevoir l'aumône que de la caisse publique, et les citoyens à ne la faire que dans cette caisse a6.

Ah ! s'est pris à dire le sire Lamouche , les parlemens ont été bien plus loin; ils ont rendu obligatoire le paiement des taxes portées aux rôles des aumônes27; ils ont demandé aux clercs-bénéfîciers le sixième de leurs revenus28, et ensuite ils ont fait impitoyablement arrêter, fait impitoyablement fustiger les mendians demandant l'aumône.

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Mais pour quoi, a-t-il ajouté, Charles IX, au lieu de vouloir que chaque paroisse nourrît ses pauvres'9, n'a-t-il pas voulu que chaque canton , ou mieux, que chaque élection, ou mieux encore, que chaque généralité les nourrît? son ordonnance eût été alors équitable, eût pu être exécutée, et ne serait pas tombée en désuétude.

Sire, lui ai~je dit, dans plusieurs villes , j'ai vu des pauvres portant en étoffe ou la lettre initiale du nom de la ville30, ou la grande croix rouge et jaune 6t , ou l'écharpe32 ou les autres signes de l'aumône générale, mendier. Messire, m a-t-il répondu, c'est que plusieurs aumônes générales sont encore forcées de le permettre 3- On commence d'abord par faire ce qu'on peut, et on finit ensuite par faire ce qu'on veut.

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