‹ Histoire des Francs d'AustrasieChapitre 112 sur 200 · LIVRE IX, CHAPITRE IX. M · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAPITRE IX. M

partie du duché de Holstein ; c'étaient les plus occidentaux, et les plus exposés aux hostilités des Normans. Depuis longtemps Charlemagne avait des relations avec les Sorabes et avec les Abodrites. En 789, sous prétexte de protéger ces derniers, il avait conduit une armée sur le territoire des Wiltzes; ce peuple s'était soumis sans combattre, avait promis sous serment fidélité au roi et à la nation des Francs, et pour garantie de ses promesses, il avait livré les étages qu'on lui avait demandés ^.

Charlemagne s'était donc assuré l'amitié de ces divers peuples slaves, lorsqu'on 795 il partit deCostheim avec son armée, pour aller ravager le pays des Saxons. « Quand il fut arrivé dans le Bardengaw, dit Éginhard, il plaça son camp près du lieu nommé Bar^ denwig, et y attendit l'arrivée des Slaves, auxquels il avait donné l'ordre de venir le rejoindre. Tout à coup il reçut la nouvelle qu'au passage de l'Elbe, Wiltzan, roi des Abodrites, était tombé au milieu d'une embuscade dressée par les Saxons sur le fleuve même, et qu'il y avait péri. Ce malheur, comme un nouvel aiguillon, vint encore exciter le roi à en finir promptement avec les Saxons, et redoubla sa haine contre cette nation perfide. Il ravagea la plus grande partie de leur pays, et après avoir reçu les otages qu'il exigea d'eux, il retourna dans ses États *. »

1 Einh., Annales, 789.

* Quod htittia animo régis ad Saxones eitii» debeHandos veltft quosdam ^mulos addidit, et in odium perfidœgenlit amplius exeit&Tlt; (Einh., 47$* nales, 795.)

n\ HISTOIRE DES FRANCS D'AUSTRASIB.

Ceci est positif, il n'y a plus à en douter : Charlemagne se servit des Slaves pour accabler les Saxons. Le fait est d'autant plus remarquable que l'antipathie des Slaves à l'égard des Saxons et leurs tendances à se rapprocher des Gallo-Francs se sont perpétuées. Nous verrons bientôt que cette alliance illégitime, loin de porter bonheur à Charles, ne fit que lui attirer la haine des Danois, et fut une des causes qui, plus tard, amenèrent les terribles invasions des hommes du Nord. Saxons et Normans étaient frères de race et de mœurs ; leur cause était la même, leurs intérêts identiques ; ils luttaient de concert contre la civilisation romaine et le christianisme. Plus les Francs avançaient vers le Nord, plus ils s'approchaient des Normans, et plus les haines devenaient implacables. C'est dans la Scandinavie que se trouvait le dernier refuge de l'esprit de race germanique. Charlemagne ne pouvant aller jusque-là, ne parvint pas à l'atteindre, et l'on sait par quelles vengeances cet esprit se manifesta, lorsqu'il ne fut plus là pour le comprimer.

X. — Les campagnes de 796 et 797 furent employées à ravager la partie de la Saxe située entre l'Elbe et le Weser ^. Éginhard, parlant de la campagne de 797, s'exprime ainsi : « Lui-même (le roi), voulant dompter l'opiniâtreté d'une nation perfide,

* Atque his expletis, ipse cum exercitu Francorum Saxoniam petiit.... Et ipse quidem, Saxonia ex magna parte vastata, ad hiemandumAquisgrani r«T«rtitttr. (Einh., Annales, 796.)

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