LA BANNIÈRE DE L'ANNONCIATION
J'entre dans un atelier de tisserand en linge : les fils de chanvre, de lin , fdés par les doigts des jeunes fileuses à un degré de finesse inconnu à leurs aïeules, sont au nombre de dix-huit cents, parallèlement tendus sur l'ensouplc et passés dans la
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lame de quatre quarts ou d'une aune de long a". Le malheureux tisserand monte sur son siège de labeur et de peine; et voilà tout aussitôt venir le public qui, endoctriné par les ordonnances, sait que les nouvelles fabriques françaises sont au moins égales aux fabriques étrangères 3o° , et lui demande les tabliers de table 3o' , les nappes , les essuiemains ou touailles de l'œuvre de Damas ou de Venise302, au même prix que celui de l'œuvre deTroyes ou de Châlons. Diable ! quel difficile et en même temps si mauvais métier! qu'en dites-vous? Oh ! si c'était là tout; mais écoutez encore. Un ouvrier a commencé une pièce de linge, il a mille excellentes raisons pour ne pas la finir ; n'importe, il faut qu'il la finisse. Un ouvrier s'en est allé on ne sait où , peut-être en Espagne, peut-être plus loin; il a laissé le fil ourdi, personne ne peut le tisser, sans l'autorisation des jurés 3oî. Ecoutez surtout maintenant vous qui êtes fringans et gaillards. Un maître a-t-il des amourettes? Une maîtresse a-t-elle des galans? leur ouvroir est scandaleusement abattu 3°4, en présence de tout le peuple. Un maître, nouvellement arrivé dans une ville avec sa femme, ne peut-il justifier de la célébration de son mariage, il est obligé de passer outre 3o5; il en sera de même partout où il ira ; partout les jurés le repousseront. Mais ses mœurs sont bonnes , il s'est marié à la vue de tout le monde ; il a l'estime, il a la confiance, il a la vogue du moment ; vous pensez qu'il va augmenter
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le nombre de ses métiers; non, il ne lui est pas permis d'en avoir davantage , ear il en a cinq
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