LIVRE IX, CHAPITRE VII
ravages, il s'arrêta, pour y passer Thiver, dans la forteresse d'Eresburg. Il y demeura toute la mauvaise saison, et employa ce temps à dévaster le pays d'alentour, et à piller les villages des Saxons. Pendant tout l'hiver, les malheureux habitants furent inquiétés par les excursions des Francs qui, sous les ordres du roi ou de ses généraux, portaient partout le carnage et l'incendie *. Leur territoire fut ravagé de la manière la plus cruelle.
Il paraît que ce genre de guerre produisit ses effets. Les Saxons n'osaient plus se montrer; Witikind lui-même paraissait découragé; il se tenait, avec uii autre chef nommé Abbion, dans la partie de la Saxe située au nord de l'Elbe. Charlemagne, qui s'était transporté dans le Bardengaw, c'est-à-dire dans le pays de Bardewick en Hanovre, craignait qu'ils ne méditassent un nouveau coup de main : il leur envoya des messagers saxons, pour les engager à renoncer à la lutte et à se confier à lui. Ils hésitèrent d'abord, craignant de subir le traitement qui avait été infligé à leurs compatriotes ; mais Amalwin, l'un des officiers du roi, fut chargé de leur conduire des otages, et de leur promettre l'oubli du passé. Alors ils déclarèrent qu'ils étaient prêts à se convertir au christianisme et à se rendre auprès du foi.
1 Ipse cum expedita manu ad Saxonum pagos tastandos ac viUaâ diripiendas egressus, inquîetam satis hiemem, ubiquê discurrendo et cuncta csdibus atque incendiis permiscendo^ tam per ipsum, quam per diices quos miserat, Saxonibus reddidit. (Einh., Annales, 785.)
Charlemagne convoqua une assemblée générale à Attîgny, sur l'Aisne ; on y vit paraître, au milieu des Francs, les deux chefs saxons; ils prêtèrent le serment d'obéissance et de fidélité au roi, et reçurent le baptême ^ Charles les combla de présents et les renvoya avec honneur dans leur pays.
VIII. — La Saxe était pacifiée, ou, pour parler plus exactement, elle était conquise *. Il ne s'agissait plus que d'aviser «nux moyens de la conserver; mais là précisément était le point difRcile. Pour mettre le gouvernement de ce pays en harmonie avec celui des autres États de Charlemagne, pour empêcher les Saxons de retourner à un ordre de choses qui était l'antithèse de la société gallo-franque, il fallait transformer en quelque sorte la population. Une grande partie du territoire fut distribuée aux seigneurs francs, tant ecclésiastiques que laïques ; on détruisit tous les moyens de résistance, et l'on força à l'émigration presque toute la population guerrière '.
« L'opiniâtre perfidie des Saxons sommeilla pendant quelques années, dit Éginhard ; mais ce fut surtout parce qu'ils ne purent trouver l'occasion favo-
^ Cumque ipsi, facinorum suorum sibi conscii, régis fidei se committere dubitarent, tandem accepta ab eo, quam optabant, inpunitatis sponsione, atque impetratis, quos sibi dari precabantur, suse salutis obsidibus, quos eis Amalwinus, unus aulicorum, a rege missus adduxerat, cum eodeni ipso ad eius prœsentiam in Attiniaco villa venerunt, atque ibi baptizat sunt. (Einh., Annales, 785.)
* Et tune tota Saxonia subjugata est. {Ann, Laur, maj., 785.)
• Waitz, Verfassungsgeschichte, t. III, p. iS3.