LA BANNIÈRE DE NOTRE-DAME-LA-RICHE
Oui , lui répondis-je ; car au lieu d'être fabricant d'étoffes de laine , vous pourriez être fabricant d'étoffes de soie;au lieu d'être sous la bannière de Notre- Dame, vous pourriez être sous la bannière de Notre- Dame-La-Riche37\ Rappelez-vous, je vous prie, ce jeune fabricant établi dans la grande rue. Il faisait des étoffes d'or de cinquante écus l'aune 37\ Tout à coup il se vit ruiné par l'ordonnance de i4<35, qui interdit les draps d'or et d'argent, et qui même ne permit de porter des habits de soie qu'aux chevaliers et aux écuyers les plus riches. Il faisait des velours cramoisis, figurés ; ce furent ceux que l'ordonnance défendit. Il ne faisait pas de salin ni de damas figuré; ce furent les étoffes qu'elle permit3?4. Aujourd'hui cette ordonnance, il est vrai, est à peu près oubliée; et cet homme industrieux qui avait
eu tant à se repentir de ne s'être livré qu a un seul genre de fabrication , s'est mis à faire des velours , des damas, des satins, des taffetas, des samyts, des crêpes de soie375 de toute espèce. Toutefois il n'a jamais pu se relever des désastres de cette terrible année. Maintenant il travaille avec l'argent et pour le compte des autres : et vous qui vous plaignez qu'en France on ne veut que des draps d'Espagne, considérez que depuis plus long-temps encore on ne veut que des soieries d'Italien , quoique depuis le commencement du sièele nous fabriquions dans le royaume des étoffes de soie377; même quoique Louis XI et ses successeurs y aient a ppelé des ouvriers , des peintres, des directeurs étrangers378. Les grands et les riches prisent encore moins nos soieries que nos draps. Ils s'imaginent, je crois , que nous avons encore moins d'esprit pour les soies que pour les laines.