‹ Histoire des Français des diverses étatsChapitre 12 sur 36 · LA BANNIÈRE DE SAINT-FIACRE · texte numérisé non relu

LA BANNIÈRE DE SAINT-FIACRE

Ecoutez encore , messires ; il me semble que l'état des potiers de terre, quoiqu'un peu obscur, n'est pas à dédaigner : maintenant ces ouvriers manient si habilement leurs vernis que les tarifs des droits d'entrée les appellent peintres'5. D'ailleurs, quelles formes si belles , si élégantes que celles de leurs vases, de leurs plats, de leurs tasses, de leurs bouteilles de terre'70; quelle belle poterie que cette poterie azurée qui nous vient de Beauvais77 ! Dans ces fabriques, quelle entente si parfaite de la qualité des argiles, du plombage, des cuites et des recuites ! Là , on n'a pas à craindre les retou pages à la chaux, au suif, au fromage, aux œufs, dont ailleurs on se sert pour cacher les gerçures de la poterie'79, ni même les retoupages à la terre *79. Je me ferais volontiers, à Beauvais, delà confrérie de Saint- Fiacre; et vous, messires? votre air me répond tout aussi clairement que votre bouche. Vous craignez les droits de Tonlieu l8°. Vous craignez d'avoir des

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valets qui , sans autre attirail qu'une roue fixée sur un pieu, travaillent secrètement pour leur compte *8\ Vous craignez encore plus les prud'hommes qui ne vous épargneraient pas les amendes, s'ils vous surprennent à tourner vos pots ou à les éventer avant cinq heures du matin; mais, si vous ne le savez pas, je vous dirai qu'aujourd'hui vous pouvez les enfourner et les détournera toute heure ,82;et, convenez-en, c'est quelque chose, surtout quand on à passé plusieurs siècles à ne pouvoir enfourner , et plusieurs autres à ne pouvoir détourner qu'au moment où il plaisait à la loi.

Si je vous parlais d'être tuiliers, il n'est aucun de vous qui ne me répondît que ce serait trop bas descendre. Et moi, à mon tour, je vous répondrais que bien que nous ne voyons pas encore des comtes qui soient tuiliers, nous en voyons du moins qui possèdent et qui n'ont pas honte de posséder des tuileries dont le rapport est de deux, de trois milliers de tuiles183. Je vous répondrais de plus qu'aujourd'hui on commence à faire des tuiles portant gravées des inscriptions, des fleurs, des armoiries M; même qu'on les vernit, qu'on les peint185, et si cette mode se propage, vous verrez bientôt les salles décarrelées , recarrelées. Mais alors les tuiliers seront heureux, me direz-vous : oui, je le répète, si la mode se propage : oui , si , tandis que tout le monde fuit aujourd'hui l'état de tuilier, tout le monde alors ne veut pas le prendre.

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